TEXTE DU « TUBA MAGNA
Il faut donc examiner le livre des Monita sécréta de la Société, que je transcris en entier à la fin de ce travail, pour voir s'il est vraiment jésuitique, comme il paraît, d'après ce que nous avons dit. Dans ce cas, il faut évidemment le réformer, car on ne peut le prendre pour ce dépôt dont parle Paul à Timothée : « 0 Timothée, garde le dépôt, et ce que tu. as appris de moi, confie-le à des hommes fidèles. »
TEXTE DE l'édition DE 1761
Cela étant de la sorte, cher lecteur, je crois que ce petit recueil des maximes les plus secrètes doit être considéré comme un dépôt fort précieux, et (sans faire comparaison) de la nature de ceKii que l'Apôtre recommande à Thimothée, lorsqu'il lui dit : « Gardez le dépôt, et ne faites part de tout ce que vous avez appris de moi qu'à des personnes fidèles. »
Voilà le jansénisme : ne point tenir compte des rétractations et des corrections, falsifier les textes, retrancher, ajouter, mentir, calomnier, se cacher der-
rière l'anonyme ou le pseudonyme, excellente recette qui ne se perdra plus !
Nous nous sommes arrêté à cette préface : c'est quelle a été constamment reproduite, et presque sans changement, par tous les éditeurs qui ont suivi. Il fallait une bonne fois montrer d'où elle vient et ce qu'elle vaut.
Pour la même raison, nous allons aussi examiner rapidement la traduction française des Monita mise en regard du latin. Parue au commencement du xviii*^ siècle, cette traduction n'a jamais été ni refaite ni refondue. Nul éditeur n'a eu assez le respect de luimême et de ses lecteurs pour en examiner la valeur et l'exactitude. Ce n'eût pourtant pas été une peine inutile.
Parlant du texte latin, l'élégant historien Cordara disait : « Il n'y eut jamais rien de si plat et de si ridicule. » Quo opère, ut modeste dicam, nihil ineptius.
Qu'eût-il pensé de la traduction ? Elle est tout simplement absurde. C'est l'œuvre d'un misérable, incapable de comprendre une phrase de latin, et qui écrit sans sourciller les plus monstrueuses âneries.
Signaler toutes ces bévues serait impossible.
Notons-en quelques-unes au hasard.
L'auteur avait dit : « Il faut garder ces instructions
aussi secrètes que possible. Quelqu'un donne-t-il lieu
de douter de sa discrétion ? que cela lui soit imputé à
crime, et qu'on le renvoie. » In contrarlum illl impute-
îir, et dimittatur.
Comment traduisent tous nos éditeurs ? Nous disons.
LES « MONITA SECRETA ». 187
tous, depuis le premier jusqu'au dernier. « Et si l'on doute si quelqu'un est capable de garder de si grands secrets, qu^^on lui dise le contraire, et qu'on le renvoie.»
hi contrarium illi imputetur. « Qu'on lui dise le contraire ! »
A côté des contresens^ se perpétuent les fautes d'impression.
« Il faut, dit le texte primitif, par de petits présents et divers offices de charité, s'attacher les favoris des princes. » Alumni principum rinciendi sunf. Tous les éditeurs répètent bravement : Alumni principiuni vincendi sunt ! !
Que dire de la phrase suivante :
Tarn principes qiiam prœlati... excipiendi variisque et dictis salutandi ?
Cela n'a aucun sens, mais les traducteurs ne semblent pas s'en douter ; ils disent unanimement : « Il faudra les saluer en diverses manières. » Le vrai texte portait : Variisque linguis et dictis scdutandi.
La fameuse règle du son, sa, ses, épouvantail des petits sixièmes, dépasse de cent coudées la science de nos éditeurs.
Deux exemples seulement :