‹ Les Questions controversées de l'histoire et de la scienceChapitre 59 sur 77 · Bastille dévoilée, p · texte numérisé non relu

Bastille dévoilée, p

citadelle, et allait mettre le feu aux poudres, si un. invalide, nommé Béquart, ne l'en eût empêché.

La garnison prit, malgré son chef, le parti de se rendre : elle arbora le drapeau blanc. A travers un créneau qui se trouvait auprès du pont-levis, un officier suisse demanda à sortir avec les honneurs de la guerre ; on refusa. Il écrivit alors sur un morceau de papier les termes de la capitulation qu'il proposait, et le tendit aux assiégeants par la même ouverture. Comme l'espace était trop grand pour permettre de l'atteindre, on alla chercher une planche qu'on jeta en travers du fossé. Le premier qui s'aventura sur cet étroit passage, fit un faux pas et tomba ; le second (Maillard, suivant le Moniteur et plusieurs autres relations; Réole, d'après la Déclaration des assiégés), fut plus heureux, saisit le papier et le remit à Elie, qui le lut à haute voix. Il contenait ces mots : « Nous avons vingt milliers de poudre ; nous ferons sauter la garnison et tout le quartier, si vous n'acceptez pas la capitulation. » — « Foi d'officier ! nous l'acceptons, » répondit Elie. Nombre de relations attribuent cette réponse à Hulin. Il nous parait naturel de supposer que les assiégés, comme au reste ils l'affirment eux-mêmes, s'adressèrent à un homme portant l'uniforme plutôt qu'à un bourgeois. Ce détail, au fond, importe peu.

Tel est le fait dont certains documents du temps, et à leur suite des auteurs prétendus sérieux, ont fait le dernier assaut de la Bastille.

« C'est sur la parole d'Elie, d'Hulin et d'autres assiégeants criant de toutes parts : « Abaissez votre pont,.

« il ne vous arrivera rien... » que le gouverneur donna la clef du petit pont-levis, qu'il avait dans sa poche, aux nommés Gaiard, caporal, et Péreau, bas officier, qui ouvrirent la porte et baissèrent le pont ^ »

Aussitôt les gardes-françaises et quelques bourgeois qui se trouvaient dans les cours pendant le dernier et à vrai dire le seul combat, entrèrent dans la forteresse, où la garnison les accueillit avec joie, oîi même plusieurs invalides applaudirent au triomphe populaire.

Tout paraissait fini, lorsqu'un tumulte épouvantable éclate en dehors ; une foule furieuse envahit la forteresse. « Dans ce désordre général, ceux qui étaient dans les cours tirent sur ceux qui étaient dans les appartements et sur les plates-formes, plusieurs mêmes sont tués. Le vaillant Humbert reçoit un coup de fusil sur la plate-forme ; un de ses amis est tué dans ses bras ^. »

D'où provenait ce tumulte ? L'explication en est simple. Les misérables qui avaient promené dans les cours le pillage et l'assassinat, les lâches qui s'étaient cachés et enfuis pendant que les gardes-françaises se battaient, venaient d'apprendre la reddition de la Bastille. Alors, n'ayant plus rien à craindre, ils se ruaient sur les portes ouvertes et sur les hommes désarmés. En un instant la Bastille est envahie, les soldats sont renversés ; les Suisses, qui cependant ont seuls défendu

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