‹ Les quinze joyes de mariage. 2. éd. Conforme au manuscrit de la bibliothèque publique de Rouen, avec les variantes des anciennes éditions, une notice bibliographique et des notesChapitre 29 sur 90 · I. Voudroit. — 2. Ne bouge non plus que. — 5. Le visage · texte numérisé non relu

I. Voudroit. — 2. Ne bouge non plus que. — 5. Le visage

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que el est ainsi feble de complexion , pource que à l'aventure el est ainsi descoulourée, et pour ce le croit-il mieux.

Mais il advient que ceste dame veult avoir robe ou autre chose de son mary, et scet bien ses condicions c'est assavoir que à l'aventure i! est homme qui scet bien où il met le sien) ■ . Elle avise de le trouver en bon temps pour avoir ce que elle demande. Et quant ilz sont en leur chambre en leurs grans deliz et plaisances , et que la dame voit qu'il a affere d'elle, elle lui fait si bonne chiere et si estrange que c'est merveilles : car femme bien aprinse scet mil manières toutes nouvelles de faire bonne chiere à qui el veult . Et en ce faisant le bon homme est bienaise , qui n'a pas acoustumé à avoir bonne chiere. Lors l'accoUe et le baise, et le bon homme lui dit : « Vraiement , m'amie , je cuide que vous me voulez aucune chose demander. — Par dieu , mon amy, je ne vous demande rien, fors que bonne chiere fassez. Pleust à Dieu, fait-elle, que je n'eusse jamès aultre paradis , fors estre tousjours entre voz bras! Par dieu , je n'en vouldroie point d'aultre. Vraiement, fait -elle, ainsi Dieu me veille aider, que ma bouche ne atoucha oncques à homme fors à la vostre, et à vos cousins et aux miens, quand ils viennent ciens, que vous me commandez que je les baise. Mais je croy qu'il ne soit homme au monde si doulx ne si gracieux come vous estes. — Non , m'amie ? fait-il : si estoit tel escuver qui cuida estre marié avecques vous. — Fy !'fy ! fait-elle; par mon ame, quant

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je vous eu veu premièrement , si vous vi-ge de bien loing, et ne vous fiz que entreveoir; mais je n'eusse jamais prins aultre, et eust-il été dau!phin de Viennois ' . Je croy que Dieu voulit ainsi : car mon père et ma mère me cuiderent marier a lui; mes jamès je ne le feisse : je ne scey que c'est, je croy qu'il estoit destiné qu'ainsi fust. '■ Lors fait ses plaisirs , et la dame se rent assez agille et abille; après dit au bon homme : «' Mon amy, fait-elle, savez-vous que je vous vueil demander? Je vous pri que ne me retïusez pas. — Non feray-je, m'amie, par ma foy, si je le puis faire. — Mon amy, fait-el , savez-vous ? la femme de tel a maintenant une robe fourrée de gris ou de menu-ver; je vous pri que j'en aye une; par mon ame, je ne le dy pas pour envie que je aye d'estre jolye , mes pource qu'il m'est avis que vous estes bien à la vallue - de me tenir aussi honnestement et plus que n'est son mary. Et quant à moy, elle n'est point à comparager 5 à ma personne; je ne le dy pas pour moy louer; mais , par dieu , je le faiz plus pource qu'elle s'en tient orgueilleuse que pour aultre chouse. ■> Lors le proudomme, qui à l'aventure est avaricieux , ou luy semble que el a assés robes, pense ung poy ^, et puis lui dit : " M'amie, n'avez-vous pas assés robes ? — Par dieu, fait-el, mon amv, ouyl, et quant à moy, si je estoie vestue de bureau s, je n'en faiz compte; mais c'est honte.

I . C'étoit le titre qu'on donnoit au fils aîné du roi de France depuis 1349- Louis XI le conserva jusqu'en 1461 , époque où il devint roi de France, et où le titre de Dauphin passa à son fils, né en 1459. — 2. En état. — 3. Comparer.— 4. Un peu. — S- Étoffe grossière.

— Ne vous chault, m'amie, laissés les parler; nous n'emprinterons rien d'eulx. — Par dieu , mon amy, voire mes; mes je ne semble que à une chamberiere emprès' elle; non fais-je emprès de ma sœur, et si sui-je aisnée d'elle, qui est laide chouse. '>

A l'aventure le bon homme luy baillera ce qu'elle demande, qui n'est que son dommage, car el en sera plus preste pour aller aux festes et aux dances que elle ne estoit davant. El tel se aidera à l'aventure delà fourreure qu'il necuideroitjamès.

Et s'il ne ly baille ladicte robe, sachez que, puisqu'el a bon cuer et gay, et qu'elle l'a entreprins, elle en aura, de quelque lieu qu'elle doye venir, et quoy qu'elle couste. Et peut-estre que elle a ung arnv, mais il n'est pas riche pour la donner, quar à l'aventure est-ce un pouvre galant à qui elle tient son estât '.

Et pource elle avisera ung aultre galant qui luy voulut l'autre jour donner ung dyamant à une feste où el fut , et lui envoia par sa chamberiere vingt ou XXX escuz d'or, ou plus; mais el ne les veult pas si tost prendre. Et combien que elle l'avoit fort reffusé, elle lui fera encore aucun ' regart gracieux , par lequel le gentil galant parlera encore à la chamberiere de la dame, qu'il encontrera en allant à la fontaine ou ailleurs, et ly dira : ojehanne, m'amie, j'av à parler à vous.

— Sire, fait-elle, quant il vous plaira. — M'amie, fait-il , vous savez l'amour que j'ay à vostre maistresse; je vous pri que vous me dites si elle vous

1. Auprès, en comparaison. — :. Aux besoins de qui elle pourvoit. — 3. Quelque.

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parla oncques puis de moy. — Par ma foy, dit fa chamberiere, elle n'en dit que tout bien, et scey que elle ne vous veult point de mal. — Par dieu, Jehanne, m'amie, dit-il, souvengne vous ' de moy, et me recommandez à elle, et par ma foy, vous aurez robe , et voyez-cy que je vous donne. — Certes , fait-el , je ne le prendray point. — Par Dieu, fait-il, si ferez; et vous pri que demain je aye nouvelles de vous. »

La chamberiere s'en va, et dit à sa dame : <■ Par ma foy, madame, j'ay trouvé gens qui sont en bon point. — Quelz gens sont-ce.'' fait la dame. — Par m'ame -, ma dame , c'est tel. — Et que vous a-il dit ? fait-elle. — Par ma foy, il est en bon point jusques à l'autre assise ' ; car il a les fièvres blanches ■♦, et est tel qu'il ne scet qu'il fait. — Pardieu , Jehanne, fait-elle , il est bel et gracieux. — Vraiment, fait-elle, vous dites voir, le plus bel que je voye. il est riche et bien trenché d'aimer * léaument, et feroit assez de biens à sa dame. — Pardieu, Jehanne, dit la dame, je

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