‹ Les quinze joyes de mariage. 2. éd. Conforme au manuscrit de la bibliothèque publique de Rouen, avec les variantes des anciennes éditions, une notice bibliographique et des notesChapitre 16 sur 90 · I . Se brûle. — 2. Le reste. — } . Tripoté toute la joumét · texte numérisé non relu

I . Se brûle. — 2. Le reste. — } . Tripoté toute la joumét

DE Mariage. iy

combien que elle a bien dormi, n M 'amie, fait-il. qui doit venir de vos commères aujourduy, il fault penser qu'elles soyent bien aises ; et aussi fault adviser quand vous relieverez : il y a XV jours que vous estes accouchée. M'amie, il fault regarder au moins perdre , car les despens sont grans. — Ha, a, fait la dame, mauldite soit l'eure que je fu oncques née, et que je ne avorté mon enfant ! Elles furent hier céans xv proudes femmes mes commères , qui vous ont fait grand honneur de venir, et me portent grand honneur partout où elles me trouvent; mais elles n'avoient pas de viande qui fust digne pour les chamberieres de leurs mesons quand elles gisent ' : je le scey bien, je l'ay veu. Aussi elles s'en scevent bien mocquer entre elles ; je le cognoissoye bien sans ce que elles s'en apperçeussent. Helas! quant elles sont ou poinct où je suy, Dieu sceit comme elles sont chier^ tenues et honnestement gardées. Helas! il n'y a encore guère que je suy acouchée, et ne me puis soustenir ; et il vous tarde bien que je soye ja à patrouiller par la meson , à prendre la paine qui m'a tuée. — Quoy dea , fait-il, dame , vous avez tort. — Par Dieu, fait-elle, sire, vous voudriez que je fusse morte , et je le vouldroie aussi ; et par ma foy, vous ne aviés que faire de estre en mesnage. Hellas! ma cousine de tel lieu m'avoit demandé si je auroye point de robe à mes levailles >, mais j'en suy bien loing, et aussi il ne m'en chault, et suv d'acord de lever ■* demain ,

I. Quand elles sont en couches. — 2. Chèrement. — j. Relevailles. — a. Me lever.

et aille comme aller pourra ; je voy bien que nous ne avons que faire de convier gens. Hellas! je voy bien que je auray assez à souffrir ou temps à venir, si je avoye ou x ou xii enfans, que jà ne sera , si Dieu plest , plaise à Dieu que je n'en aye jamès plus , et pleust à Dieu qu'il eust fait son commandement de moy ; au moins fusse-je quitte de vous faire desplesir, et de la honte du monde, de ce que j'ay à souffrir. Mais face Dieu sa vouienté. — Avoy, m'amie, fait le proudome, vous estes bien esmeue , et sans cause. — Sans cause ! fait-elle. Par Dieu, sans cause n'est-ce pas : car par Dieu je ouse bien dire que oncques pauvre femme de mon estât ne souffrit plus que j'ay a souffrir en mon mesnage. — Or avant , belle dame, fait-il, je suy content que vous levez quand il vous plaira ; mais au moins dites moy la manière comment vous aurez la robe que vous demandez. — Par Dieu, sire, je n'en demande point, fait-elle, et n'en veil point : j'ay assez robes , car de jolivete ne me chault ; je suis vieille dorénavant, puis que j'ay enfans; et vous en faites bien semblant. Je voy bien comment il me prendra sur le temps à venir, quand je seray rompue d'enfans et du travail de mesnage, comment je suis jà ' : car je vov ma cousine, la femme de tel qui me demanda bien à femme , et y mist bien grant peine , et en fist maint pas, et tant que je fu à marier il ne se voulst * oncques marier. Et quand je vous eu une foiz veu , je fu si folle de vous que je n'eusses pas prins le filz du roy de France. Si scei-je bien à quoy m'en tenir

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