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Procès-verial des électeurs

obéissant sans réflexion à l'impulsion du moment, des amis du désordre pour le désordre lui-même, ouvriers sans travail, débauchés sans avenir, bandits anonymes cherchant dans l'agitation publique le moyen d'assouvir des passions honteuses et de commettre des crimes impunis.

Cette armée nouvelle demandait à grands cris des munitions et des armes. Les munitions, on en avait, parce qu'un bateau, découvert le long des quais, en destination de Rouen, contenait plusieurs milliers de poudre de guerre ; mais les fusils manquaient. De toutes parts on accourait à l'hôtel de ville pour en réclamer, et le prévôt des marchands, l'infortuné M. de Flesselles, auquel cette imprudence devait coûter la vie, ne pouvant ou ne voulant pas en donner à tous, promettait plus qu'il ne tenait, et se débarrassait quelquefois des solliciteurs trop importuns en les envoyant chercher des fusils là où il n'y en avait pas. « Le comité, nous dit le Procès-verbal des Électeurs, avait remis aux députés de plusieurs districts, notamment de ceux des Mathurins, de Saint-Eustache et de la Basoche, des ordres pour prendre des fusils aux Chartreux. » On courut au couvent des Chartreux ; on n'y trouva point de fusils. « Ceux qu'on avait envoyés à l'Arsenal y prendre des cartouches n'avaient pas trouvé une seule cartouche à l'Arsenal. » A l'hôtel de ville même, on ouvrit des caisses soi-disant pleines de fusils et ne contenant que de vieux linges.

Au milieu de ce chaos, de ce tumulte, de ce branlebas universel, la journée du 13 s'acheva, la nuit lui

succéda bruyante et inquiète ; bientôt le soleil du 14 juillet se leva sur la France.

Dès la pointe du jour, l'émeute eut l'idée d'aller chercher des armes aux Invalides. On savait que le dépôt de l'hôtel n'en contenait pas moins de 25 ou 30,000 ; on n'ignorait pas que la plupart des invalides, hôtes habituels des cabarets et des lieux de débauche de leur quartier, étaient acquis d'avance à la cause populaire. Aussitôt un rassemblement, formé de gardesfrançaises, de clercs de la Basoche, et, à leur suite, d'un ramassis d'insurgés, sous les ordres de M, Ethys de Corny, procureur du roi et de la ville de Paris, se dirige vers les Invalides. Le gouverneur, M. de Sombreuil, à peine prévenu de l'apparition de cette bande d'insurgés, fait fermer les grilles de l'hôtel, et s'avance pour parler aux chefs du rassemblement ; mais, pendant que M. de Corny et quelques autres lui exposent le but de leurs démarches, les invalides apportent des échelles, jettent des planches à travers les fossés, ouvrent même les grilles : en un instant l'hôtel est envahi, le dépôt pillé, et 30,000 fusils deviennent la proie de l'émeute triomphante. Rien alors ne manque plus aux insurgés. Organisés, armés, ils peuvent faire ce qui leur plaît. Le siège de la Bastille va commencer.

Depuis le dimanche 12 juillet, des attroupements nombreux stationnaient sur la place de la Bastille, et

dans la nuit du 13 au 14, quelques coups de fusil, demeurés sans réponse, avaient été dirigés contre les soldats placés en observation sur les plates-formes des tours. A neuf heures environ, « sur la nouvelle... que la direction des canons de la Bastille menaçait la capitale, et que les citoyens furieux se préparaient à commencer le siège de cette forteresse \ » le district le plus voisin, celui de Saint-Louis de la Culture, envoya une députation composée de trois membres : MM. Thuriot de la Rozière, Dourlier et Toulouse, pour engager le gouverneur « à faire retirer ses canons et à se rendre ». De son côté, la Commune y dépêcha, à peu près en même temps et avec des ordres analogues, trois délégués : MM. Bellon, Billefod et Chaton. Ces deux députations se présentèrent aux portes de la Bastille vers dix heures ^. Introduits... sans difficulté, » et « reçus avec une grande politesse » par M. de Launay, qui leur « fit servir à déjeunerj but et mangea avec eux ^ », les envoyés du district et de la Commune purent vérifier les moyens de défense et les dispositions de la garnison. M. de Launay, déjà fortement ému par « le mouvement extérieur », et paraissant « n'être plus à lui * », « avait sur les tours quinze canons, dont onze de huit livres et quatre de quatre livres de balles. Ces pièces, montées sur des affûts et

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