I. Niaiseries
DE Mariage. 129
la cognois dès enfance : mes c'est la meilleure fille qui soit en tout cest pais. Or est grant pitié dont elle vous fust oncques donnée : or l'avezvous diffamée , et sans cause , et ne le lui pourroiez jamès amender. — Par mon serement, fait la chamberiere, mes chieres dames et amies, je ne scey que monsieur a pencé ne trouvé : mais oncques à ma vie je ne vis follie en ma dame, et l'ai servie bien leaument ' ; et ce seroit bien grant chose que je ne l'eusse sceu. — Quoy dea ! dit le bon homme, je la viz davant moy ! — Par ma foy , fait l'une des commères, non feistes, quelque chouse que vous diez : car puis que gens sont l'un près de l'autre, il n'est point à pencer qu'il y ail pour tant mal. — Je scey bien , fait la chamberiere , que le ribaut y a bien tendu : mes il n'y a homme au monde à qui ma dame veille plus de mal que à lui : et ne scey comme il se mist en la meson, car, par ma part de paradis , il n'y avoit oncques mes esté , et ameroit mieulx madame qu'il fust pendu au gibet , et qu'elle fust arse. Je vous ay jà servi quatre ans leaument, quelque pauvre que je soie : mais je jureroye bien sur les saintes reliques de ceste ville que madame s'est aussi bien gouvernée et maintenue comme bonne preude femme vers vous, comme femme fist oncques. Ha a! lasse! comme se porroit-il faire , fait-elle , que je ne l'eusse sceu, s'il y eust mal.'' Et par mon ame, jeestoie au plus près. Pleustà Dieu que je fusse aussi bien quicte de touz les péchiez que je fiz oncques comme elle est de celui , combien que