‹ Les quinze joyes de mariage. 2. éd. Conforme au manuscrit de la bibliothèque publique de Rouen, avec les variantes des anciennes éditions, une notice bibliographique et des notesChapitre 45 sur 90 · Tant d'agrément · texte numérisé non relu

Tant d'agrément

DE M ARUCE. 7'

(jui est trespassé : et si advient que elle ne lui tient ne foy ne loyauté. .

Si avient souvent que la femme qui ainsi se gouverne gaste tout et met tout à perte par son mauves gouvernement, et follement baille les biens que le pauvre mary acquiert à grand travail , selon Testât dont il est , et les despent en moult de manières, tant à son ami que à vieilles maquerelles, que à son confesseur, qui est ung cordelier ou ung iacopin , qui a une grousse pencion d'elle pour la absoubdre chacun an : car telles gens ont volentiers le povoir du pape. Et le bon homme le mary se contient le plus sagement qu'il peut, sans faire grans despens ; et à compté ce qu'il peut avoir de revenu, de pencion ou de marchandie, selon Testât dont il est, et sa despense. Si trouve , tout compté et rebatu, que sa chouse ne va pas bien , et est en grand soucy. Lors, quant il est en retrait, il en parle à sa femme, qu'il ayme mieulx que soy-mesmes, et luy dit : « Vraiement, m'amie, je ne scey que c'est, mais je ne scey que no7. biens deviennent, soit argent , soit blé , vin ou aultres choses ; et quant à moy, j'ay tousjours Tueil à regarder et gouverner nostre fait , tant que je n'en ouse pas avoir une robbe. — Vraiement, mon amy, je m'en esbahiz comme vous faictes : je ne scey aussi que ce peut estre, car je le cuide mener et gouverner le plus beau que je puis et le plus doulcement. » Si ne scet le bon homme où il tient , et vient à pauvreté , et ne scet que penser, fors seullement qu'il dit et conclud à lui-mesme qu'il est ainsi maleureux, et que c'est fortune ^ui luy court sus et qui règne contre lui. Ne il

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ne croiroit jamès chouse qui lui fust dite contre sa femme, et aussi il ne trouvera jamès qui rien lui en die , ou aventure sera : car celuy auroit bien pou afaire qui lui en parleroit , et après il seroit le plus grant ennemy qu'il pourroit avoir.

Et avient aucunesfois qu'il a ung bon amy, qui voit tout le petit gouvernement qui y est, et ne se peut tenir de luy dire qu'il se donne garde de sa meson, sans plus lui en dire; ou à l'aventure lui dira tout Testât comme il est, dont il sera moult esbahy. Si s'en va , et fait mauvaise chiere , dont sa femme cognoist bien qu'il y a quelque chose, et se double, à l'aventure, de l'autre qui lui a dit, pource qu'il l'avoit fort blasmée autrefois. Mes, si Dieu plaist, elle se chevira ' bien. Le bon home ne lui en dit riens encore, et se pense qu'il la essaiera , et luy dit : <i M'amie, il me fault aller à xu lieues de cy. — Et quoy faire, dit-elle, mon amy ? — Il me convient , fait-il , y aller pour telles choses et pour telles. — Je amasse mieulx , fait-elle , mon amy, que vous envoiassez ung vallet. — Je croy, fait-il, que je y auroye dommage ; mais je reviendré dedans deux ou trois jours. » Lors s'en part, et fait semblant d'aller hors, et s'embuche, et se met en lieu que, s'il va riens en sa meson , il le sçaura bien. Et la dame, qui a senti de ce que l'en lui a dit, mande à son amy qu'il ne vienne pas, pour nulle chouse qui soit, car elle s'en double bien.

Ainsi se gouverne la dame si sagement que ,

I. Elle se tirera bien d'affaires, viendra facilement à bout de la difficulté.

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Dieu mercy, son mary n'y trouvera jà faulte. Quand le bon homme a bien orillé et escouté , il fait semblant de ariver à sa meson , et fait bonne chère, car il croit que tout ne soit que mensonge. Et aussi il n'est point à croire que la famme qui tant lui fait bonne chiere , et le baise et accolle si doulcement et l'appelle mon arny, peust jamès faire telle chouse; et aussi il voit bien qu'il n'en est riens. Quant il est à son secret, il dit à sa famme : « Vraiement , m'amie , l'on m'a dit certaines parolles qui ne me plaisent pas. — Par dieu, mon amy, je ne scey que c'est, mais il a jà grant pièce ' que vous faites mauvaise chiere; j'ay eu grand paour que vous eussez aucun grant dommage, ou que noz amis fussent morts, ou prins des Anglois. — Ce n'est pas cela, dit-il; mais c'est pis que vous ne dites. — Ave Maria, dit-elle, et quelle chouse peut-ce estre ? s'il vous plaist vous me le direz. — Certes , ung mien amy m'a rapporté que tel se maintient avecques vous, et assés d'autres chouses. » Lors la dame se saigne ^ et fait grant admiracion , et se prent à soubzrire et dit : <( Mon amy, n'en faites plus mauvaise chiere. Par ma foy, mon amy, je vouldroie estre aussi bien quicte de touz mes pechiés comme de celuy. » Lors elle met sa main sur sa teste, et dit ainsi : <( Mon amy, je n'en jureray pas de celui tant seulement, mais j'en donne au deable tout quant que il en a dessoubz mes deux mains, si oncques bouche d'omme toucha à la moye , si n'est la vostre et à voz cousins , et aux miens par vostre commandement. Fy, fy! fait-

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