‹ Les races aryennes du PérouChapitre 4 sur 58 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

L'élude des racines de la langue quichua et leur comparaison avec les racines ariennes correspondantes présentent, comme nous l'avons déjà fait remarquer, des difficultés d'une nature toute particulière. La destruction de toute la littérature antique, et principalement de ces chants religieux où les ancêtres de la race péruvienne avaient déposé leurs traditions et leurs croyances, a fait disparaître, on peut dire sans grand espoir de retour, la forme première de la langue; d'autre part, l'ignorance complète où nous sommes du système d'écriture propre aux quichuas, et l'impossibilité d'adapter aux besoins d'une langue si différente de nos langues européennes l'alphabet latin, le moins riche et le plus insuffisant de tous les alphabets, ne nous permettent pas de connaître le nombre exact et la qualité des sons divers dont se composait le langage des Incas. Nous en sommes réduits aux transcriptions et à l'orthographe que les Espagnols imposèrent, il y a trois cents ans, aux Péruviens , vaincus et convertis, orthographe va-

riable suivant l'esprit ou le caprice de rhomme qui recueille et transcrit les mots. Des confusions de sons, des variantes inattendues résultant de mutations de lettres inexplicables, viennent sans cesse entraver le progrès de notre travail et ajouter, d'instant en instant, des difficultés nouvelles aux difficultés déjà si grandes de notre entreprise.

L'alphabet quichua, tel que l'ont établi les auteurs du XVI* et du XVII* siècle, est formé de vingt-trois sons, cinq voyelles :

A, E, I, 0, u, et dix-huit consonnes :

G, ce, Kh, Ch, h ou g, il, m, N, N, P, PP, Qu, R, S, T, Ta, TT, Y.

C'est avec cet alphabet que sont imprimés tous les livres, catéchismes, grammaires, sermons, dont se compose la littérature péruvienne actuelle. Les moines et les prêtres, qui seuls savaient écrire lequichua, n'étaient pas fortexigeantsen matière de sons et se contentaient de cet alphabet fort imparfait. Mais, de nosjours, divers savants n'ont pas trouvé suffisant un pareil moyen d'expression et ont essayé de rendre plus exactement la gamme de sons que possède la langue du Pérou. M. Tschudi, dans sa grammaire et dans son dictionnaire (1), a séparé très-ingénieusement des nuances jusqu'alors confondues, et, plus récemment encore, le plus récent des grammairiens quichuas, le père Honorio Mossi (2),pous-

(1) Tschudi, Kechua-Sprache, Wien, i853. 2 vol. in-8.

(2) Gramalica y ensayo sobre lat exceUncias y perfeccion del ilioma llafnado co-

— Basant encore plus loin l'analyse^ a renchéri sur l'œuvre du voyageur allemand et noté un alphabet de trente sons. PournouSy au lieu de rechercher toutes ces distinctions^ fondées en nature sans doute , mais embarrassantes et même à peu près inexplicables pour l'étranger, nous avons essayé de réduire au plus petit nombre possible les sons fondamentaux de la langue. Nous avons rejeté tous les K, EC, Q, QQ, QC, etc., dont les philologues péruviens hérissent leur alphabet, et nous nous sommes bornés à représenter par un seul signe toutes les nuances de prononciation que peut prendre une même lettre, convaincus que la plupart du temps ces nuances dépendent de certaines circonstances dialectales ou individuelles dont n'ont pas tenu compte les grammairiens antérieurs, trop pressés de généraliser. Nous nous servirons donc, dans tout le cours de cette étude, d'un alphabet composé, outre les cinq voyelles ordinaires, de quinze consonnes ainsi réparties :

Douces.

Fortes.

Nasales.

Trois gutturales :

Deux palatales :

Ch,

Trois dentales :

Trois labiales :

Deux semivoyelles :

Une sifflante :

Une aspirée :

Cet alphabet, ainsi restreint, nous permettra de rendre compte de toutes les mutations de lettres et de toutes

mvmemenU Qwichua, por el R. P. Fr. Ilonorio Mossi. Sucre ; imprenta de Lopes.

iQ-fol.

les altérations de sons qui ont fait de la langue aryaque primitive la langue dont se servent encore aujourd'hui les habitants modernes du Pérou.

Toutefois, avant d'entrer dans la discussion et dans Texamen de tous ces changements phonétiques, nous devons faire un aveu au lecteur. Éloignés comme nous le sommes du foyer de la science européenne, nous n'avons pas ici les moyens de donner, avec leurs caractères spéciaux, les langues diverses auxquelles nous emprunterons à tout moment des mots ou des formes grammaticales. Nos imprimeries n'ont pas l'alphabet grec; à plus forte raison ne possèdent-elles ni l'alphabet zend, ni l'alphabet sanscrit, ni aucun des alphabets de convention dont se servent les savants pour transcrire les langues orientales. Nous avons donc été contraints de composer nous-mêmes un alphabet de transcription qui^ sans dépasser les ressources malheureusement si restreintes de nos imprimeurs, pût néanmoins donner une idée de la forme des mots sanscrits ou zends que nous citerons à chaque instant (1).

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(1) Ce paragraphe fut écrit à une époque où je ne songeais pas encore à faire imprimer mon outrage en Europe.

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