Rapport Thuriot
châssis marins, ne pouvaient avoir d'autre destination que celle de servir aux réjouissances. Après une première décharge, les canonniers ne pouvaient en faire une seconde '. » Trois autres pièces de quatre se trouvaient dans la cour ; douze vieux fusils de remparts, connus sous le nom d'amusettes du comte de Saxe, avaient été exhumés d'un magasin ; le gouverneur en avait fait préparer six pour sa défense, mais il n'y en eut qu'un dont on put se servir. La place n'avait presque pas de munitions et point de vivres. — ■ « La garnison, composée de trente-deux Suisses et de quatre-vingt-deux invalides, paraissait disposée à céder. Au surplus, on pouvait être assuré de l'exécution de la parole donnée par le gouverneur de ne faire aucun usage des batteries de la forteresse, s'il n'y était pas forcé pour sa défense. Sur la provocation même du gouverneur, tous les officiers et soldats avaient juré qu'ils ne feraient pas feu et qu'ils ne se serviraient point de leurs armes, si on ne les attaquait ^.»
Tels étaient les moyens de résistance matériels et les dispositions morales des défenseurs de la Bastille, constatés par les rapports révolutionnaires eux-mêmes. Pendant que les envoyés de la Commune inspectaient l'intérieur de la forteresse, la foule armée envahissait déjà les cours extérieures et se contenait à peine devant les exhortations de ses représentants, se montrant, pour la calmer, aux créneaux des murailles.