‹ Les races aryennes du PérouChapitre 29 sur 58 · DYNASTIE DES AMAUTAS · texte numérisé non relu

DYNASTIE DES AMAUTAS

Au dernier Pirhua succéda Lloke-tiksak-Amauta (2). Qu'il soit bien, comme son nom l'indique, un chef de dynastie , le texte même de l'historien le prouve sura-

(i) Montesinos ou son traducteur M. Temaux-Compans écrivent ce nom LUh queli-Sagamauta. C'est une faute évidente. Les syllabes ti et sag doivent être réunies et former un mot indépendant tiksak^ de iikU, fonder. Le nom complet signifie : le fondateur de la dynastie Amauta.

(2) Montesinos, p. 74.

bondammeat. Montesinos^ en introduisant chaque roi, ne manque jamais, d'ajouter la mention de n fils du précé^ dent. i> Ici , au contraire, il n'indique nullement l'ascendance du nouveau souverain. Lloque-tiksak-Amauta fut d'ailleurs, suivant la tradition, un prince fort sage, et non-seulement lui , mais aussi son ûls Kaya-Mânko- ÂMAUTA, et son petit-fils Huaskak-Titupak, et le fils de celui-ci, Manko-Kapak-âmauta. Des réformes dans l'armée signalèrent toute cette période ; une nouvelle tactique, une nouvelle discipline, de nouvelles armes furent inventées et successivement perfectionnées. Des revues et des exercices continuels, des récompenses éclatantes et des châtiments sévères vinrent rendre à la race énervée son antique vigueur, et <( c'est ainsi, dit la chro- <i nique , que l'art de la guerre fit au Pérou d'immenses ce progrès (1). w

Le gouvernement et l'administration furent de même réorganisés : un conseil d'hommes instruits fut institué sous la présidence du roi. Manko-Kapak, ajoute Montesinos, reçut le nom d'Âmauta, parce qu'il était un astronome fort savant. C*est là une erreur. Son grandpère et son aïeul, sans être pour cela des astronomes, avaient porté le même nom, qui était celui de leur race et de la caste dont ils étaient sortis. Le règne du petitfils de Manko-Kapak, Kayo-Mani^o, fut des plus agités. Les ChiriguanoSf les habitants du Tucuman et du Chili ^ se soulevèrent contre le Pérou. Le roi mourut pendant la guerre et laissa la couronne à un prince que Monte-

(i) Montesinos, p. 85 et 86.

sinos appelle Marasko-Pachakutek. Le premier de ces deux noms est évidemment corrompu et doit s'écrire sans doute Mara-Ascha-Pacha-Rutek , grand justicier et réformateur. Ce règne fut prospère. Le prince sut contenir les étrangers; mais la corruption et Tidolâtrie régnaient dans le pays et rendaient toutes les victoires inutiles.

Avec le deuxième successeur de Mara-Ascha-Pacha- KuTEK , Lluki-Yupanqui , commence toute une série de Yupanquis qui essayent de renouer les traditions des Pirhuas. Le cinquième d'entre eux réunit en lui toutes les qualités que la légende place dans chacun des autres. Il montre un génie belliqueux et remporte de grandes victoires, mais sans qu'on dise contre qui; il remet en vigueur les anciennes lois qui étaient tombées en désuétude, et en établit aussi de nouvelles, qu'il sait faire observer inviolablement. Il révoque la loi de son prédécesseur Kapak-Amauta , qui faisait commencer Tannée à Téquinoxe du printemps, et ordonne qu'on la compte dorénavant à dater du solstice d'hiver; aussi est-il le quatrième roi qui reçoive le surnom de Pachacuti. Les Araautas placent cette restauration en 278 avant Jésus-Christ, et déclarent que tous les rois ses successeurs continuèrent les travaux astronomiques commencés par lui. Aussi ce temps se présente à nous comme une période de tranquillité et de paix durant laquelle les fondements de l'empire furent de nouveau consolidés. Les affaires reprirent leur cours régulier, et les années s'écoulèrent sans amener ces grands événements qui seuls ont le privilège de laisser une trace dans la mémoire des hommes.

Cependant les tribus qui environnaient le Pérou s'agitaient au fond de leurs déserts et, sans que nous sachions pourquoi » jdébordaient périodiquement sur Tune des frontières de l'empire ; il fallait sans cesse les surveiller et les repousser. L'ardeur belliqueuse de ces voisins turbulents produisit un résultat inattendu : les nations civilisées» qui jusqu'alors avaient défendu victorieusement leur indépendance contre le monarque de Cuzco» se placèrent sous sa protection » par crainte des barbares, et augmentèrent ainsi sa puissance. Avec des fortunes diverses, les princes péruviens maintinrent pour un temps plus ou moins long l'intégrité de l'empire ; mais au temps de Titu Yupanqui, le successeur de la série des Âmautas, ce reste de grandeur disparut soudain.

La ville de Guzco et les provinces étaient, dit la tradition, remplies de crainte et d'effroi. Toutes les nuits on voyait des météores et des comètes. Des tremblements de terre renversaient les édifices ; mais ce qu'on redoutait surtout , c'était l'invasion de tant de nations diverses qui menaçaient de détruire le royaume et de réduire en esclavage ses habitants. Le roi, afQigé, ne cessait d'offrir des sacrifices aux dieux ; mais les sorciers et les prêtres déclarèrent d'un commun accord que les entrailles des victimes ne lui offraient que de mauvais pronostics, et que le Chilhi (c'est ainsi qu'ils nomment la mauvaise fortune) se déclarait contre lui en toutes choses. Bientôt, les barbares des frontières renouvelèrent leurs invasions, et les provinces, démoralisées par l'action énervante d'une civilisation corrompue, mal défendues par des princes impuissants, tom-

bèrent dans une confusion épouvantable. Pour comble de malheur, le roi fut tué dans une bataille. Aussitôt, oc chaque province proclama un roi , et il régna un tel « désordre à Cuzco qu*il devint impossible d*y vivre et <( que cette ville devint bientôt déserte (1). » Les ÂmautaSy du temps des Incas, prétendaient que la famille royale s'était réfugiée à Tambo-toko (2), où elle continua de régner sur un petit nombre de fidèles sujets, conservant ainsi le germe de la dynastie légitime. «( Les prêtres seuls demeurèrent à Cuzco, ne voulant pas abandonner le temple du Soleil (3). » Avec la caste principale de l'empire restèrent dans cette ville la tradition de la civilisation antique et le germe d'une civilisation nouvelle qui allait bientôt refleurir.

Toutefois certaines conquêtes de la civilisation antérieure périrent entièrement dans le naufrage, ce C'est (c pendant ce bouleversement que se perdit l'usage (( des lettres et de la commune écriture (4). » On conserva l'écriture énigmatique des Quipus , dont les seuls Amautas avaient la clef. Aussi la caste sacerdotale, qui y trouvait son compte, fit tout son possible pour entretenir cette bienheureuse ignorance. Entre autres réponses que les prêtres d'Illatiksi Huira-Kocha transmirent à l'un des rois de Tambo-toko, Topa-Kauri-Pachakutek, s'en trouve une où il est dit que l'usage des lettres avait été cause de la peste, et que leur rétablissement occasionnerait beaucoup de mal-

(1) Montesinos, p. 113.

(2) Littéralement : le lieu-refuge.

(3) Montesinos, p. 113.

(4) Montesinos, p. 113.

heurs. Le roi défendit donc ^ sous les peines les plus sévères, de se servir de quilcas (parchemin préparé pour écrire) ni de feuilles de bananier, non plus que de tracer aucun caractère. Cette loi fut si strictement exécutée, que jamais depuis les Péruviens n'employèrent les lettres. Un Âmauta ayant inventé, quelques années après, une nouvelle espèce de caractères, fut brûlé vif, par ordre du prince. Cette sage mesure n'arrêta point cependant les invasions étrangères Nulle province n'échappa aux pillards et le refuge de Tambo-toko ne mit pas les rois eux-mêmes à l'abri de leurs coups. Quand les barbares arrivaient, le roi les recevait de son mieux; ses sujets se mêlaient à eux, mais évitaient leurs vices et leur idolâtrie.

L'état du Pérou empirait chaque jour; les rois de Cuzco n'étaient plus rois que de nom; la civilisation était détruite et le pays redevenait sauvage. Toutes ces hontes et toutes ces misères provenaient de deux vices infâmes, la bestialité et la sodomie. Les femmes surtout étaient offensées de voir la nature frustrée de tous ses droits. Elles pleuraient ensemble dans leurs réunions sur le misérable état dans lequel elles étaient tombées, sur le mépris avec lequel elles étaient traitées : « le <c monde était renversé ; les hommes s'aimaient et étaient ff jaloux les uns des autres. » Elles cherchaient, mais en vain, les moyens de remédier au mal; elles employaient des herbes et des recettes diaboliques qui leur ramenaient bien quelques individus, mais ne pouvaient arrêter les progrès incessants du vice. Cet état de choses constitue un véritable moyen âge, qui dura jusqu'à l'établissement du gouvernement des Incas.

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