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Histoire du Consultât et de VEmpire, t. XX, p

comme nous le verrons, au camp des alliés, revinrent « pleins des mêmes illusions », et rapportèrent d'Haguenau à Paris la « fausse idée » que les monarques ne tenaient pas aux Bourbons. Mais raisonner ainsi, lorsque rien ne permet d'appuyer le raisonnement, n'est-ce point émettre des suppositions ? et émettre des suppositions, n'est-ce pas souvent substituer à la vérité qui ressort des documents l'erreur ou le préjugé que dicte la passion ?

Bientôt les armées ennemies se dirigèrent vers la France. Les Anglais et les Prussiens furent les premiers en ligne, et Napoléon dirigea immédiatement contre eux, sur la frontière de Belgique, ses troupes frémissantes, mais déjà troublées. Victorieuses à Ligny, elles furent battues à Waterloo. La défaite fut un désastre. Tous les corps, forcés de se replier sur la France, laissèrent le passage libre : l'ennemi s'y précipita, et l'Empire n'avait reparu durant cent jours que pour ramener pour la seconde fois sur notre pays le malheur d'une invasion. Cette catastrophe mettait fin au règne de Napoléon, et la fin du règne de Napoléon devait être, dans l'intérêt de la France et de l'Europe, le retour des Bourbons. Napoléon l'avait dit à M. de Metternich cinq ans auparavant : « Si jamais je devais disparaître, par suite d'une catastrophe, nul autre qu'un Bourbon ne pourrait s'asseoir à cette place. » Napoléon s'en souvint, se sentit perdu, et regagna précipitamment Paris, comme il l'avait fait après la campagne de Russie, sans même essayer de rallier ses troupes démoralisées et rompues. A Paris, il essaya d'abord.

par une note communiquée, de rejeter le malheur sur les « malveillants qui avaient répandu l'alarme » ; mais les témoignages l'accablèrent, celui de Ney surtout, et il se trouva en présence d'une Chambre des représentants déjà peu docile auparavant, mais que le malheur rendit aussitôt hostile à l'empereur vaincu. La Chambre prit l'initiative, déclara l'indépendance de la nation menacée, et se constitua en permanence ; attirant ainsi à elle tout pouvoir, elle arracha à l'empereur, après quarante-huit heures de lutte, par ses obsessions et même ses injonctions répétées, son abdication (22 juin). Napoléon, en la faisant connaître, proclama son lils, sous le nom de Napoléon II, empereur des Français. Mais le jeune prince allait-il être accepté ? Une commission executive fut nommée : trois anciens régicides, le duc d'Otrante, Fouché, Carnet et Quinette en firent partie, avec le général Gresnier et le fidèle Caulaincourt, duc de Yicence. Fouché en devint le président, et le secrétaire général fut un ajutre régicide, le comte Berlier. Vainement le frère de l'empereur, Lucien, et d'autres députés bonapartistes s'efforcèrent-ils de rattacher la Chambre des représentants à la cause de Napoléon II, ou de rendre à l'empereur l'énergie qui l'abandonnait : La Fayette, soutenu par ses amis, répondit que, depuis dix ans, trois millions de Français avaient péri pour un homme, qu'ils avaient assez fait pour la France, et que maintenant leur devoir était de sauver la patrie. Or, que lui présentaient-ils pour la sauver ? Les bonapartistes et les constitutionnels n'étaient unanimes que sur un

seul point : l'exclusion des Bourbons, et aucun député royaliste n'était là pour relever les injures que les anciens régicides ou les créatures de l'empereur proféraient contre les Bourbons. Ils s'obstinèrent dans cette pensée, et ainsi, loin de sauver la patrie, ils prolongèrent ses désastres. En face de l'ennemi qui nous envahissait de toutes parts, ils en étaient à discuter subtilement les articles d'une future constitution, comme les Byzantins du xv° siècle en face des Turcs qui renversaient Constantinople. Le salut était ailleurs; et les maréchaux, hommes d'action pratique, l'indiquaient ; le rusé duc d'Otrante, Fouché, le pressentait. Mais Fouché voulait avant tout se rendre l'homme nécessaire, comme un modérateur entre les idées révolutionnaires de la Chambre des représentants qu'il caressait, et les sentiments royalistes dont il contrariait et retenait l'explosion.

Dès le 23 juin, Fouché avait fait mettre en liberté M. de VitroUes, récemment arrêté, et lui avait dit comme il partait pour Gand, où se trouvait Louis XVIII: « Dites au roi que nous travaillons pour son service » ; mais il ajouta : « Alors même que nous n'irions pas tout droit, nous finirons par arriver à lui. Dans ce moment il nous faut traverser Napoléon II, probablement le duc d'Orléans, mais enfin nous irons à lui ». Napoléon II, définitivement repoussé par la Chambre des représentants, n'avait plus aucune chance ; mais le nom du duc d'Orléans prenait faveur, principalement dans l'armée. Quatre jours après Waterloo, le 22 juin, le maréchal Soult, en informant l'empereur de la fer-

mentation qui régnait dans les troupes, surtout parmi les chefs et les généraux, lui écrivait : « L'opinion générale est qu'avant quinze jours le gouvernement sera renversé », et il ajoutait : « Le nom de l'Orléans est dans la bouche de la plupart des généraux et des chefs ». C'étaient les mécontents du gouvernement de la Restauration qui reprenaient ainsi leur dessein, formé aux mois de février et mars 1815, de substituer par un mouvement militaire le duc d'Orléans à Louis XVIIL Fouché avait alors suivi ce projet ; il le caressait peut-être encore, car, selon le mot de M. de Vitrolles, « avec le duc d'Orléans, ou tout autre illégitime, ses intérêts eussent été mieux assurés ».

Cette idée d'une restauration avec le duc d'Orléans était si répandue, que le maréchal Grouchy, nommé par le gouvernement provisoire chef de toutes les troupes, répondait à M. de Vitrolles, qui lui demandait s'il ne pourrait pas faire proclamer le roi par l'armée : « Je le voudrais, mais c'est impossible. Demain, si vous le voulez, le duc d'Orléans, avec le drapeau tricolore. » Cette communication était d'autant plus grave, que l'attitude du duc d'Orléans était aux yeux des royalistes assez ambiguë « pour ne pas surveiller et craindre ' », que Fouché correspondait avec le prince, et que l'empereur Alexandre avait, trois mois auparavant, reçu, sans les repousser, des ouvertures faites pour obtenir son consentement à la substitution sur

1. Lettre du comte de la Cliastre, ambassadeur du roi à Londres, 18 m.ai 1815, dans Nettement, Histoire de la Eesfcmration, t. II, p. 378.

le trône de France du chef de la branche cadette au chef de la branche aînée. Toutefois, le duc d'Orléans n'aurait pas été en ce moment une solution, et, dans les crises aiguës, il faut une solution. Elle apparut clairement aux plus braves soldats de la France, et leur résolution patriotique devait peu à peu tout entraîner. Le maréchal Grouchy avait été, dès le premier jour, convaincu que le seul moyen d'arrêter l'invasion et de préserver Paris, c'était de faire proclamer Louis XVIII par l'armée. Le 26 juin, le maréchal Oudinot, persuadé que Louis XVIII reviendrait, conseillait au maréchal Davoust de servir le roi, car, en sa qualité de ministre de la guerre, il pouvait beaucoup. Or Davoust, malgré ses préventions contre le roi, était obligé de reconnaître qu'il n'existait plus aucune voie de salut, si on ne concluait un armistice et si l'on ne proclamait Louis XVIII. Le lendemain, 27 juin, appelé au sein de la Commission executive oti se trouvaient également les présidents et les secrétaires des deux Chambres, Davoust exposa nettement qu'il n'y avait pas un moment à perdre pour faire au roi Louis XVIII la proposition d'entrer à Paris, et, en demandant le maintien du drapeau et de la cocarde tricolores, il énumérait les dispositions que, selon lui, le prince devait prendre. Le 29 au soir, le même Davoust, avec l'insistance de son patriotisme, écrivait à Fouché : « J'envoie à Votre Excellence les nouvelles que j'ai reçues ce soir sur l'état des choses et des troupes. Il n'y a pas de temps à perdre pour adopter la proposition que j'ai faite hier. Nous devons pro-

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clamer Louis XYIIL » Et le maréchal ajoutait r « L'avenir inspire mes motifs ; j'ai vaincu mes préjugés^ mes idées. La plus irrésistible nécessité et la plus entière conviction m'ont déterminé à croire qu'il n'y a pas d'autre moyen de sauver la patrie '. » Après avoir écrit cette lettre, Davoust, rencontrant le général Beker, lui en faisait connaître la substance, et ajoutait que, si ses propositions étaient agréées, il monterait le lendemain à la tribune pour y exposer la situation de la France et demander la proclamation de Louis XVIIL

Tous les généraux, il est vrai, ne partageaient pasl'opinion de Davoust. Seize d'entre eux adressaient le 30 juin à la Chambre des représentants une adresse où ils déclaraient incidemment que « les Bourbons n'offraient aucune garantie à la nation », et que, « si on pouvait souscrire à leur rentrée, on aurait signé le testament de l'armée, qui pendant vingt ans a été le palladium de l'honneur français ». Davoust, trompé sur le but de l'adresse, qu'il croyait uniquement destinée à relever les courages abattus, donna de confiance sa signature, pour ne pas se séparer de ses compagnons d'armes. Grand fut son émoi lorsque l'adresse fut rendue publique à la tribune de la Chambre des représentants, car l'adresse lançait contre les Bourbons une exclusion injurieuse. Davoust, pour éviter un éclat, ne sévit pas, mais rédigea une contre-adresse où, rappelant qu'au milieu des querelles politiques le

1. Dans M. Eleurt de Chaboulon, Les Cent-Jours, t. II, p. 322.

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devoir de l'armée est de n'appartenir à aucune faction, de n'être d'aucun parti, il signalait « l'erreur qui avait fait placer son nom au bas de l'adresse » lue la veille à la Chambre '.

La divergence entre les deux conduites tenues alors, par les maréchaux d'un côté, et par la Chambre des représentants de l'autre, est encore nettement établie par ce fait de l'envoi, le l®'^ juillet, au quartier général des ennemis, de commissaires porteurs d'instructions données par la Chambre, oîi on lisait : « L'intérêt général de la France et des puissances est de ne rien précipiter au sujet de la question politique de la forme du gouvernement. Napoléon n'est plus à Paris depuis près de huit jours ; sa carrière politique est finie ; s'il existait en faveur des Bourbons une disposition nationale, cette disposition se serait manifestée avec éclat. Il est donc évident que ce n'est pas leur rappel que veut la nation française. Si elle veut tout autre sytème que le rétablissement des Bourbons, c'est qu'il n'en est point qui ne lui présente autant d'inconvénients et aussi peu d'avantages. » Dans un autre sens, et seulement quelques heures après l'envoi des instructions dans un conseil de guerre tenu à la Villette, auquel tous les maréchaux et beaucoup de généraux de division furent appelés, le maréchal Soult répéta ce qu'il avait constamment représenté : c'est qu' « après avoir forcé Napoléon à abdiquer, l'on

1. La contre-adresse est dans Le Correspondant du 10 février 1880, articles de M. de Lacohbe.

aurait dû envoyer sur-le-champ une députation à Louis XVIII, au lieu de prolonger les maux de la France en entretenant la nation et l'armée dans des illusions chimériques ^ ». Les maréchaux Davoust, Masséna, Grouchy, appuyèrent le maréchal Soult, et, sur les cinquante généraux présents à la conférence, • trois ou quatre seulement parlèrent, mais avec une grande véhémence, dans un sens opposé. On décida seulement qu'il fallait traiter avec l'ennemi sur les bases de la reddition de Paris et de la retraite de l'armée sur la Loire, car l'armée ne voulait pas trop s'immiscer dans la question politique.

Les généraux, mis en face de leurs devoirs militaires et de leur responsabilité politique, étaient forcés devoir la situation telle qu'elle était, mais la passion empêcha la Chambre des représentants de la reconnaître. Les députés étaient encore tout entiers à leur haine des Bourbons, et cette haine paralysait tout. C'étaient ces députés qui avaient dicté à La Fayette, Voyer d'Argenson, Pontécoulant, Sébastiani, Benjamin Constant, les instructions qu'ils avaient emportées, le 23 juin, au quartier général des alliés pour essayer d'arrêter leur marche (ce qui était une bien lourde charge pour de si petites individualités, sans autorité pour parler au nom de la France ! ) et pour sonder leurs dispositions au sujet du gouvernement que l'on pourrait établir dans le pays. Or, d'après ces instructions, les commissaires, tout en admettant comme point de départ le

1. Capitaine Manduit, Derniers Jours de la Grande Armée, t. II, p. 530.

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règne de Napoléon II, et prêts à modifier cette condition d'entente, devaient déclarer que le rétablissement de la famille des Bourbons sur le trône de France serait incompatible avec le repos général de la France et par conséquent de l'Europe. « L'exclusion des Bourbons, disait-on, est une condition absolue de la tranquillité générale, et c'est un des points auxquels doivent tenir plus fortement messieurs les plénipotentiaires. » Des instructions exposaient ensuite les arguments à faire valoir, tantôt auprès de l'empereur d'Autriche, tantôt auprès de l'empereur de Russie, pour influencer leur esprit contre les Bourbons K Les commissaires ne purent voir les souverains ; mais, auprès de leurs ministres, ils eurent soin, dans leurs entretiens confidentiels, de développer leurs idées, d'émettre leurs insinuations au sujet du duc d'Orléans, ou même au profit de princes étrangers, comme le roi de Saxe et le prince d'Orange. Les ministres se tinrent naturellement sur la réserve, et M. de la Fayette et ses amis, à leur retour à Paris le 5 juillet, purent déclarer devant la Chambre que les puissances ne voulaient pas se mêler du gouvernement de la France et ne tenaient pas aux Bourbons. Dans le Moniteur du 6 juillet, on lut ceci : « Les souverains alliés, fidèles à leurs déclarations, annoncent les dispositions les plus libérales et l'intention la plus prononcée de n'imposer à la France aucune forme de gouvernement, mais de la laisser parfaite-

1. Les instructions sont dans Les Cent-Jours de M, Fleurt de Cha- BOCLON, t. II, p. 29S.

ment libre à cet égard. Leurs plénipotentiaires ont donné à ce sujet les assurances les plus positives. » Cela était vrai : le prince de Scliœnburg, aide de camp de Bliicher, et le comte de Nostitz, avaient déclaré en outre aux commissaires que les alliés n'attachaient aucune importance à la restauration des Bourbons. Voilà donc quelle était toujours la situation : au dehors, les souverains étrangers, muets, indifférents; au dedans, d'un côté une Chambre de représentants qui repoussait obstinément les Bourbons, de l'autre des maréchaux qui les appelaient pour sauver la patrie. Au-dessus de ces deux courants, Fouché, qui, en 1815, comme Talleyrand en 1814, retenait, loin de le précipiter, tout mouvement vers les Bourbons, caressant cependant les royalistes, mais flattant aussi les révolutionnaires ; « regardant de tous côtés pour chercher une autre solution que les Bourbons et ne la trouvant pas ^ ». Touché finit par aboutir à eux, car il comprenait d'où venait le vent, oii il conduisait, et il dirigeait sa marche de ce côté afin d'arriver au port. Chacun avait le pressentiment qu'il devait en arriver ainsi ; le régicide Garât se posait alors la question : « Quel serait, écrivait-il le 30 juin, le cas possible où les Bourbons pourraient reprendre leur trône pour une seconde restauration ? » Or une question posée appelle une réponse : l'opinion, retenue par Fouché et la Chambre, restait perplexe, sans oser le dire. Maine de Biran en a rendu témoignage lorsque, dans son Journal

1. Thiers, Histoire du Consulat et de VEmpire, t. XX, p. 528.

intime, il écrivait : « La France semble être dans la stupeur : le cri national se fera-t-il entendre ? Vive le roi ! Sans le Roi légitime, point de salut. »

Wellington, avec le sens pratique d'un Anglais, l'avait vu clairement, et avait engagé le roi à s'avancer. Louis XVIII passa la frontière, et, malgré Talleyrand, qui le priait de différer et qui fut congédié assez brusquement, il arriva à Câteau-Cambrésis, escorté par un petit corps de royalistes commandés par le duc de Berry. Le 24 juin, Louis XVIII data de cette ville une proclamation où il marquait sa position indépendante : « Nous n'avons voulu unir nos bras ni ceux de notre famille aux instruments dont la Providence s'est servie pour punir la trahison ; mais aujourd'hui que les puissants efforts de nos alliés ont dissipé les satellites du tyran, nous nous hâtons de rentrer dans nos Etats. » Voilà la situation vraie. Les étrangers ne ramènent pas les Bourbons, mais les événements permettent à ceux-ci de rentrer en France, et la France est prête à les acclamer. Wellington, en passant le 22 à Câteau-Cambrésis, écrivait « Je trouve tout le monde ici très disposé pour la cause du roi. » Il en était de même dans le Midi, oîi, à Marseille et à Beaucaire le 25, à Aigues-Mortes le 27, à Mende le 30 juin, on avait crié : Vive le Boi I Tsdleyrand comprenait la situation, et il savait que la parole du roi aurait de l'écho. Aussi revint-il de luimême vers Louis XVIII, d'autant plus que son ami Fouché avait écrit à Wellington le 27 juin : « La nation française veut vivre sous un monarque. La repu-

blique nous a fait connaître tout ce qu'ont de funeste les excès de la liberté ; l'empire, tout ce qu'a de funeste l'excès du pouvoir. Notre vœu est de trouver à égale distance de ces excès l'indépendance, l'ordre et la paix de l'Europe. » Le 28 juin, le roi était à Cambrai, et publiait dans cette ville une proclamation où il répétait : « Je n'ai point permis qu'aucun prince de ma famille parût dans les rangs des étrangers, et j'accours pour ramener mes sujets égarés, pour adoucir les maux que j'aurais voulu prévenir, pour me placer une seconde fois entre les Français et les armées alliées. » Ces dernières paroles marquaient le caractère de la seconde restauration. Les étrangers, irrités, bien plus irrités qu'en 1814, parlaient hautement de démembrer la France, c'est-à-dire de lui reprendre l'Alsace et la basse Lorraine ; les projets étaient formés : les limites nouvelles étaient tracées : ce furent le roi, ses ministres, et le duc de Richelieu, parlant au nom du roi, qui sauvèrent alors la France d'un opprobre qui depuis, hélas ! à la suite de la troisième invasion, amenée par un Bonaparte, ne lui a pas été épargné.

Louis XVIII poursuivit sa marche : il quitta Cambrai le 30 juin, vint à Roye, où les maréchaux Macdonald et Gouvion Saint-Cyr, comprenant la situation comme la comprenaient Soult, Grouchy, Masséna, Davoust, lui offrirent leurs services. Cette démarche des maréchaux, et la venue de plus en plus prochaine du roi, exaspéra la Chambre des représentants : des mouvements en faveur de l'empereur furent tentés dans Paris le 3, le 4, le 5 juillet. Mais il fallait en finir : car

Fouché, après la déclaration faite au conseil de guerre le 1^^ juillet, avait déjà eu peur de ne plus être maître de la situation, et il voulait toujours la dominer. Dès le lendemain 2 juillet, il avait inspiré à Wellington la pensée de publier une note dans laquelle le général anglais conseillait aux Chambres et à la commission provisoire de donner leur démission et de déclarer qu'elles n'avaient pris le gouvernement que pour assurer la tranquillité publique et l'intégrité du royaume de Louis XVIII. En même temps, Wellington conseillait au roi de se rapprocher de Paris ; puis, lorsque les délégués de la Chambre des représentants vinrent pour négocier l'armistice, et, pleins de préventions contre les Bourbons — nous l'avons vu, — le sonder sur les intentions des alliés au sujet du gouvernement, le général anglais, qui, avec son caractère officiel, ne devait rien dire, exprima du moins, « comme individu » son opinion. Selon lui, la restauration du roi devait être la meilleure garantie de sécurité pour l'Europe. « Ce que vous avez de mieux à faire, dit-il aux délégués, c'est de vous hâter, afin qu'on ne puisse croire que cette mesure vous a été imposée par les puissances étrangères. » Une suspension d'armes eut lieu le 5 juillet.

Le roi, déjà entouré de nombreux royalistes, était à quelques lieues de Paris. Fouché, duc d'Otrante sous l'Empire, régicide sous la Convention, se fera-t-il accepter conmie l'homme nécessaire ? va-t-il devenir le ministre du roi ? Lorsque, le 1^^' juillet, on avait parlé à Louis XVIII de cette éventualité, le monarque

s'était écrié : « Jamais ! » Le 4, Fouché, dans une proclamation, plaçait encore « la cocarde et le drapeau aux trois couleurs nationales sous la sauvegarde spéciale des armées, des gardes nationales et de tous les citoyens ». Cependant, le 6, Louis XVIII reçut le duc d'Otrante, chaudement recommandé par les plus royalistes, et présenté par Talleyrand ; or Talleyrand, s'appuyant sur le bras de Fouché pour passer dans le cabinet du roi, semblait, a dit Chateaubriand, le vice appuyé sur le crime. Louis XVIII signa la nomination du duc d'Otrante. Le roi croyait devoir faire ce sacrifice pour assurer le prompt dénouement de la crise. Plus d'un regretta tant de facilité sur un point, tant de raideur sur d'autres ; et Wellington, qui avait insisté pour que Louis XVIII adoptât le drapeau tricolore, afin de ne pas laisser aux ennemis du roi un drapeau si populaire, ne put s'empêcher de s'écrier : « Quelles gens ! il est plus facile de leur faire accepter un régicide qu'une idée raisonnable. »

Louis XVIII eût pu rentrer le 6 au soir dans Paris, dont les murs étaient depuis le matin couverts de la proclamation royale du 28 juin, répandue par les soins de l'imprimeur Michaud. Tous les habitants l'attendaient ; mais Fouché retarda encore la venue du roi, arrêta l'élan des royalistes, et, pour ne pas leur laisser l'honneur de la restauration, il en fit hommage aux alliés dans un acte qui contient un outrage et un mensonge. Le 7, en effet, Fouché, dans un message aux Chambres, disait que « les ministres et les généraux des puissances alliées avaient déclaré hier au

président de la commission (c'était lui) que tous les souverains s'étaient engagés à replacer Louis XVIII sur le trône ' ».0r, Wellington, indigné, écrivait alors : « Cette lettre a été pour moi une preuve de plus qu'à ioutes les époques de la Révolution française tous ceux qui y ont joué un rôle ont menti sans scrupule, pourvu que leur mensonge leur fût utile, ne fût-ce qu'un moment. » A la parole de Fouché, la commission de gouvernement se sépara, et un piquet de garde nationale placé devant le Palais-Bourbon répondit le 8 au matin, aux représentants qui arrivaient, qu'ordre était donné de ne laisse rentrer personne. Ainsi finit cette Chambre des représentants, si hostile à la rentrée des Bourbons : elle ne représentait plus l'opinion, ^t l'opinion se passait d'elle.

Fouché avait conseillé au roi d'éviter de faire son entrée dans Paris par les quartiers populeux ; Louis XVIII repoussa ce pusillanime conseil par un de ces mots où l'esprit et le cœur se trouvent réunis : « Là où le roi paraît, il n'y a pas de ligueurs. » Le 8 juillet, à trois heures et demie du soir, Louis XVIII entra dans la capitale, dont la population fit éclater la plus grande allégresse. Il était temps, car il fallait tenir tête aux étrangers, et, pour repousser leurs exi- .^ences, il y avait besoin du roi de France. Encore une fois, ce n'était point la force des hommes qui avait poussé vers cette solution, c'était, selon la parole de M. Nettement, « ce que les politiques appellent

1. Cité dans Nettement, Hist. de la Restauration, t. III, p. 116.

la force des choses, et les chrétiens la Providence'. » Un dernier mot. — Il ne semble pas qu'au temps de la première Restauration, en 1814, aucune voix se soit sérieusement élevée pour accuser les Bourbons d'avoir été imposés à la France par les étrangers : tant l'élan vers le roi avait été général, spontané, irrésistible !

En 1815, au contraire, comme les passions venaient d'être très surexcitées pendant les Cent-Jours, les plus amères récriminations se produisirent.

Dès le 24 juin. Napoléon, au milieu d'un flot de paroles incohérentes, s'écriait : « Fouché trompe tout le monde : il joue la Chambre, les alliés le joueront, et vous aurez de sa main Louis XVIII ramené par eux. » Le 30 juin, le général Mouton-Duvernet rapportait à la Chambre des représentants qu'il avait entendu dire, parmi les troupes cantonnées à la Villette et à Saint-Denis : « Nous mourrons avant de recevoir un monarque amené par des Anglais et des Prussiens ^. » Un député, M. Durbach, s'écriait alors : « Si, comme tout le fait craindre, les forces ennemies étaient destinées aujourd'hui à replacer par la violence les Bourbons sur le trône, les mêmes forces leur seraient également indispensables pour s'y maintenir. » Les seize généraux signataires de l'adresse dont nous avons parlé étaient émus à la pensée qu'on voudrait leur imposer les Bourbons. « Si les souverains imposent à la France le rétablissement de

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