LES SEMI-VOYELLES
Les semi-voyelles quichuas sont au nombre de deux seulement, R et LL; l'Y, que l'on serait, au premier abords tenté de ranger dans cette classe^ n'étant en réalité qu'une palatale déguisée en semi-voyelle par
Torthographe espagnole. La lettre LI se prononce comme le GL italien dans gli, famiglia. L simple est excessivement rare; M. Tschudi affirme qu'elle ne se rencontre que dans un seul mot, lampa^ qui signifie une boue (1). Les autres mots où on la trouve sont étrangers, et empruntés quelques-uns à l'espagnol» quelques autres à Taymara.
Les correspondants indo-européens des semi-voyelles quicbuas sont les semi-voyelles de même nature R, L, et les voyelles propres au sanscrit, r et rS I et 1^; par exemple :
SanscriL Qaichaa.
PLU, couler, pillu, naviguer.
çiRA, téta, chef, karan, chef.
c'ar, aller, karu, voyageur.
A, aller, Ri, aller.
i{p, sacrifier, Arpani, sacrifier.
Kél, tisser, Kalla, fuseau, quenouille.
En raison même de leur mobilité et de leur fluidité, ces semi-voyelles se confondent souvent entre elles, comme cela a lieu dans la plupart des langues européennes, et Ton trouve des formes telles que :
RUKMA , espèce de fruit , et llukma.
Rima, parole, et Llima (2).
Il n'est donc pas étonnant de voir une L quicbua cor-
ci) Tschadi, SpraeKUhre, p. 34.
(S) U tiUe de Lima devrait régulièrement s'appeler Ruu.
respondre à un R arieUt ou, réciproquement, un I arien remplacé par un R quicbua :
Quiehoa. Latin.
Grec. Sanscrit.
LLUKLLU, éclair, lucere,
>vx^oc, RDC', briller.
ALLKANi, manquer de, arcere^
à>x>}, RAK8',protéger.
ALLi, bon, noble, excellent, »
«/9CT>2 , vertu, i£RYA, fidèle.
De même que le grec, le quicbua ne possède pas la semi-voyelle Y, et, pour la remplacer, il est contraint de recourir à divers artifices. Le plus commun consiste à substituer au V aryaque la syllabe Au, dont le son se rapprocbé, en effet, du son V (i) :
Qnîchiia. Sanscrit.
BUAKiA, appeler, maudire, VacS parler.
HUASi, maison. Vas, habiter.
HUATRA, air, souffle, ùnpf aupa, VA, souffler,
HUATA, lier, VÊ, ûT, tisser.
HOASA, le dos, les épaules, Vas» pouvoir, étayer.
Comme variante de la syllabe hu l'on trouve la voyelle U : l'aspiration disparaît, mais le son reste à peu près le même. Aussi le quicbua écrit-il indifféremment :
HUICHAT
et
UICHAY.
HUILLA
et
niLLA.
HOUÏCHA
et
niNCHA.
L*on se souvient que les Grecs usaient du même artifice pour transporter dans leur langue les noms latips qui commençaient par un V; ils transcrivaient :
Valerius par OxiMpioç.
Varus par Oua/>oc.
Verus par oZtpoç.
(i) Tscbttdi, SpraekUkfê, p. 33.
Quelquefois pourtant le quicbua emploie simplement l'aspiration H ; c'est ainsi que Ton trouve (1) :
HUARK^A et HARK^A.
HUALLPA et HALLPA. *
La semi-voyelle Y n'existe pas en quicbua, ou plutôt, comme dans la plupart des langues ariennes, elle s*est confondue avec la palatale JS Ce changement, qui se fait déjà du sanscrit au prâcrit, est général du sanscrit au latin et au grec (2) ; il est donc tout naturel en quichua. Le paragraphe que nous avons consacré à TY, quand nous avons traité des palatales, nous dispense d'insister plus longuement sur ce sujet (3).