I. Dépensons. — 2. Tourment, embarras, tribulation
5. Rideau. Ce mot, qui commençoit à vieillir à la fin du seizième siècle, puisque Rosset a cru devoir l'expliquer, n'est pas encore complètement hors d'usage.
^o Les quinze Joyes
le bon homme, pource que elle atant ses commères, qui joueront bien le personnage demain , ei lui bailleront des actaintes et d'unes et d'autres, tellement que tout de soy il sera si dompté que l'en le pourroit mener par le landon garder les brebiz. Or de sa part le proudomme fait aprester à disner selon son estât, et y travaille bien; et y metra plus de viande la moitié que au commencement propousé n'avoit, par lesataintes que sa femme lui a dites. Et tantoust viennent les commères, et le proudomme va au devant, qui les festoyé et fait bonne chiere ; et est sans chapperon par la meson , tant est jolis , et semble un foui , combien qu'il ne l'est pas. Il maine les commères devers la dame en sa chambre, et vient le premier devers elle , et lui dit : « M 'amie, voiez cy ' voz commères qui sont venues. — Ave Maria, fait-el, je amasse mieulx qu'elles fussent à leurs mesons; et si feissent- elles si elles savoient bien le plesir que elles me font. — M 'amie, fait le proudomme, je vous pri, faites très-bonne chiere. »
Lors les commères entrent : elles desjunent, elles disnent, elles menjent à raassie*; maintenant boivent au lit de la commère, maintenant à la cuve, et confondent des biens et du vin plus qu'il n'en cntreroit en une bote; et à l'aventure il vient à barrilz où n'en y a que une pipe. Et le pouvre homme, qui a tout le soussv de la despense, va souvent veoir comment le vin se porte,
1. Voici. — 2. Les éditions de Rosset portent à rusie, qu'il explique par collation , goûter. Le Duchat fait venir ce mot de recanarc. Rkintr s'emploie encore dans quelques provinces pour goûter.
quant il voit terriblement boire. L'une lui dit ung brocart , l'autre li gete une pierre en son jardin : briefment , tout se despend ; les commères s'en vont bien coiffées , parlant et janglant ' , et ne se esmoient point dont il vient. Le pouvre home court jour et nuit, et quiert la robe dessusdite, et autres chouses, dont à l'aventure il s'endebte grandement. Or est-il bien venu ; et lui fault ouyr la chanc/.on de l'enfant ; or fault estre en danger de la nourrice; or dira la dame dorénavant que oncques puis que el eut enfant el ne fut saine ; or fault penser de soy acquiier des despenses qu'il a faites ; or lui faut restraindre son estât, et croistre celui de sa femme ; or conviendra qu'il se passe d'une robe en ung an , et de deuz paires de souliers , une pour les purs ouvrables et l'autre pour les festes; d'une sainture arse à deux ou trois ans. Or est entré en la nasse où il a tant désiré entrer, et n'en vouidroit pas estre hors , et use sa vieen douleursetentourmens qu'il tientà joies, veu qu'il ne vouidroit pas estre aultrement. Pource y est , et y languira tousjours , et fmera misérablement ses jours.