DES GUTTURALES ET DES PALATALES
La première classe de consonnes comprend, comme nous l'avons dit, les gutturales K, Ks et ^. Le K se prononce comme le R des langues germaniques ou le G dur des langues novo-latines, le K^ comme le CH dur des Allemands. La nasale ^9 qui appartient à cette classe, a le son du gn français dans montagne ou de la ^ espagnole dans SEf^OR. Au commencement des mots, elle a supplanté presque partout la nasale habituelle n; au milieu des mots, elle est d'assez rare occurrence. Elle parait correspondre le plus souvent à I'n simple des racines ariennes :
HcaSu, mourir, han, tuer, Oûvaroc, la mort.
Dans un nombre assez restreint, elle s'échange avec la semi-voyelle li :
f^Afiu, mince. llaKu,
fiucNA, mensonge. lluclls,
Elle répond alors aux mêmes lettres ariennes que la lettre qu'elle remplace, c'est-à-dire aux voyelles r et L et aux semi-voyelles r I :
RucSa, var., lluclla, mensonge, ruc% briller, parler, ail. luegen,
mentir.
Les palatales Y, Ch, peuvent se rattacher, sans grand inconvénient, aux gutturales, dont elles ne sont après
lout qu'un simple amollissement. Il a été prouvé, en effet, que, dans la plupart des langues ariennes, toute palatale procède d'une gutturale correspondante. En sanscrit, par exemple, le thème réel de vac*, voix, ruj* maladie, est yak, ruk (1); dans le zend un j est presque partout l'équivalent d'un G sanscrit, et l'on rencontre I es formes j* AD, parler, pour gad, et j*am, aller^pour gam(2). La lettre Y des grammairiens quichuas a deux sons : Tun analogue au son de I'y espagnol ou du j français^ Tautrc fort semblable au son du ch français dans lâche ou du sh anglais dans bush. Ces deux sons, très-voisins Tun de Tautre, s'échangent fréquemment dans la bouche des Quichuas; c'est ainsi que l'on a :
YuRi^ nattre, et Churi, fils.
Yan&'a, inutile, mauvais, Chank^a.
Yapuni, faire du mortier, Chapuni.
YuNu, pommes de terre desséchées, Chunu.
Quelquefois même il se produit entre la palatale Y et la semi-voyelle Ll une confusion de son assez naturelle (3), et l'on trouve :
Yalltni, pour llallini.
Yamta, plein, d llamta.
Yanu, fin, mince, » LLAfiu.
Quant à l'autre palatale Ch, elle a le son du c italien devant e et i, et les Quichuas la prononcent excessivement fort.
(i) Bopp, Cr. comp,f 1. 1, p. 47-48.
(2) Id., p. 88.
(3) Gfr. Mossi, Gramatica, p. 6.
Le K quicbuA remplace en général le K sanscrit^ et son aspirée K' l'aspirée sanscrite équivalente K' :
Sanscrit.
Kak'a, sommet de montagne, kaku-da, même sens.
KiLLi, tissu, étoffe. kêl, coadre, lier.
Kati-ni (i), Je suis. ka^ aller, marcher.'
KuTA-Mi, Je mous. ku^ diviser, briser, broyer.
Comme ses analogues ariens, le K quichua correspond également à la sifQante ç du sanscrit. Dans la plupart des cas, en effet, cette sifflante ç n'est qu'un amollissement d'une gutturale primitive qui a persisté dans la plupart des idiomes congénères (2) :
Sanscrit. Latin. Grec. Racine.
Ik-i-ni, Je coupe, aç, ac-us, 'akth AK.
KuMPi, robe de luxe, çumb% ornement, parure, » KIIB^
Kaki-ni, je tonne, kaç, faire du bruit, n KAK.
Il y a même des cas où la gutturale sanscrite disparaît complètement :
KvAS, qui, HAY, quoi?
Les palatales quichuas Y et Gh correspondent en général aux palatales sanscrites cS j' :
Chakra, ferme, établissement rural, c'akra, cercle, province. Hacha, arbre, gac*c*a, arbre.
Challu-ni, Je répands de l'eau, c^al, submerger. Chekta, moitié, c^ih (skid), couper, diviser.
(1) La forme m qoi suit le radical est comme nous le Terrons plus tard la marque de la première personne du présent de l'indicatif.
(2) Examiné an point de vue de son origine, ç est presque partout l'altération d'un ancien k, ce qui explique pourquoi dans les langues de l'Europe il est ordinairement représenté par une gutturale. Comparez, par exemple, avec le thème çviif , dans les cas faibles çun, le grec xumv, le latin canit^ et le gothique hunds .ce der-
Parfois, néanmoins, il arrive que le Ch quicbua correspond à la combinaison du R et de la sifflante S' :
Chall-hua, poisson, ks'al, s'agiter; en parlant de Veau^ couler.
à la gutturale K et à son aspirée K* :
Chama-ni, Je Jouis. Kama, amour.
Chacbua-ni, Je ris. K*ak*, rire.
OU bien à la lettre J' du sanscrit :
KÀcH-KU-Ni^ Je suis heureux, kaj^ briller, être heureux. CuANKA, jambe. j^ang'a, Jambe.
De son côté, le Y quicbua correspond à la semivoyelle Y :
YuK, Ycj% unir, joindre.
Yu-Ri, naître. yû, unir, accoupler.
Le même fait se produit en latin, où jungerë représente la racine sanscrite ïuj* (1).
Le plus souvent, toutefois, les palatales sanscrites ont pour équivalent, en quicbua, les gutturales K et K*, ce qui ne doit pas étonner, car, ainsi que nous l'avons déjà rappelé, les palatales ne sont qu'un amollissement des gutturales correspondantes :
Karu, voyageur, étranger. C^ar, aller, errer çà et là.
KuLLA-Ni, j'opine, je conjecture. C'ill, penser, conjecturer.
nier Tenant du thème élargi hunda) ; avec la racine danç, mordre, le grec ^ixvM ; le latin lacerOt le gothique tahja^ je déchire» et le gallois danhezu, je mords... H y a aussi quelques roots en sanscrit où le ç initial est sorti é? idemment d*an ancien i. (Bopp, p. 61-63.) (1) Bopp, Gr, comp.f 1. 1| p. 54.
K'kAMu-Ni, Je mâche. C^am , manger.
R'IuTA, couvrir. Cad et Ka(, couvrir.
Kalla-hualla, ^ C'ALLif écorcc , tégument, plante
grimpante.
K'kAiTA, fil, corde. j^Af, entrelacer, entortiller.
Nous avons déjà fait observer que ni la gutturale g ni Taspirée G* n'avaient de représentants directs en quichua : les Péruviens leur ont substitué un certain nombre d'autres sons, qu'il est bon de noter. La substitution la plus naturelle en pareil cas est celle du K au G, qui est si fréquente dans les langues ariennes. Le gothique remplace perpétuellement par un k le g des autres langues ariennes (1) :
Gothique.
Latin.
Grec.
Sanscrit.
Kan, connaître,
GNOSCO ,
^l^VUO'XflJ,
j^NÂ pour GNi.
Kniu, genou,
GEMU,
7ÔVV,
J'ANU pour GANU.
Enlatin,vers une certaine époque, la confusion du G et du G était perpétuelle (2). Ennius et ses contemporains écrivaient indifféremment gnatus, né, et cnatus; gnaivus, brave, et gnaivus. Le quichua, de même, place fréquemment un E dans les mots où le sanscrit avait un g ou un g' :
Aka, excrément, ordure, gû, aller à la selle, rendre des excréments. Karpa-ni, Jeveuxde Teau, or, couler.
KÉ3IA-KÉNA, flûte, GÊ% chanter.
D'autrefois, ce sont les palatales qui viennent se substituer à la consonne sanscrite :
Chat-na, flûte, GÊS chanter.
Chus-nuci, Je bourdonne, g^ôs^a, bourdonnement, murmure.
(1) Grimm , Grammaire aUern,, p. 4Î2 et sniv.
(S) Consen, Atupraeke , Vocalitmut und Bitonung dtr laiêinUcKen Sprachen, p. 5 et 39.
Ou bien la gutturale s'amollit en aspirée :
Qaichua. Sanscrit. Allemand.
Uamu-ni, je viens, Gam, aller. kommen, venir.
HiRKA, tertre, colline, tumulus, Giri, montagne. Hay-lli, chant, chant de guerre, Gê', chanter.
Toutes mutations des plus communes dans les langues ariennes. Le zend, comme nous l'avons déjà remarqué, échange partout la palatale j contre la gutturale g. Le passage du g à Taspirée h se fait même en sanscrit : à côté de la forme gam aller, nous trouvons la forme ham; du sanscrit au gothique il est perpétuel (1) :
Sanscrit.
Lalin.
Gothique.
Kas, qui?