LES LABIALES
Suivent les labiales : P, PS M. Là encore la moyenne B et son aspirée B' manquent au quichua, et sont remplacées par les ténues correspondantes P et PS cette dernière se prononçant, non comme le phi grec ou notre F latine, mais comme un p ordinaire suivi d'une aspiration h bien sensible, comme dans l'anglais ha- PHAZARD, SHEPHERD. Lcs dcux labialcs du quichua correspondent aux quatre labiales du sanscrit. Par exemple :
Quichua. Sanscrit.
Pana, main, Pàni.
Panta-ni, je voyage, Pa^, aller, marcher.
PiCHCA, cinq, Pang'a.
PuKi, potage, Paç, cuire.
PiRKA, paver, Prc, unir, Joindre.
PiNTUMi, lier, Bamd', Her.
PuK-Ru, caverne, buk, trou.
M a le même son que dans les autres langues ariennes :
Quichua. Latin. Sanscrit.
Maki, la main [la mesureuse), ma-nus, ma, mesurer. Mita, le temps (le mesuré), » ui-ta.
Mama, mère, mamma, MA-rr.
Dans la plupart des langues européennes , M est parfois le remplacement d'un V aryaque primitif (1) :
Latin. Sanscrit. Racine.
Mare, Vari, VAR, couler.
Maritos, le mari, Varita, VAR, choisir.
Mavors ou Mamers, le dieu Mars, Vavarta, VAR, défendre.
Ijque eile, et dans d'autres formes analogues, par opposition au sanscrit antas, et au slaye ind, thème ino, autre. (Bopp, p. 58.)
(1) Jules Oppert, Sur les yariations du V ariaque, dans la Revue de linguUiiqw^ 1867, p. 134.
— SS- II semble que le même phénomène se produise en quiebua.
Mais cette dérivation est trop incertaine pour que j'ose affirmer que le changement du Y aryaque en M soit usité dans Tidiome péruvien. Je me contente de signaler la possibilité d'un fait pareil, laissant à d'autres le soin d'en vérifier l'exactitude.
Bien que le B et le B^ n'existent pas en quicbua, il y a néanmoins un certain nombre de mots dans lesquels le P et le P^ s'amollissent et prennent un son intermédiaire entre la ténue et la moyenne. C'est là ce qui a déterminé les auteurs espagnols des premiers siècles à écrire par un B certains mots péruviens qui contiennent le P. L'on trouvera, par exemple, atava- LiBA, plus fréquemment atavaliva, pour atapalipa, le nom de l'Inca mis à mort par Pizarre , gouyava (fruit)
pour GOÛYAPA, KOGHABAMBA pOUr KOGHAPAMPA. De UOS
jours, l'on a rétabli partout, autant que possible, l'orthographe réelle de ces mots; néanmoins, il est certains noms géographiques trop consacrés par l'usage pour qu'on puisse leur restituer, sans inconvénient, leur forme première : c'est ainsi que l'on écrit et prononce encore aujourd'hui RioBAMBA au lieu de Riopampa, Combaya pour
KUMPAYA.