‹ Les Questions controversées de l'histoire et de la scienceChapitre 62 sur 77 · M. le baron Fain, Manuscrit de 1814, p · texte numérisé non relu

M. le baron Fain, Manuscrit de 1814, p

voulaient se faire leur place : si le comte d'Artois était à Vesoul, si le maire de Troyes allait avec quelques amis demander à Alexandre le retour des Bourbons, démarche imprudente ^ qu'au retour de l'empereur dans cette ville il paya de sa vie, le mouvement opéré à Bordeaux fut plus considérable : il devint irrésistible. Depuis trois semaines les royalistes de cette ville s'étaient mis en communication avec le duc d'Angoulême, établi, nous l'avons dit, à Saint-Jean-de-Luz ; ces royalistes firent dire à Wellington que, s'il envoyait 3,000 hommes pour intimider les troupes impériales, ils proclameraient les Bourbons. Wellington hésita d'abord, et enfin envoya quinze mille hommes, commandés par son lieutenant Beresford. Le maire de Bordeaux, M. Lynch, suivi d'une troupe de royalistes, se présenta au-devant du général anglais, et, en lui montrant le drapeau blanc déjà arboré sur le clocher de Saint-Michel, il lui dit : « Général, vous entrez dans une ville soumise à son roi légitime, Louis XVIII, l'allié de Sa Majesté Britannique. » Beresford troublé ayant répondu froidement : « Faites ce que vous voudrez, vos dissensions intérieures ne me regardent pas, mais je prends possession de la viUe au nom de Sa Majesté Britannique », les royalistes s'indignèrent; à ces mots l'exaspération les gagna et une voix dans leurs rangs jeta ce cri : « Ouvrons les bras au Prince et chassons l'Anglais à coups de fusil ». Beresford

1. Alexandre la jugea ainsi, lorsque surtout, dit-il, rien n''était moins décidé qu'un changement de dynastie.

284 ÉPOQUE CONTEMPOEAINE.

comprit qu'il en avait trop dit : il modifia son langage et promit de traiter la ville en amie. M. le duc d'Angoulême arriva quelques heures après. M. Lynch averti vint lui présenter les clefs de la ville, qu'il n'avait pas voulu remettre à Beresford, et le duc d'Angoulême fit son entrée dans Bordeaux au milieu d'un enthousiasme indescriptible. Le 12 mars, Bordeaux était au roi. Trois jours après, le 15 mars, le duc d'Angoulême donna dans sa proclamation ^ le mot vrai de la situation en disant : « Ce ne sont pas les Bourbons qui ont attiré sur votre territoire les puissances alliées... Elles ouvrent les voies du trône aux successeurs de saint Louis. Ce n'est que par vos vœux que le Roi aspire à être le restaurateur d'un gouvernement paternel et libre. » M, Laine accepta d'être au nom du roi préfet du département, et proclama lui aussi que la seule ressource de la France était de se réfugier dans le gouvernement qu'elle regrettait d'avoir vu proscrire. Les événements alors se précipitèrent. Pendant que Bordeaux ouvrait ses portes à un Bourbon, un royaliste ardent, M. de Vitrolles, lié avec M. de Dalberg, ami de Talleyrand, obtenait de ce dernier la mission d'aller auprès des souverains alliés sonder leurs intentions au sujet de Napoléon. Plusieurs royalistes, M. de Sémallé, etc., vinrent aussi au quartier général parler des Bourbons. Le 17 mars, M. de Vitrolles vit l'empereur Alexandre. L'empereur parla, en cas que Napoléon deviendrait impossible, de Bernadette, d'Eugène de

1. Alfred Nettement, Histoire de la Restauration, t. I, p. 59.

Beauharnais, de la République, etc.; il ne prononça le nom des Bourbons que pour dire : « Il serait encore plus difficile de les soutenir que de les établir ». Cependant M. de Vitrolles fut, sur sa demande, autorisé à se rendre à Nancy, où le comte d'Artois se tenait si caché qu'il eut peine à le trouver. Le comte d'Artois, instruit par M. de Vitrolles des dispositions de Talleyrand, nomma ce dernier gouverneur de Paris.

Si Alexandre était réservé et indifférent, le duc de Wellington n'avait pas plus que lui la pensée de s'engager dans une voie royaliste : « Si nous avions été plus loin, écrit M, de Metternich, nous aurions échoué et nous aurions compromis l'union nécessaire entre les puissances ^ » Aussi lorsque le maire de Bordeaux, M. Lynch, eut dit dans une proclamation que les alliés devaient protéger ceux qui se déclareraient pour les Bourbons, Wellington somma le duc d' Angoulême de démentir l'assertion : car, disait-il, « le renversement d'une dynastie et le rétablissement d'une autre n'étaient nullement le but des puissances alliées ».

Ainsi jusqu'ici les souverains étrangers repoussent les Bourbons, ne font rien évidemment pour les imposer à la France. Cependant M. de Vitrolles, avec sa conviction entraînante, gagna quelque chose : il fit accueillir par les ministres Nesselrode, Metternich, Castelreagh, ses idées sur la nécessité de ne plus traiter avec Bonaparte et de reconnaître les Bourbons.

Bientôt l'ennemi était devant Paris, et, après un

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