V. — ETHNOLOGIE ET GÉOGRAPHIE
M. d'Orbigny, le plus compétent des naturalistes qui ont étudié l'ethnologie péruvienne, a déclaré catégoriquement que les caractères ethnologiques des Quichuas sont essentiellement distincts de ceux des autres races américaines et forment une exception notable dans le continent qu'ils habitent. « Leurs traits sont très-prononcés, dit M. Pritchard, et pour cela ils ne ressemblent en rien aux autres subdivisions des tribus sud-américaines , comme l'observe M. d'Orbigny, contredisant l'opinion généralement admise de l'uniTormité de type de toutes ces races; leurs traits portent un sceau entièrement particulier qui n'a aucune ressemblance avec les autres peuples sud-américains, si ce n'est avec ceux de Mexico (i). »
Leur tcle est oblongue du front à l'occiput et légèrement comprimée sur les côtés extérieurs; le front est un peu arqué et incliné en arrière ; le crâne est volumineux et révèle un développement complet du cerveau; le visage est généralement large et plutôt ovale que rond; le nez est fort remarquable, toujours proéminent, long, et sensiblement aquilin, la pointe un peu inclinée vers la
(I) Les races du Mexique sont nombreuses et variées ; cette obserTatiun ne peut s'appliquer, comme nous le verrons plus tard, qu'aux seuls Tchèques.
lèvre supérieure ; les narines sont larges et ouvertes, la ' bouche grande et les lèvres minces. Les yeux sont de grandeur moyenne, toujours droits sans obliquité ou relèvement de Tangle extérieur; la cornée n'est jamais blanche, mais jaune; les cils sont longs, arqués, minces et resserrés. La barbe , fort clair-semée, montre quelques poils sur la lèvre aux côtés de la bouche : la race quichua est celle qui a le moins de barbe entre toutes les races indigènes. Le profil forme un angle obtus, presque égal au nôtre, et sans plus de différence que les maxillaires, qui sont un peu plus saillantes que chez les individus de race caucasique; l'arcade sourciiière est fort proéminente et la base du nez très-profonde. La physionomie est toujours sérieuse, réfléchie, quelque peu mélancolique, jamais indolente ou insignifiante; elle exprime une vive pénétration sans franchise, une intention profonde de cacher les idées sous l'uniformité constante des attitudes, sans laisser percer aucune des émotions que les autres. races manifestent si aisément. Un vase antique nous représente avec une admirable fidélité les traits des Quichuas actuels et nous prouve que leur physionomie n'a pas changé au moins depuis cinq cents ans.
La couleur est notablement uniforme chez les individus de race pure ; elle n'est ni rouge, ni cuivrée, comme celle qu'on attribue généralement aux Indiens de l'Amérique du Nord, ni jaunâtre comme chez les Indiens du Brésil. Les Quichuas ont la teinte du bronze, de même que les mulâtres. Leur stature est basse , solide et trapue, mais sans obésité : ce sont les plus robustes montagnards. Épaules carrées; poitrine large, volumineuse,
bombée, qui agrandit le tronc au détriment des extrémités inférieures ; tête trop large par rapport aux autres membres ; jambes musculeuses et pourvues d'une grande force; pieds et mains très-petits. M. d*Orbigny oublie un détail fort important et qu'on a considéré comme une des marques distinctives de la race pélasgique : le pied est toujours ramassé et fort haut de cou, le pouce extrêmement relevé , la cheville relativement étroite , la plante épaisse et d'une solidité que j'appellerai métallique. Aussi les Quichuas sont-ils aujourd'hui encore des marcheurs infatigables. A part cet oubli, on voit quel poids ajoute à mes idées le tableau tracé par M. d'Orbigny. M. Pritchard assure, de son côté, que les qualités morales des Quichuas forment le plus complet contraste avec celles qu'on prête généralement aux autres races du nouveau monde (1). En tant que soldats, les Péruviens, comme les Pélasges, manquent de chaleur et d'élan; mais ils sont solides, patients, soumis et impassibles. Travailleurs constants, minutieux et résignés, ils ne se fatiguent jamais. En somme, à lire les pages où M. Gladstone a réuni tout ce que nous connaissons des Pélasges, un Américain n'aurait qu'à changer les noms pour reconnaître le portrait parfait du Quichua. Aussi regretté-je profondément de ne pouvoir entrer plus avant dans cette voie de comparaisons.
Cette race exceptionnelle dans l'Amérique du Sud ne peut ni être aborigène, ni venir de l'Amérique du
(1) Les Aymaras ont, selon M. d'Orbigny, les mêmes mœurs, la même lingue et le même génie que les Quichuas.
Nord. Supposer que cette perfection physique ou morale soit née d'elle-même sans le secours des siècles, est une théorie étrangère à la méthode expérimentale et par suite inadmissible. Que Thomme ait surgi dans plusieurs parties du monde à la fois ou dans une seule, ce sont deux hypothèses qu'on peut concevoir et discuter entre savants. Mais que Tune des races ait reçu en naissant la perfection physique et morale et se soit vue immédiatement pourvue d'une civilisation égale à celle des races plus anciennes , est une chose que personne ne peut admettre. Si donc, comme l'assurent et M. d'Orbigny et d'autres personnes mieux informées en la matière, la race péruvienne n'a sur le sol américain ni précédents, ni analogues, il' faut bien convenir qu'elle tire son origine des autres parties du monde.
Sera-ce au Mexique que nous devrons chercher la solution du problème? Non, sans doute. Il y a plus de raison pour supposer la civilisation péruvienne antérieure à la mexicaine que de supposer la mexicaine antérieure à la péruvienne. Si l'on voit au Mexique l'origine des peuples péruviens, il n'y a plus de motif pour ne pas en faire sortir, comme le voudrait M. Brasseur de Bourbourg, les peuples de l'Inde, de la Chine, de l'Egypte, de la Grèce et de l'Italie. Nulle part cependant on n'a vu une différence si marquée entre deux races ; M. Fergusson l'observait pour l'architecture , et je l'ai remarquée dans tous les autres détails des deux civilisations. Les langues, par exemple, sont aussi distinctes que possible. Le quichua procède de la famille arienne; nulle de ses traditions ne le relie aux régions du Nord. Les Toltèques au contraire, base antique de la popu-
lation du Guatemala (1) et du Mexique» rapportent au midi les origines de leur première civilisation détruite par les barbares du Nord , par les Aztèques et les Cbichimèques. Le mot Toltèque décomposé signifie tribu brûlée 9 les tribus de l'Equateur, du Sud; de ttoques, brûlé, ardent; et de tull (tullpuni) , teindre, colorer. Aussi M. Fergusson rattache-t-il les Toltèques aux races du Sud. Huâ-tamala veut dire la race du ponent; Yucatan est un composé de Yak-atan, racines quichuas qui signifient « les compagnies guerrières (2). »» Que de telles coïncidences soient casuelles ou non, on peut expliquer ces noms par le quicbua, tandis que nul des noms péruviens ne peut s'expliquer par les langues mexicaines. Il est presque impossible d'ailleurs de venir par mer du nord au sud le long du continent. Comme chacun le sait, les côtes de la Nouvelle-Grenade sont presque inabordables; on y rencontre le fameux courant d'eau chaude qui va du sud au nord avec une rapidité de deux milles à Theurc. Si donc on suppose la navigation antique beaucoup trop imparfaite pour permettre aux peuples primitifs de venir de l'Inde au Pérou, il faut avouer qu'ils pouvaient encore bien moinsy arriver du Mexique. Aujourd'hui même les navires à voiles doivent remonter d'abord à Touest jusqu'à deux cents lieues en mer pour rencontrer les vents du quart de cercle occidental, qui sont les seuls avec lesquels on puisse gagner le port, tandis qu'avec le même vent et avec les courants susmentionnés on va fort aisément du sud au nord.
(i) HuA-TUMA-LA. Vovez la racine tumani , au Glossaire. (2) YuKKANi (joindre), guerrières ^Atau] ou de la lune (Ati).
On nous objectera que ce voyage maritime n'est pas nécessaire : les tribus du Guatemala purent gagner le Pérou par terre. Mais une civilisation ne se transplante pas en un seul voyage; il se forme entre les deux points extrêmes un courant continu dont les étapes et les points intermédiaires sont nettement marqués; enfin le souvenir de ces voyages subsiste d'une manière plus ou moins précise dans les traditions de la race. Or, dans le continent sud-américain, tout vient du sud au nord, de Pouest à Test, du Pacifique aux Cordillères. Loin que le pouvoir des Mexicains se soit jamais fait sentir dans la mer du Sud, c'étaient les Incas et les seigneurs de Quito qui envoyaient leurs vaisseaux vers le nord et faisaient remonter leurs escadres le long des côtes jusqu'à l'isthme pour recueillir le tribut d'or et de perles (1). Quand les Espagnols abordèrent au Mexique , ils n'y trouvèrent point la tradition d'une marine de guerre; tandis qu'à peine arrivés sur les côtes de l'isthme, ils y entendirent parler des grandes barques péruviennes.
(1) Nous voulons mettre ici au long tout le texte de Pierre Martyr , reproduit par les meilleurs historiens espagnols, car, jusqu*à présent, on ne lui a pas aceordé toute l'attention qu'il mérite. En racontant la conférence que Balboa eut dans les cités orientales de l'isthme avec le fils de Comogre (Kuma Rokari), l'hislorien met ces mots dans la bouche du jeune CaciçM : a Hos montes (indice a digito montes australes monstrabat) trajlciendo , mare aliud jb promontoriis « despectare licebit, quod navigiis Telificatur nihilo Testris minoribus (et cara- « Telas insinuabat) licet et illi uudi sint more noslro, velis tamen et remis « utnntur. » (Decad. II, lib. m. Herrera reproduit ce texte a?ec des assertions plus explicites encore dans la Decad. I, lib. ix, cap. i, à la fin.) Ces nouTcUes sont ratifiées entièrement par les tribus occidentales de l'isthme ; et ajoute Pierre Martyr dans la Decad. III, lib. i«r : a Vaschus jactat, apud Tumaccum (tuma-Akko) se a mira de illus terrs opibus sécréta didicisse, qus ad presens Telle se reticere « inquit : ad aurem locutum illi Tumaccum insinuât, ab utroque tamen regulo « (Chiapes et Tnmaccus) esse in eo sinu csteris grandiorem insulam aiunt, potente a uno rege contentam, et qui sedalis maris temporibus ad iptot iranet maqna eoU « charum clasîe in prœdamque rapUl obvia cuncla. »
Les Incas firent en efTet des guerres maritimes contre les habitants de Tumbez, insulaires célèbres par leur valeur, leur savoir et leur industrie. Ajoutons les légendes religieuses de Kon et de Pachakamak, dieu maritime des races maritimes , et nous verrons qu'il n'y a aucune donnée qui puisse infirmer la valeur du témoignage de la langue quichua ou langue générale en faveur de Torigine indienne des Péruviens.
Le nom que les tribus émigrantes donnèrent à leur nouvelle patrie fut Féru. Péru, en effet, veut dire en sanscrit Torient, la mer, le soleil, les montagnes d*or, et désigne par conséquent le pays situé à Test de rinde, avec tous ses caractères principaux. Aussi le même radical se rencontre-t-il plus ou moins corrompu sur tous les points du continent sud-américain : Paraguay ou Para-huay, Veragua, Beragua ou Pcra-Aoa, Paria, Pari(^a, Brazil ou Para-sil, etc. Les tribus venues de rinde furent nommées Purhuas ou Pirhuâs; leurs ateliers et leurs greniers s'appelèrent pirhuas, de même que les monarques et le dieu traditionnel de la race.
On peut, si Ton veut, préférer à cette étymologie si naturelle l'absurde histoire que Garcilazo lui-même déclare avoir forgée par analogie (i), et qu'il place, comme on sait, dans la bouche du premier indigène que prit Balboa. Il la donne même comme un résultat forcé de l'ignorance réciproque des idiomes entre Espagnols et Indiens. Cependant, depuis de longues années les Espagnols possédaient des interprètes. Bilboa lui-même, lorsqu'il fit son expédition, avait
(1) Com. Real.^ lib. I, cap. 4.
dans son camp des tribus entières qui connaissaient toutes les côtes, au moins jusqu'à l'équateur (i). Notons de plus que Garcilazo oublie de mettre l'anecdote à sa place véritable et prétend que le fait dont il parle se produisit à une date antérieure au premier voyage de Balboa. Il est plus simple de substituer à cet amas d'inventions absurdes les idées que nous avons exposées sur l'origine de la race qui habitait le pays de FOrient : le Pérou (2).
Garcilazo, d'ailleurs, ou bien ne sut jamais le quichua ou bien l'oublia en Espagne , ce qui n'a rien d'étonnant, puisqu'il avait quitté sa patrie à l'âge de dix ans. Il ne connut pas l'interprétation des Quippus et n'eut pas en main les documents originaux : il se contenta de traduire, arranger et compléter les manuscrits latins que le père Blas de Valera laissait inachevés. Il suffit de voir comment il parle de sa langue maternelle, comment il altère sans cesse les noms sans se rendre compte de leur sens, pour s'assurer qu'il n'y entend rien. Tout son bagage d'érudition péruvienne se compose de deux fragments, l'un de quatre lignes, emprunté à quelque chant amoureux, l'autre un peu plus long, tiré d'un hymne religieux adressé à la lune. Il les avait pris tous les deux dans les livres de Blas de Valera, et se borna à mettre en espagnol la traduction latine de ce savant religieux.
(1) Pierre Martyr et Herrera, loc. di,
(S) Comme la discoMlon de ce point offre un intérêt spécial, je me réserf e d'y consacrer un mémoire où seront rassemblés tons les documents et toutes les données nécessaires.
SUMAK fiUSTA , TUiU LLATKKIMI,
PuKar-tkkita Paneir-karkan.
h in a mantara kunanunan , Ylla Pantak.
Kanri Nusta , Unu^yekita Para mcnrei ; Mat Kimairi, Chirchik munkki ,
RlTl MONKKI.
Pacharorak, Pachakamak , huirarocha, Kay hinapar Chorasonrri , Kama sunkri.
Belle princesse,
Ton tendre frère,
L*urne que tu possédais
Il l'a rompue.
Or, c'est pour cela
Qu'il lonne,
Et que réclair éclate.
Toi, en marchant, princesse.
Ta liqueur
Tu la fais couler en pluie ;
Et; également parfois,
Tu lances la grêle.
Tu fais pleuvoir la neige.
L'architecte du globe,
Le créateur du globe.
L'esprit incommensurable.
Pour cet objet,
Te fait vivre,
Et te nourrit.
M. Markham a déjà noté avec raison que ce fragment semble emprunté à Tun des hymnes du Rig-Véda. Le naturalisme et les accidents du culte lunaire étaient en efTet purement pélasgiques , et passèrent ensuite à la philosophie physique des Grecs. Depuis Thaïes et Anaxagore jusqu'à Plularque, la cosmogonie a reposé sur la prédominance du principe humide, et la croyance en l'action des astres sur l'intelligence humaine a prévalu. Aussi notre satellite joue-t-il un rôle important dans les spéculations de la sagesse antique. Quiconque lira le traité de Plutarque Sur la face qu'on voit dans la lune y rencontrera reproduits les traits principaux des mythes relatifs à cet astre.
Non-seulement Diane était la protectrice des femmes en travail d'enfant , elle était aussi Tagent qui donnait la vie aux fleurs et aux végétaux; d'où son nom quichua
Inkkil» efTet lunaire , de ink» cause , et Killa, lune. « Et pourquoi ne serait-il pas vraisemblable qu'il y a et dans la lune des vents tièdes et doux, et que le c( mouvement même de sa révolution excite des haleines H tempérées, des rosées et vapeurs légères qui s'étenc( dent partout et suffisent à la nourriture des plantes? « La température de celte planète n'est-elle pas plutôt <( molle et humide que sèche et brûlante? 11 ne nous « en vient aucun eflet de sécheresse» mais plusieurs « d'humidité» et, s'il est permis de parler ainsi, de <( mollesse fécondante, tels que l'accroissement des (( plantes, l'attendrissement des viandes, l'altération c( des vins, qui tournent ou s*afradissent, la pourriture n des bois, les enfantemebts faciles (1).
« Je craindrais d'irriter Pharnace, que je vois à prête sent si tranquille, si j'attribuais à l'humidité qui « tombe de la lune le flux et le reflux de l'Océan, comme n le disent les Stoïciens, et le gonflement des mers in- « térieures; je m'adresse donc uniquement à vous, mon « cher Théon. Quand vous nous expliquez ces vers du « poète Âlcman :
« Fille de Jupiler et de Pastre des nuits, tt La rosée alimente et fait mûrir les fruits,
« vous dites que, par Jupiter, il entend l'air qui, bu-
(1) Les anciens attribuaient k la lune les influeuces les plus étendues sur le * globe terrestre , et longtemps les modernes ont cru k tous ces effets. Encore an-» jourdliui on n*est pas entièrement revenu de ces préjugés, qui rendent les cultiTaleurs peu éclairés esclaves des vieilles routines. 11 n'en est pas de même de l'influence de la lune sur les marées. Dans tous les temps les philosophes les ont regardées, avec raison, comme un effet de cette planète. Tous les phénomènes da fini et du reflux s'accordent avec les révolutions de la lune autour de la terre et en partagent les inégalités , ei, quoiqu'ils aient pour cause Taclion combinée de cette planète et du soleil sur les eaux de la mer, il est prouvé que la lune a plus de part aux marées que le soleil.
« meclé par la laae, se change ea rosée. Je croifl» en « efTet, mon ami, qu'elle est d'une nature eontraire à « celle du soleiU non-seulement parce qu'elle humecte « et amollit tout ce que cet astre dessèche et condcMe» « mais encore parce que son humidité tempère la char « leur du soleil lorsque ses rayons viennent la frapper « et s'incorporer en quelque sorte avec die. »
Quelques '^^pi'o^te qu'on puisse d'ailleurs adresser à Plutarque, persomB ne met en doute sa vaste éradition. Quand il dit que les Grecs reçurent ces doctrines d'un continent perdu* on ne peut s'empéchw de fixer les yeux sur le continent américain. « Ils ajoutrai que <c le grand continent qui environne l'Océan est éloigné « de nie d*Ogygie d'environ* cinq mille stades (1)» et «c un peu moins des autres lies; qu'on n'y navigue que <c sur des vaisseaux à rames » parce que la navigation « est lente et difficile, à ^ause de la grande quantité de « vase qu'y apportent plusieurs rivières qui s'y déchar-- « gent du continent et y font des atterrissements qui a embarrassent le fond de la mer ; ce qui a fait croire n anciennement qu'elle était glacée. Les côtes du conte tinent, disent-ils encore» sont habitées par des Grees^ 1 qui s'étendent le long d'un golfe non moins grand •( que les Palus-xMéotides, et dont rembouchure répond ce précisément à celle de la mer Caspienne (2). Ils se <r regardent comme habitants de la terre ferme, et nous <( comme des insulaires , parce que la terre que nous <c habitons est entourée par la mer. Les compagnons
(1) Environ deux ceni cinquante lieues.
(2 La mer Caspienne n'a pas d*emboucbare , ni môme de communication sensible avec les autres mers.
•• d'Hercule, qui furent laissés dans cette contrée, s'éa tant mêlés avec Vancien peuple de Saturne, tirèrent « de son obscurité la nation grecque, qui était presque « éteinte et étouffée sous les lois, les mœurs et la langue « des barbares, et lui rendirent son ancienne splen- H deur. »
Il n'y a point, dans l'antiquité, savant ou érudit qui n'ait répété ces vénérables légendes, dont l'origine remontait aux époques les plus reculées du souvenir bumain. La tradition était certaine, et les Égyptiens n*inventaient rien quand ils la transmirent à Solon et à Platon. Plaçons Ariens où Plutarque met Grecs, examinons les langues, les théogonies, les légendes, les arts, l'industrie, lascience, et nous ne pourrons plus nier l'unité des deux races qui ont, depuis des siècles^ peuplé et civilisé les deux grands continents dont se forme notre monde.