‹ Les quinze joyes de mariage. 2. éd. Conforme au manuscrit de la bibliothèque publique de Rouen, avec les variantes des anciennes éditions, une notice bibliographique et des notesChapitre 85 sur 90 · I. Loyalement · texte numérisé non relu

I. Loyalement

oncques homme ne toucha à ma bouche que celui que je espousay, dont Dieu ait l'ame, si lui plest; je n'en crains homme qui vive. » Là viennent les aultres commères , et les unes avant les autres, et n'y a celle qui ne die de très-bonnes raisons. L'une dit: « Par le sacrement Dieu, mon compère, je croy que je suy une des femmes du monde qui plus vous ame , emprès "■ vosire femme : mes je vous jure par ma foy que si je avois veu mal en elle , je vous le diroye. — Par ma foy , fait l'autre , ce fust le deable qui ce fist pour vous départir d'ensemble 2, pource qu'il ne vous peut aultrement nuire. — Hellas! fait l'autre, la pouvre femme ne fine de plourer. — Par Di^u, fait l'autre, elle est en voie de mourir. — Et cuidés-vous , fait l'autre , que nous soions si sotes que si elle estait telle comme vous dites , nous la souffrissons en nostre compaignie? Par ma foy, fait-elle, nanil, nous ne suymes pas si sotes que nous daignasson parler à elle, ne ne souffrerion pas que elle demourast en nostre rue ne environ nous. » La mère s'en vient pleurant, et lui court sus, et fait semblent qu'elle le veille prendre aux ongles , et dit : « Ha a ! mauldite soit l'eure qu'elle vous fut oncques donnée , car vous lui avez perdu son honneur et le mien ! Hélas! fait-elle, l'en vous fist grant honneur de la vous bailler, que si el eust voulu, el eust été mariée à un grant chevallier, où el fust maintenant en grans honneurs : mais elle ne vouloit avoir aultre que vous ; c'est bien raison que ainsi

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