Alfred Nettement, Eist. de la Restauration, 1. 1, p
Pradt, dont la parole venait d'avoir tant d'autorité, avait été archevêque intrus de Malines et avait adulé Napoléon au delà de toutes les bornes, au point de s'appeler lui-même l'aumônier du dieu Mars ; mais Talleyrand enfin, qui semblait conduire tout le mouvement, évêque constitutionnel marié, grand dignitaire de l'empire, premier personnage du régime impérial avec l'empereur, avait tout à attendre d'une régence sous le fils de Napoléon et rien à espérer des Bourbons, dont il se trouvait séparé par tout son passé et par le sentiment qu'entre lui et eux il y avait incompatibilité. Jamais, on l'a dit, l'impuissance des hommes devant la toute-puissance providentielle de la situation ne parut d'une manière plus manifeste que dans cette circonstance, et la Restauration, imposée par l'opinioE publique, sortit, pour ainsi dire, ofiiciellement d'une réunion oîi personne, sauf une, ne la désirait ; ne la croyait possible peu de jours auparavant.
Le 1*^^ avril, dès le matin, on pu lire sur tous les murs de Paris cette foule d'adresses royalistes que la veille on se passait de main en main, et parmi elles la plus célèbre, la proclamation courageuse du conseil municipal de Paris. Après avoir énuméré d'un ton pathétique et déclamatoire, selon l'habitude du temps, tous les maux accumulés par l'empire, les conseillers disaient : « Nous serions les déserteurs de la cause publique, si nous tardions à exprimer le vœu de nos cœurs et des vôtres. S'il y a des périls à suivre ce mouvement du cœur et de la conscience, nous les
acceptons. L'histoire et la reconnaissance des Français recueilleront nos noms ; elles les légueront à l'estime de la postérité. » En conséquence, le conseil général du département de la Seine déclarait, à l'unanimité de ses membres présents, qu'il renonçait formellement à toute obéissance envers Napoléon Bonaparte, et exprimait le vœu le plus ardent pour que le gouvernement monarchique fût rétabli dans la personne de Louis XVIII et de ses successeurs légitimes ; il arrêtait en outre que la déclaration et la proclamation qui l'expliquait seraient imprimées, distribuées et affichées dans Paris, notifiées à toutes les autorités restées dans la capitale, et envoyées à tous les conseils généraux des départements \
Si la majorité du conseil municipal de Paris, nommé par l'empereur, exprimait publiquement ces idées, il fallait, on en conviendra, qu'elles fussent répandues dans la généralité des esprits. C'était le cri du cœur, c'était la première parole officielle qui témoignât en faveur des Bourbons, et c'est pourquoi Talleyrand, qui voulait se réserver le premier rôle, avait cherché, nous l'avons dit, à arrêter le zèle de Bellart et de ses collègues. Il vit avec peine la proclamation répandue dans Paris, et donna au Moniteur et aux journaux l'ordre de ne pas la reproduire. Le Journal des Déhafs seul la publia, mais tout Paris l'avait lue, car elle fut affichée partout.
Le l^i" avril avait paru aussi la fameuse brochure de