DES VOYELLES EN QUICHUA
L*on peut réduire à trois, A,I, U, le nombre des voyelles fondamentales du quichua ; les deux autres voyelles que les Espagnols ont admises dans Talphabet, TE etrO, doivent être considérées comme inorganiques, ce qui n'a rien de bien étonnant, si Ton admet l'origine arienne de Tidiome péruvien. Dans les langues ariennes, en effet, I'e et l'o brefs ne sont pas des lettres primitives. Elles manquaient complètement au gothique et même au sanscrit, comme le prouve la constitution de Talphabet dévanagari : si les Hindous les avaient connues, leur alphabet, qui reproduit jusqu'aux plus légè- *
res nuances du son, n'aurait pas manqué de les noter et de leur affecter un signe spécial (1). Il y a plus , dans les langues où elles se trouvent usitées, en zend(2), en grec, en latin (3) , elles ne sont la plupart du temps que les représentants d'un A primitif qui s'est conservé en sanscrit. La terminaison o;, que prend au nominatif singulier toute une classe de substantifs grecs, correspond à la terminaison as du sanscrit; le latin novem a pour équivalent le sanscrit navan, et le putrem zend le putram
(1) Parmi les voyelles simples, il y en a deux qui manquent à Tancien alphabet indien : ce sont r« et l'o grecs. S'ils ont été en usage au temps où le sanscrit était une langue vivante, il faut au moins admettre qu'il ne sont sortis de Ta bref qu'à une époque où l'écriture était déj^ fixée. En effet, un alphabet qui représente les plus légères dégradations du son n'aurait pas manqué d'exprimer la différence entre a, e et o, si elle avait existé. (Bopp, Gr. Com-g, Trad. Brial, t. I, p. 31.]
sanscrit. L'on peut donc afBrmer avec toute sûreté que TE et l'O que Ton trouve en quichua ne sont pas non plus des lettres primitives, mais de simples modifications de sons qui ne changent en aucune manière le sens des mots où elles se produisent et en altèrent à peine la prononciation. Gomme le remarque fort justement M. Tschudi, les Indiens prononcent fort souvent à la façon de TE ri médial ou initial (1); ils disent indifféremment QUECHUA et QUiCHA, K'tPI et K'ePI, KtLLAY et K^L-
LAY. Quant à TO , le petit nombre de mots où il se rencontre peuvent passer pour de simples variantes de mots écrits d'ordinaire avec un U ; orko, le petit d'un animal, se prononce également mrku, otoronko, la panthère, est le même mot que wtmrmnku.
Au commencement et au milieu des mots, l'A quichua sonne fort et plein ; à la fin, il sonne brefet parfois même est peu distinct. Il correspond, en général, à l'A bref et long du sanscrit et des langues congénères : Hamu, aller, est l'équivalent du sanscrit gam; il remplace également l'Hra grec et, en général, toutes les lettres qui, dans un idiome arien, correspondent à Ta sanscrit : /Jtr.TTyp, mère, sanscrit MAir, latin mater, appartient à la même racine que le mama quichua. Ajoutons, pour terminer, que les Indiens du moyen Pérou donnent fort souvent à l'A médial les sons ao et au (2).
Nous avons déjà dit qu'au commencement et au milieu des mots , les Quichuas donnaient à l'I le son de l'E ; c'est seulement comme lettre finale que l'I se prononce
(1) Tschadi, KechtM-Sprache, Sprachlehre, p. 32-33.
(2) Id., p. 32.
plein et ouvert, L*U , au commencement des mots , devant 1 et E, se prononce à peu près comme le V latin : UEKE, larme, prononcez veke; uiksa, le ventre, prononcez viKSA (1). C'est là un des artifices au moyen desquels le quichua, qui ne possède pas le V, supplée au manque de cette lettre.
Il serait plus que hasardeux de chercher à faire des règles pour les changements de voyelles de Taryaque au quichua. En général, la voyelle qui se trouve en sanscrit ou dans les idiomes congénères est la voyelle conservée en quichua :
Sanscrit.
Quichua.
Gâm, aller.
Hamu.
A et Ri, aller.
Ri.
Gô, bœuf, Vache.
Ku, quadrupède.
Ang' grec oLyyta, souffrir.
Ancbi, pleurer, gémir.
StRA, serpent.
SiRA-SiRA, scorpion.
Sik'a, rayon de lumière.
Si&*i, Se&e, rayon de lumière.
'A7vôff, «710Ç, saint,
sacré.
Akna, cérémonies religieuses.
Quelquefois, néanmoins, TA des mots ariens s'affaiblit en I et en U , ou bien l'I et TU ariens se transforment en  quichua.
Sing\ sentir. Senka, nez; Sanka, nasillard.
Aç, couper ; Açi, épée. I&i, couper.
SiK*A, crête. ScKUMA, crête.
ÇuLA, aiguille. Sira, aiguille, épine, coudre.
Le même phénomène se produit fréquemment dans les autres langues ariennes. Le grec remplace plus volon-
(1) Tichuàï tSprachUhre, p. 80.
tiers l'A sanscrit par un é ou un ô que par un a; le sanscrit dad'âmi, je place y devient ri^jfnif dadâmi, je donne, <5t3a)jxi. De même, en latin, l'ô est un remplaçant ordinaire de Ta sanscrit : sororem, sanscrit svasAram , gno- Tus, connu, en sanscrit j'NAtas, etc. (1). Le zend (2) et le gothique (3) nous offrent des exemples nombreux de mutations analogues que nous pourrions citer, si nous ne craignions d'allonger outre mesure cette partie de notre travail et de sortir ainsi du cadre de notre sujet.