‹ Les races aryennes du PérouChapitre 33 sur 58 · IV. — ARCHITECTURE, VÊDEUNE, MUSIQUE /POtSIB · texte numérisé non relu

IV. — ARCHITECTURE, VÊDEUNE, MUSIQUE /POtSIB

Les érudits qui voudraient se former une idée de la perfection k laquelle est arrivée Tarchitecture aotiqiie du Pérou doivent lire et méditer avec attention le cba*pitre que M. Fergusson a consacré à son étude (1). Devant les assertions d*un écrivain dont Tautorité est universellement reconnue, toutes les notices que nous ont laissées des auteurs de second ordre s'efTacent et dis^ paraissent. Tscbudi et Rivero» malgré leur connaissance pratique de la matière» ne peuvent soutenir la compa* raison et demeurent convaincus du manque de critique le plus absolu.

Le premier fait d'importance que remarque le savant anglais est la différence de style qu*il y a entre Tarchitecture péruvienne et l'arcbitecture mexicaine. « Rien ne a prouve mieux la disparité d'origine, le manque absolu (( de contact, ropposition d'idées, d'esprit et d'babitudes <( qui séparent les deux parties du continent. Le Pérou « se trouvait situé si près du Mexique, et les habitants de H l'un et de l'autre pays avaient atteint un degré de civili- « sation si égal, qu'il serait tout naturel de rencontrer une « ressemblance considérable dansleur manière de bàtiret a de décorer les édifices. Il n'en est rien pourtant : on u trouverait difficilementdeux peuples, pris parmi les plus (f éloignés, où le style et l'art de construire diffèrent plus (f essentiellementque chez ces deux peuples américains. »

(1) Harnlhook of archU,^ lib. III, cap. m.

M. Fergusson ne se lasse pas d'admirer la forme et la composition cyclopéenne des constructions du Pérou, leur beauté et leur solidité. Induit en erreur par les mensonges de Garcilazo, convertis si étrangement en histoire officielle, il s'efforce d'enfermer en trois siècles la création et le développement de cet art admirable. Mais sa conscience se révolte jusqu'à un certain point contre une rapidité qu'il regarde comme un phénomène unique. « Si nous nous enfermons, dit-il, dans « les limites qu'on attribue généralement à l'histoire du « Pérou, il nous devient difficile d'assigner approxima- « tivement la date de chaque édifice ; et, bien qu'il s'a- <c gisse ici de la maçonnerie plutôt que de la véritable « architecture, il est bien surprenant qu'un peuple bar- <c bare ait pu faire de si grands progrès en si peu de <c temps et ait passé des formes les plus rudimentaires « de l'époque cyclopéenne à des constructions qui peu- « vent rivaliser en perfection avec celles du même genre a élevées dans toutes les autres parties du monde. »

Nous verrons plus loin que la construction seule des murailles de Cuzco est une œuvre de beaucoup supérieure à tous les travaux de fortification que produisit TEurope avant l'invention de la poudre, et que toutes les règles de l'art y sont observées avec la plu^ profonde habileté, u Dans la série des monuments péruviens , nous (( avons des modèles de tous les degrés intermédiaires <f de l'architecture, depuis le palais auquel on donne le d nom de Manko-Kapak et les Tambos, qui reproduisent « avec une rare exactitude les progrès par lesquels a « passé l'art du Latium, et des autres parties de l'Eu- « rope qui possèdent des monuments antiques de ma-

H çoDoerie cyclopéenne ou pélasgique. Cette identité K va si loin que les vues des ruines péruviennes re- <( cueillies par M. Pentland pourraient passer pour des « planches originales de la description de l'Italie an- <i tique par Dodwell» et que ces dessins à leur tour (( pourraient servir d'illustration aux monuments sud- « américains. » Il est diflBcile de pousser plus loin Taffirmation. « Nous ignorons, ajoute notre auteur, combien (( de temps mirent les naturels de Tltalie ou de la Grèce a à passer du style polygonal à la forme régulière des (( constructions en blocs quadrangulaires ; mais au « Pérou nous en sommes réduits à croire que tout ce dé- « veloppement s'exécuta dans le court espace de moins u de trois siècles. Nous ne pouvons douter en effet que a la plus ou moins grande régularité de la maçonnerie a ne soit une marque certaine d'après laquelle on doit « reconnaître l'&ge approximatif de chacune des œut( vres connues, n

Dès qu'on tient pour vraies les ridicules informations de Garcilazo sur la civilisation du Pérou et sur la dynastie des Incas , les conclusions doivent être aussi absurdes que les prémices; aussi le bon sens du savant anglais nous déclare-t-il que c'est par contrainte seulement qu'il se résigne à donner un démenti pareil à toutes les données de l'expérience et de la raison. Il n'aurait pas fallu, cependant^ se borner à déclarer qu'en moins de trois siècles on peut doter de monuments cyclopéens une étendue de centaines de lieues, et produire en même temps, par enchantement et dans l'espace d'un jour, la civilisation qui leur donna naissance; il eût été nécessaire d'aller plus loin encore, et d'avouer que, si telle est

la vérité historique , la race péruvienne était mille fois mieux douée que la grecque ou Titalienne, puisqu'elle s'est créé en moins de trois siècles et par ses seules forces une langue universelle, une poésie et une musique gracieuses, un grand pouvoir militaire, une cour éclairée, une administration admirable, une agriculture, une métallurgie, et mille merveilles qui, dans Tautre hémisphère, exigèrent pour se produire le lent progrès des siècles et des générations.

Par une étrange contradiction, tandis que ces miracles inouïs entrent comme basescientifique dans les livres sérieux que l'Europe écrit sur le Pérou, la science repousse, comme pure illusion, les faits et les traditions qui nous forcent de reporter l'origine de la société péruvienne jusqu'aux époques les plus reculées des temps primitifs. En vain le témoignage des traditions, des monuments, des arts, des moeurs^ nous défend de placer en Amérique le commencement de la civilisation : à ce témoignage désintéressé on oppose uniquement l'autorité de Garcilazo de la Vega, dont l'ignorance et la légèreté percent à chaque page. D'ailleurs, ajoutent les contradicteurs, nous ignorons comment auraient pu passer en Amérique et cette civilisation péruvienne et les races qui la représentent. Il n'y a pas longtemps encore on ignorait ce qu'étaient les Étrusques et comment ils étaient venus en Italie; on ignore encore comment s'est formée la race égyptienne; on ignore ce qu'étaient les Pélasges , et s'ils étaient apparentés aux autres races primitives; la vie des Phéniciens et des Carthaginois est pour tous une énigme. Dans l'histoire ancienne des peuples de la Méditerranée, combien y

a-t-il de problèmes définitivement résolus? On s^accorde cependant sur un point : on convient que la parenté de langue, de religion, de tradition, suffit à prouver Torigine commune des nations européennes. L'argument, si fort en Europe, perd-il de sa force en Amérique, où Ton trouve au moins des monuments qui semblent la reproduction exacte des monuments pélasgiques de la Grèce et de l'Italie? Si oui, pour expliquer ces analogies singulières, il faut avoir recours à des arguments très-philosophiques sans doute, mais assez peu prouvés quant au fond, a L'homme, arrivé au même point H de développement moral , invente les mêmes choses (( et produit, à des lieues et à des siècles de distance, les fc coïncidences les plus merveilleuses. ^ Autant se taire que parler ainsi et prétendre résoudre avec un axiome sonore les grands problèmes qui intéressent notre passé et pourront bien un jour influer sur notre avenir.

Le savant anglais que nous avons pris pour guide, entraîné par l'indentité de l'art péruvien avec l'art pélasgique, convient que les constructions par blocs polygonaux exigent une très -grande dextérité et des instruments de métal parfaits. Il faut en effet travailler les saillies de chaque polygone de manière à les unir et à les souder avec leurs voisins. La simple réflexion suffît à nous convaincre que cette manière de construire est plus artistique, plus difficile à réaliser et plus solide que notre méthode actuelle, qui repose sur l'emploi des blocs quadrangulaires. Dans la première les lignes forment, comme on peut le voir sur les murailles de Cuzco,des figures d'étoiles, de soleils, d'hommes, de dieux, et mille autres dessins longuement préparés par

l'art du constructeur. Chaque pierre se trouve de la sorte contenue par plusieurs angles ; or, la solidité du mur est en rapport constant avec la contrariété des lignes et le plus grand nombre des angles qui s'embottent Tun dans l'autre, a Gela seul, dit M. Fergusson, fc nécessite des ciseaux et des outils excellents. » Les Péruviens se servaient, comme les Égyptiens, de cuivre durci par un mélange d'étain ou de zinc, a II y aurait, « ajoute-t-il, des hypothèses fort tentantes à faire pour « expliquer la ressemblance de style qu'on trouve en- <c tre les constructions péruviennes et les ruines pelas- K giques de l'Italie. Mais la différence des époques aux- <c quelles ce style fut employé chez les deux peuples «( prouve suffisamment que la ressemblance est puref( ment accidentelle. On n'employait déjà plus ce système i en Europe cinq à six siècles avant Jésus-Christ, et son « usage au Pérou commença près de douze siècles après K le Christ.... Cette considération nous empêche d'in- (( sister plus longuement sur ce fait que la ressemblance <( en question est la plus remarquable des coïncidences que « nous puissions noter dans l'histoire de l'Ârchitec- <c ture. » Ne dirait-on pas que le savant anglais est parfaitement au courant de la chronologie péruvienne? 11 en a démêlé tous les problèmes et sait de science certaine que Manko-Kapak est antérieur de trois cents ans à la conquête espagnole. Trois siècles ont suffi pour faire passer une race de la barbarie la plus complète à une complète civilisation. La chose toutefois ne laisse pas que d'être invraisemblable, le nier serait pour M. Fergusson une tentation bien forte ; mais Garcilazo l'a dit : aÙTo; ecpa, et le doute n'est plus permis.

Le savant anglais s*extasie cependant lorsqu'il examine en homme du métier la perfection des murailles qui entouraient Cuzco : il y reconnaît une œuvre intermédiaire par le style entre le palais de Manko-Rapak et les Tambos, qu'on attribue aux Incas. « L'ouvrage se « compose d'immenses fragments de granit de forme « polygonale, admirablement bien enchâssés, dont « quelques-uns comptent jusqu'à 8 ou 10 pieds de long, « la moitié en largeur et en profondeur, et pèsent de 15 c( à 20 tonnes. Ils sont entassés les uns sur les autres, « et les murs forment trois lignes étendues au long de « trois terre-pleins gradués en terrasses; ces lignes sont « disposées avec une science qu*on ne trouve nulle part c( ailleurs dans les œuvres de fortification antérieures « à la poudre. Tous les angles rentrants sont droits et « si bien contre-bastionnés que les lignes se comman- (( dent et se soutiennent mutuellement, comme dans <c les meilleures constructions militaires de l'Europe « actuelle. Il n'est certainement pas peu singulier qu'un « peuple rustique d'Amérique soit arrivé en ce genre à a une perfection que n'atteignirent jamais ni les Grecs ^ ni « les Romains^ ni les ingénieurs du moyen âge. La véa ritable méthode ne fut connue en Europe que lorsque <( les grands militaires furent forcés à la découvrir par a l'invention de la poudre. Pourtant nous la voyons em- « ployée par un peuple qui n'eut à faire, que nous sau chions, aucune guerre extérieure, et construisit néan- <f moins la fortification la plus parfaite entre toutes

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