Œuvre des sept jours, p
munitions : il ne refusa d'en donner sur-le-champ qu'en articulant qu'il en donnerait dès qu'il se présenterait quelqu'un de la part de l'Hôtel de ville. Mais l'impatience était extrême : on lui répondit par des coups de fusil, et l'on ne voulut rien entendre. C'est alors que M. de Launay fit faire deux décharges. » Aussitôt les insurgés s'enfuirent en désordre. C'était là cette foule prodigieuse envahissant la place de Grève en criant à la trahison. Les cours de la Bastille se trouvèrent en un clin d'oeil nettoyées de toutes les hordes assaillantes. Le gouverneur releva le pont-levis extérieur, et attendit.
Yoilà le premier acte. Avant de passer au second, il importe d'exposer en quelques lignes la disposition des lieux. La Bastille comprenait deux enceintes : celle du château proprement dit, avec ses hautes murailles, ses huit grosses tours, et sa cour intérieure fermée par un pont-levis ; celle des dépendances de la forteresse, avec les cours extérieures^ leurs constructions, pour la plupart récentes, et un second pont-levis servant de communication avec la place. — Ce second pont-levis est celui que M. de Launay avait d'abord laissé ouvert à la foule, au moment de l'arrivée et pendant la visite des délégués de la Commune, qu'il fit relever ensuite après la décharge dont nous venons de parler, et qui seul donnait accès dans les cours extérieures des bâtiments de dépendances séparant la place du château.
Après un moment de terreur, la foule, voyant l'immobilité et le silence de la forteresse, se rapprocha peu à peu et reprit courage. Tout se taisait : pas un
coup de feu partant de la forteresse; pas un soldat apparent sur les ouvrages extérieurs. Deux soldats des régiments Dauphin et Royal- Comtois, nommés l'un Tournay, l'autre Aubin-Bonnemère, voulurent alors se rendre compte de ce qui se passait ; grimpant sur le toit du petit corps de garde contigu au pontlevis, ils pénétrèrent dans la première enceinte. Derrière le pont-levis relevé, personne; tout autour, dans le corps de garde, dans la cour, personne. Ils entrent au corps de garde, cherchent les clefs du pont-levis et ne peuvent les découvrir. Ils appellent des camarades à leur aide ; quelques hommes escaladent comme eux le toit voisin, leur prêtent main-forte, et tous ensemble cherchent à briser les chaînes du pont-levis, qui retombe lourdement, en écrasant plusieurs émeutiers dans sa chute.
Le peuple, voyant la porte ouverte, se précipita dans l'intérieur des cours et s'avança jusqu'auprès du château ; mais là quelques coups de fusil l'arrêtèrent. Laissons ici la parole au Moniteur : « Cependant le peuple se jette en foule dans la cour du gouvernement et court au deuxième pont pour s'en emparer, en faisant une décharge de mousqueterie sur la troupe. Elle riposte par un feu vif et soutenu, qui force les assaillants à se retirer en désordre, les uns sous la voûte de la porte de bois, dans la cour de l'Orme, les autres sous celle de la grille, d'où ils ne cessent de tirer sur la plate-forme, sans néanmoins oser s'aijproclier pour attaquer le deuxième jp ont. »
A ce moment, vers une heure ou une heure et demie,
uns députation de la Commune, précédée d'un drapeau et annoncée par un tambour, arrive à la Bastille. Elle se compose de MM. Francotay, de Corny, La Fleurie, Milly, Beaubourg, Boucheron, Coutans, Joannot, Six et Piquot de Sainte-Honorine, et porte aux assiégés sommation de se rendre. — Après quelques hésitations, elle pénètre dans les cours, et fait de loin signe qu'elle veut parlementer. « Aussitôt on arbore un pavillon blanc sur la plate-forme des tours, et les signes de paix et d'appel se multiplient par les chapeaux. » — ■ « M. de Launay et les officiers crient de faire avancer les députés de la ville ; les soldats, sur le conseil d'un bas officier, nommé Guyot de Fréville, mettent obstinément la crosse en l'air K » Ici encore les relations populaires affirment que la Bastille, après avoir fait des signes pacifiques, accueillit les parlementaires à coups de fusil ; qu'une seconde députation, composée de MM. de la VignO; Chignard, l'abbé Fauchet, Bottidoux, ne fut pas plus heureuse, et que les membres de l'une et de l'autre déployèrent inutilement le plus grand courage en affrontant la mitraille et la fusillade pour essayer de remplir leur mission révolutionnaire ^.
Mais comme, d'une part, la déclaration des assiégés atteste que jamais les députés ne voulurent approcher de la place, « malgré la promesse des bas officiers leur criant du haut des tours : « Venez vous expliquer avec