‹ Les quinze joyes de mariage. 2. éd. Conforme au manuscrit de la bibliothèque publique de Rouen, avec les variantes des anciennes éditions, une notice bibliographique et des notesChapitre 4 sur 90 · Prologue · texte numérisé non relu

Prologue

aultre pour son voisin. Dont est iuivfnu quf pour et la terre est iitscrle, destituée de peuple , désolée de science et de plusieurs aultres yertuz. Et par < (juent y régnent pechéz et tices, et si doit en . r alité chascun aimer le bien commun.

On peut dire en généralité que celui (fui n'aime son bien singulier est homme sans nul sens, inesmement quant il le peut fane sans dommage d'autrut ; car l'en ' tiendrait bien celui de petit conseil qui, de propous délibéré, se viendrott mettre en ugne fosse large par le bas et estroute par dessus, de laquelle nul homme ne pourrait saillir. Et telles fosses fait l'en à prendre les bestes sauliag^es en gr ans fore stz. Et adoncques quant tlz en icelles fosses

Hz sont fort esbahis, et l> ..rcuider * trouver

manière comment Hz en pourroiU issir » ; mais alors il n'est pas temps.

Ces chouses pourroit l'en dire pour ceulx qui sont en mariage, qui ressemblent le poisson estant en la grant eaue en franchise , qui la et rient où il lui plaist; et tant va et vient qu'il trouve une nasse borgne*, où il a plusieurs poissons, qui se sont pris aupast^ qui estoildedens, qu'ilzont sentu auflayrer. Et quand celui poisson les voit, il travaille moult pour y entrer, et va tant à l'environ de la dicte nasse qu'il trouve l'entrée , et il entre dedens, cuidant estrc en délices et plaisances, comme il cuide que les autres soient. Et quant il v est il ne s'en peut retourner, et est liens en dcul" et en tristesse, où il cuidoit trouver toute joye et lyesse. Ainsi peut on

I. L'on. — 2. Croire. — }. Sortir. — 4. Engin de pèche , en osier, à deu.x ouvertures. Lorsqu'il est ferme par l'un de ses bouts, le poisson peut entrer, mais non pas sonir. —

S- Appât. — 6. Deuil.

4 Prologue.

dire de ceulx qui sont en mariage , car ils voient les autres mariés dedens la nasse, <jui font semblant de noer ' et de soy esbatre. Et pour ce font tant qu'ilz trouvent manière d'y entrer. Et quant Hz y sont ilz ne s'en peuvent retourner, mais est force qu'ilz demeurent là. Pour ce dist ung docteur appelé Valere » à ung sien ami qui s' estait marié, et qui luy demandait s'il avoit bien fait, et le docteur lui respont en ceste manière : « Ami, dit-il, n'avés-vous peu trouver une haulte fenestre , pour vous laissier trébucher ' en une grosse ryvière , pour vous mectre dedens la teste la première ? » En montrant que on n doit exposer en moult grant péril avant que perdre franchise. Moult grandement se repentit Varchediacre de Therouenne*, nui , pour entrer en mariage , laissa le noble privilège et estât de clerc , et se maria à une femme vefve , en laquelle, selon ce qu'il racompte, il demoura en servage moult longuement, en grant doleur et en grant tristesse. Pour laquelle chouse soy repentant et en soy reconfortant , voulant prouftiter aux successeurs , fist et composa ung beau traictié. Et pluseurs aultres ont bien travaillié en moult de manières à monstrer la douleur qui y est. Et comment aucunes dévotes créatures , pensans en la Vierge Marie et considérant contemplativement les grans joyes qu'elle povoit

1 . Nager. L'édition de Treperel pone nagier. — j. Ce prétendu Valère ressemMe fon a Juvénal , ut. VI , vers )o et suivants. L. D. — }. Tomber.

4. Je ne connois ni cet homme ni son livre. L. D. — Ot homme, c'est Mathcolus; son livre, te Ihnt d* MatkMus , traduit en vers, au xiV si-* '■ '^" '"''jn Le Févre. faisoit grand bruit à l'époque où 1 .?/ de mariage furent

écrites. Voyei une très-bo: .'.ion de M. Françou

Morand, Mathiolus et ton u.id^iU.r Jehtn te Ferre, Boologne-sur-Ver, i8( 1 , in-8.

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