‹ Les quinze joyes de mariage. 2. éd. Conforme au manuscrit de la bibliothèque publique de Rouen, avec les variantes des anciennes éditions, une notice bibliographique et des notesChapitre 69 sur 90 · Trousser et empaqueter le bagage. L. D · texte numérisé non relu

Trousser et empaqueter le bagage. L. D

DE Mariage. 109

gre et tourmenté de noise : car el ne sceit où revencher ' de mal qu'elle ait si non sur lui, qui est à dure, à vent et à pluye. Et convient qu'il irote maintenant de jour, maintenant de nuit, à pié ou à cheval, selon Testât où il est, puis czà puis là, pour quérir de la vitaille , et pour ses aultres besoingnes. Briefment, le pauvre corps de lui n'aura jamès repoux, fors seullement paine et tribulation, car il n'est fait pour aultre chose. Et s'il avenoit que , pour ung grant ennuy de la noise que sa femme lui fait, il lui mescheist tant qu'il l'a voulsist rebeller - de respondre ou aultrement, sa paine sera redoublée, car il sera conclus ' et vaincu en la parfm , et sera plus subjet que davant : car il n'est pas maintenant temps de commencer. \'ous devez saver que les enfans sont mal instruiz et mal enseignez , ne le bon homme ne leur auseroit toucher, et convient qu'ilz aient tout ce qu'ilz demandent; et quanque ■* ilz font est bien fait, et eussent ore trait 5 un oeil à leur père , en getant leurs pierres quant ilz jouent ensemble. Puis quant la guerre est passée, il faut charroyer tout le charreage ^ à l'oustel, et est la paine à recommencer. Or chiet le bon homme en vieillesse, et sera moins prisé que davant; et sera reboutté lors comme un vieil faulconnier, qui ne vaut plus à nul mestier. La dame marie ses filles à sa guise , et aucunesfois les marie meschantement ; et elles ne leurs mariz

I. Prendre sa revanche. — 2. S'il avoit le malheur de songer à résister. — }. Ce mot se trouve dans le Roman du Renart, t. 111, p. 51 , avec le sens de vaincu. — 4. Tout ce que. — 5. Tiré, arraché. — 6. Ce qui est à transporter, à charroyer.

iio Les quinze Joyes de Mariage.

ne prisent rien le bon homme, qui devient goutteux et ne se peut aider, pour les maux qu'il a soufFry. Lors pleure le bon homme ses pechiés en la nasse où il est enclos, dont n'ystra jamès; et n'osera faire dire une messe et ne fait testament, si non qu'il met son ame entre les mains de sa femme. Ainsi use sa vie en langueur et en tristesse . où il sera tousjours et finera misérablement ses jours.

LA TREZIESME JOYE.

Jr^a treziesme joie de mariage, si est j^RS^ quant celui qui est marié et a demouré W^l avecques sa femme v ou vi ans ou plus , rr?"^ et si a esté si beneuré, ce lui semble, qu'il a trouvé une très-bonne femme et sage, et si a vescu avec elle en grands plesances et deliz à l'aventure. Et est gentilhomme , et veult acquérir honneur et vaillance, et veut aler dehors, et le dit à sa femme , laquelle le baise et l'acolle, et lui dit par maintes fois en suppirant et en plourant : « Helas! mon amy, me voulez-vous lesser et vous départir de moy, et lesser vos enfans . et ne savons si nous vous verrons jamès ? » Et met paine jour et nuit à le retenir, qu'il ne aille point. « M'amie, fait-il, convient que je y aille pour mon honneur, et fault que je obéisse au roy, ou aultrement ge perdroye le fié ' que je tiens de lui : mes, si Dieu plest, je vous verray tanttost^. A l'aventure il va oultre mer en quelque armée conquerre honneur et chevalerie : car il y en a aucunesfois qui ont le cuer si bon et si noble,

Page 1