‹ Les quinze joyes de mariage. Nouv. éd., accompagnée de nombreuses notes et précédée d'une noticeChapitre 11 sur 116 · PROLOGUE b · texte numérisé non relu

PROLOGUE b

Ces chouses pourvoit l'en dire pour ceulx qui sont en mariage , qui ressemblent le poisson estant en la grant eaue en franchise , qui im et vient oii il lui plaist; et tant va et vient qu'il trouve une nasse borgne\ oit il a plusieurs poissons^ qui se sont pris au past- qui estoit dedens, quils ont sent u au flayrer. Et quant celui poisson les voit, il travaille moult pour y entrer, et va tant à l'enviroîi de la dicte nasse qu'il trouve Ventrée, et il entre dedens, cuidant estre en délices et plaisances, comme il cuide que les autres soient. Et quant ily est il ne s'en peut retourner^ et est liens en deul^ et en tristesse, oit il cuidoit trouver toute joye et Ijesse. Ainsi peut on dire de ceulx qui sont en mariage, car ils voient les autres mariés dedens la nasse, qui font semblant de noer'' et de soj' esbatre. Et pour ce font tant qu'ils trouvent manière d'y entrer. Et quant il\ y sont il'i ne s'en peuvent retourner, mais est foîxe qu'il'i demeurent là. Pour ce dist ung doc-

* Corbeille d'osier servant à prendre les poissons.

* Appât.

3 Deuil.

" Nager.

P HOLOGUE

tciir appelé Valere^ à ung sien ami qui s' estait maricK et qui luy demandait s'il avoit bienfait, et le docteur lui respont en cette manière : ^^Ayni, dit-il, n arés-vous peu trouver une haiiltefenestre^ pour vous laissier trébucher'^ en une grosse rjviere, pour vous mectre dedejis la teste la première? » En montrant que on se doit exposer en ??ioult g?^ant péril avant que perdre franchise. Moult gi^andement se repentit l'archediacre de Therouenne^^qui, pour entrer en mariage, laissa le noble privilège et estât de clerc, et se maria à une femme vefvc^ en laquelle, selon ce qu'il racompte, il demoura en servage moidt lottguement, en grant doleur et en grant tristesse. Pour laquelle chouse soy repentant et en sof reconfortant., voulant prouffiter aux successeurs , fist et composa ung beau traictié. Et pluseurs aultres

' Ce prétendu Valère rcssemljle fort à Juvénal, sat. VI, vers 30 et suivants. (L. D.)

* Toml)er.

3 Je ne connois ni cet homme ni son livre. (L. D.) » Cet homme, dit M. Janet, c'est Mathéolus; son livre, le livre de Mathéolus, traduit en vers, au xiv' siècle, par Jehan Le Plèvre, faisait grand bruit à l'époque où les Quinze Joyes de mariage furent écrites. Voyez une très bonne dissertation de M. François Morand, Mathéolus et son traducteur Jehan le Fèvre, Boulof^ne-sur-Mer, 1851, in-ft. »

PROLOG l T R 7

ont bien travaillié en moull de maniej^es à ?Jionstrer la douleur qui y est. Et comment aucunes dévotes créatures, pensans en la Vierge Marie et considérant contemplât ivenient les grans joyes qu'elle povoit avoir durans les saincts misteres qui furent en V Annonciation, en la Nativité, en l'Asceîision de Jhesus-Christ , et autres, quil^ ont mises en joyes, au nom et pour Voneur desquelles pluseurs bons catholiques ont fait pluseurs belles et dévotes oraisons à loueur et à la louange d'icelle benoicte Vierge Marie ^, moy aussi, pensant et considérant le fait de mariage, où je ne fus oncques'^, pour ce qu'il a pieu à Dieu me met Ire en autre servage, hors de franchise que je ne puis plus recouvrer, ay advisé que en mariage a quinze seremonies, selon ce que j'en puis faire par l'avoir veu et ou/ dire à ceulx qui bien le savoient, lesquelles ceulx qui sont mariés tiennent à joyes, plaisances et félicités., et ne croient nulles aultres joyes estre pareilles ; jnais^ selon tout bon entendement, celles quinze joyes de

' Allusion aux Joyes et douleurs de la Vierge, q\ii se trouvent à la suite de diverses éditions gothiques des Heures de la Vierge.

* Jamais.

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