‹ Les quinze joyes de mariage. 2. éd. Conforme au manuscrit de la bibliothèque publique de Rouen, avec les variantes des anciennes éditions, une notice bibliographique et des notesChapitre 32 sur 90 · Le supporter, endurer sa conduite · texte numérisé non relu

Le supporter, endurer sa conduite

foy, oncques mes de telles chouses je ne me meslé. — Hélas! m'amie, fait-il, conseillés-moy que je feray. — Par mon serement, fait-elle , le meilleur sera que vous parlez à elle : et il est bien à point, car son mary l'a reffusée d'une robe que el lui a demandée , dont el est bien courrocée. Je conseille que vous soiez demain à l'église et la saluez, et luy dictes hardiment vostre fait , et lui présentez ce que luy vouldrez donner, combien que je scey bien que elle ne prendra riens; mes elle vous en prisera plus, et cognoistra vostre largesse et valeur. — Helas ! m'amie, je voulisse ' trop qu'elle print ce que je lui veil donner. — Par ma foy, fait-elle, elle ne le prendroit jamès; car vous ne vistes oncques plus honneste femme ne plus doulce : vous me baillerez ce que vous li vouldrez donner, et je feray tant, si je puis, que elle le prendra; au moins j'en feray mon povoir. — Vraiement, Jehanne, vous dictes très-bien. »

Jehanne s'en va riant à sa dame. <( De quoy vous riez-vous , Jehanne ^ fait la dame. — Par mon ame , il y en a qui ne sont pas bien aise. — Comment.^ fait-elle. — Certes, Madame, il parlera demain à vous à l'église. » Lors luy compte la besongne : « Gouvernez-vous, fait-elle, bien sagement , et luy faites bien l'estrange ; toutesfois ne l'estrangez ^ pas trop , et le tenez entre deux en bonne espérance. »

Or va la dame à l'église , et le gallant y est, passé a trois heures , en bonne devocion , Dieu le scet. Il se tient en un lieu où honte lui seroit

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