‹ Les races aryennes du PérouChapitre 27 sur 58 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

RÉTABLISSEMENT DES DYi\ASTIES PÉRUVIENNES.

L'origine de la civilisation péruvienne cl des premiers progrès qu'elle accomplit se perd, comme celle de la civilisation européenne, dans cette nuit profonde qui enveloppe les commencements de l'histoire du monde. Aux époques où se formaient les langues et le caractère des diverses nations » les hommes n'avaient pas encore cet esprit critique et cette intuition du passé nécessaires à qui veut noter et recueillir les événements; les faits restaient sans historiens» et les impressions du moment, pour ainsi dire transmises de bouche en bouche sur les ailes de l'imagination, entourées bientôt, par la fuite du temps et par la disparition des personnages qui avaient pris part ou simplement assisté aux drames de ces âges reculés, d'une demi-obscurité favorable au merveilleux, allaient s'exagérant de jour en jour, jusqu'au moment où, fixés et développés par la poésie , ils finissaient par former une légende^ ce document par excellence au fond duquel se cachent les secrets et l'histoire du monde primitif.

De tous les livr^ qu'on a écrits sur les antiquités péruviennes, un seul a pris à tâche de reproduire franchement et naïvement le texte des traditions qui couraient parmi les populations de l'Amérique méridionale : je veux parler des mémoires de Montesinos. Les autres écrivains ont eu la prétention , malheureusement peu justifiée, de réunir les récits populaires en corps d'histoires : ils ont établi entre les diverses matières qu'ils avaient recueillies un ordre purement imaginaire, et confondu sans raison ni critique les légendes différentes de tribus qui , pour être de même race et de même origine, n'en possédaient pas moins chacune ses traditions particulières et ses chants nationaux, complètement indépendants de ceux des peuples frères.

L'unique moyen d'établir les fondements d'une histoire péruvienne est donc d'étudier avec un soin minutieux la série des traditions qui s'étaient conservées dans la mémoire des indigènes. Si, par là, nous ne parvenons pas à déduire une chronologie stricte et rigoureuse, au moins aurons-nous fixé Vhistoire progrèssive de Vesprit des peuples; et dans le tableau véridique où l'imagination des masses avait tracé les péripéties diverses du grand drame américain, nous saurons reconnaître leur action puissante, noter les émotions éprouvées, les joies ressenties, les souffrances longuement endurées. Nous ne pourrons pas, il est vrai, ressaisir le détail des événements et cette impalpable poussière de faits dont est encombrée l'histoire moderne; mais qu'importe? La vérité ne se trouve-t-elle pas mille fois plus vive et plus vraie dans la légende que dans une chronique terne et décolorée? La légende n'invente et ne

forge rien : au contraire de ce que Ton croit vulgairement, elle reflète toujours le passé. Si, par hasard, elle embellit ou même exagère la portée des événements, c'est à la façon au drame grec ; elle les met sous les yeux du lecteur, on les voit, on les touche, on assiste une fois encore à leur production.

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