Erdpueg, dans la Cosmographie de Munster
.3. Augustin Thierry, Histoire de la conquête de l'Angleterre, t. IV, p. 6i ,
son débarquement s'était répandu en Autriche, et le duc Léopold, désireux de se venger, et comptant en outre sur une forte rançon, envoya de tous les côtés à la recherche du prince fugitif. Le page, qui déjà avait été vu avec méfiance, envoyé au marché pour acheter des provisions, inspira de nouveaux soupçons. On s'empara de lui ; on le mit à la torture, et il révéla la vérité. On entoura la maison oii s'était réfugié le roi. Après une vive résistance, il consentit à rendre son épée, que reçut Léopold en personne.
Yoilà quelles furent, selon les historiens les plus dignes de foi, les premières aventures de Richard après son débarquement. Le continuateur de la Chronique Freislngen, Othon de Saint-Biaise, et après lui un assez grand nombre d'autres chroniqueurs, ont donné sur l'arrestation de Richard des détails un peu différents, mais dans lesquels on retrouve le joyau révélateur, devenu dans ce récit une magnifique bague. Othon de Saint-Biaise raconte que, dans cette maison où il s'était réfugié près de Tienne, Richard, pour donner le change, était occupé à rôtir un poulet, et que lui-même tournait la broche. Par malheur, il avait gardé à son doigt un superbe anneau ; un parent du duc d'Autriche, étant par hasard entré dans cette maison, frappé de la richesse de cette bague, accorda une attention particulière à celui qui la portait, et dans le prétendu cuisinier reconnut le roi anglais, avec lequel il s'était trouvé en Palestine. Dissimulant sa joie, ce personnage se rendit à Vienne et prévint le duc de la présence de Richard. Aussitôt Léopold
monta à cheval, et se rendit, suivi de nombreux cavaliers, dans la maison où s'était logé le roi, lequel fut pris dans son exercice de maître queux, conduit à Vienne au milieu des risées, et mis sous garde. « Léopold, le traitant comme il l'avait mérité, » ajoute le chroniqueur, peu favorable au vaillant prince, regem frixam carnem manu tenentem captivavit, irrisumque tali opère in civitatem duxit, eimtque arctîssimœ custodiœ mancipavit, digna compensation e reddens ei qiiod meruit ^
Léopold fit conduire son illustre prisonnier dans une forteresse située sur le Danube, près de Krems,et nommée Durrenstein, ou Thierstein, et autrefois Diernstein. Ce serait dans ce château que Blondel — auquel nous arriverons bientôt — aurait réussi à pénétrer.
Richard ne demeura pas longtemps à Durrenstein. L'empereur Henri VI apprit quelle importante capture avait faite le duc d'Autriche. Henri VI n'aimait pas le roi d'Angleterre : il lui reprochait de s'être allié à Tancrède, roi de Sicile, qui refusait de reconnaître les droits de l'empereur sur ses Etats. Henri VI songeait aussi à la riche rançon qui serait offerte par un personnage de cette importance, et il imagina de réclamer le captif, sous le bizarre prétexte qu'il n'appartenait qu'à un empereur de retenir un roi prisonnier. Léopold fut obligé de céder : il livra Richard à l'empereur. Au mois d'avril 1193, le roi anglais com-
1, Rerum italicarum, t. VT. Othonis de Sancto-Blasio, Chronicon, p. 894.
parut devant la diète réunie à Haguenau, et se défendit de toutes les accusations portées contre lui avec une énergie qui fit impression sur ce tribunal. Hemi consentit à traiter de la rançon ; cependant il n'était pas encore disposé à abandonner sa proie : il fit naître de nouvelles difficultés, et Richard, dans l'espoir de les vaincre, eut recours à un expédient peu digne de lui. Il résigna sa couronne entre les mains de son persécuteur, qui la lui rendit comme s'il se fut agi d'un fief de l'Empire et sous l'obligation d'un payement annuel de cinq cents livres. Henri, cependant, ne se pressait pas de remettre l'illustre captif en liberté. Les sollicitations, les promesses de Philippe- Auguste le poussaient à retenir Eichard ; mais les seigneurs allemands qui avaient assisté à la diète de Haguenau et ensuite à celle de Worms, où avait encore comparu le roi d'Angleterre, se révoltèrent contre une telle mauvaise foi. Henri, bien contre son gré, se décida donc à délivrer son prisonnier, après avoir reçu de forts acomptes sur la rançon promise, rançon que l'on croit avoir été d'environ soixante-dix mille marcs d'argent, et dont Léopold d'Autriche eut une part telle, suivant quelques chroniqueurs portés aux exagérations, qu'elle lui permit d'acheter le duché de Styrie, le comté de Lintz, de relever les murailles de Vienne et de jeter les fondements d'une nouvelle ville ^ Rendu enfin à la liberté vers la fin de janvier 1194 ^,.