‹ Les races aryennes du PérouChapitre 7 sur 58 · DES GUTTURALES ET DES PALATALES · texte numérisé non relu

DES GUTTURALES ET DES PALATALES

La première classe de consonnes comprend, comme nous l'avons dit, les gutturales K, Ks et ^. Le K se prononce comme le R des langues germaniques ou le G dur des langues novo-latines, le K^ comme le CH dur des Allemands. La nasale ^9 qui appartient à cette classe, a le son du gn français dans montagne ou de la ^ espagnole dans SEf^OR. Au commencement des mots, elle a supplanté presque partout la nasale habituelle n; au milieu des mots, elle est d'assez rare occurrence. Elle parait correspondre le plus souvent à I'n simple des racines ariennes :

HcaSu, mourir, han, tuer, Oûvaroc, la mort.

Dans un nombre assez restreint, elle s'échange avec la semi-voyelle li :

f^Afiu, mince. llaKu,

fiucNA, mensonge. lluclls,

Elle répond alors aux mêmes lettres ariennes que la lettre qu'elle remplace, c'est-à-dire aux voyelles r et L et aux semi-voyelles r I :

RucSa, var., lluclla, mensonge, ruc% briller, parler, ail. luegen,

mentir.

Les palatales Y, Ch, peuvent se rattacher, sans grand inconvénient, aux gutturales, dont elles ne sont après

lout qu'un simple amollissement. Il a été prouvé, en effet, que, dans la plupart des langues ariennes, toute palatale procède d'une gutturale correspondante. En sanscrit, par exemple, le thème réel de vac*, voix, ruj* maladie, est yak, ruk (1); dans le zend un j est presque partout l'équivalent d'un G sanscrit, et l'on rencontre I es formes j* AD, parler, pour gad, et j*am, aller^pour gam(2). La lettre Y des grammairiens quichuas a deux sons : Tun analogue au son de I'y espagnol ou du j français^ Tautrc fort semblable au son du ch français dans lâche ou du sh anglais dans bush. Ces deux sons, très-voisins Tun de Tautre, s'échangent fréquemment dans la bouche des Quichuas; c'est ainsi que l'on a :

YuRi^ nattre, et Churi, fils.

Yan&'a, inutile, mauvais, Chank^a.

Yapuni, faire du mortier, Chapuni.

YuNu, pommes de terre desséchées, Chunu.

Quelquefois même il se produit entre la palatale Y et la semi-voyelle Ll une confusion de son assez naturelle (3), et l'on trouve :

Yalltni, pour llallini.

Yamta, plein, d llamta.

Yanu, fin, mince, » LLAfiu.

Quant à l'autre palatale Ch, elle a le son du c italien devant e et i, et les Quichuas la prononcent excessivement fort.

(i) Bopp, Cr. comp,f 1. 1, p. 47-48.

(2) Id., p. 88.

(3) Gfr. Mossi, Gramatica, p. 6.

Le K quicbuA remplace en général le K sanscrit^ et son aspirée K' l'aspirée sanscrite équivalente K' :

Sanscrit.

Kak'a, sommet de montagne, kaku-da, même sens.

KiLLi, tissu, étoffe. kêl, coadre, lier.

Kati-ni (i), Je suis. ka^ aller, marcher.'

KuTA-Mi, Je mous. ku^ diviser, briser, broyer.

Comme ses analogues ariens, le K quichua correspond également à la sifQante ç du sanscrit. Dans la plupart des cas, en effet, cette sifflante ç n'est qu'un amollissement d'une gutturale primitive qui a persisté dans la plupart des idiomes congénères (2) :

Sanscrit. Latin. Grec. Racine.

Ik-i-ni, Je coupe, aç, ac-us, 'akth AK.

KuMPi, robe de luxe, çumb% ornement, parure, » KIIB^

Kaki-ni, je tonne, kaç, faire du bruit, n KAK.

Il y a même des cas où la gutturale sanscrite disparaît complètement :

KvAS, qui, HAY, quoi?

Les palatales quichuas Y et Gh correspondent en général aux palatales sanscrites cS j' :

Chakra, ferme, établissement rural, c'akra, cercle, province. Hacha, arbre, gac*c*a, arbre.

Challu-ni, Je répands de l'eau, c^al, submerger. Chekta, moitié, c^ih (skid), couper, diviser.

(1) La forme m qoi suit le radical est comme nous le Terrons plus tard la marque de la première personne du présent de l'indicatif.

(2) Examiné an point de vue de son origine, ç est presque partout l'altération d'un ancien k, ce qui explique pourquoi dans les langues de l'Europe il est ordinairement représenté par une gutturale. Comparez, par exemple, avec le thème çviif , dans les cas faibles çun, le grec xumv, le latin canit^ et le gothique hunds .ce der-

Parfois, néanmoins, il arrive que le Ch quicbua correspond à la combinaison du R et de la sifflante S' :

Chall-hua, poisson, ks'al, s'agiter; en parlant de Veau^ couler.

à la gutturale K et à son aspirée K* :

Chama-ni, Je Jouis. Kama, amour.

Chacbua-ni, Je ris. K*ak*, rire.

OU bien à la lettre J' du sanscrit :

KÀcH-KU-Ni^ Je suis heureux, kaj^ briller, être heureux. CuANKA, jambe. j^ang'a, Jambe.

De son côté, le Y quicbua correspond à la semivoyelle Y :

YuK, Ycj% unir, joindre.

Yu-Ri, naître. yû, unir, accoupler.

Le même fait se produit en latin, où jungerë représente la racine sanscrite ïuj* (1).

Le plus souvent, toutefois, les palatales sanscrites ont pour équivalent, en quicbua, les gutturales K et K*, ce qui ne doit pas étonner, car, ainsi que nous l'avons déjà rappelé, les palatales ne sont qu'un amollissement des gutturales correspondantes :

Karu, voyageur, étranger. C^ar, aller, errer çà et là.

KuLLA-Ni, j'opine, je conjecture. C'ill, penser, conjecturer.

nier Tenant du thème élargi hunda) ; avec la racine danç, mordre, le grec ^ixvM ; le latin lacerOt le gothique tahja^ je déchire» et le gallois danhezu, je mords... H y a aussi quelques roots en sanscrit où le ç initial est sorti é? idemment d*an ancien i. (Bopp, p. 61-63.) (1) Bopp, Gr, comp.f 1. 1| p. 54.

K'kAMu-Ni, Je mâche. C^am , manger.

R'IuTA, couvrir. Cad et Ka(, couvrir.

Kalla-hualla, ^ C'ALLif écorcc , tégument, plante

grimpante.

K'kAiTA, fil, corde. j^Af, entrelacer, entortiller.

Nous avons déjà fait observer que ni la gutturale g ni Taspirée G* n'avaient de représentants directs en quichua : les Péruviens leur ont substitué un certain nombre d'autres sons, qu'il est bon de noter. La substitution la plus naturelle en pareil cas est celle du K au G, qui est si fréquente dans les langues ariennes. Le gothique remplace perpétuellement par un k le g des autres langues ariennes (1) :

Gothique.

Latin.

Grec.

Sanscrit.

Kan, connaître,

GNOSCO ,

^l^VUO'XflJ,

j^NÂ pour GNi.

Kniu, genou,

GEMU,

7ÔVV,

J'ANU pour GANU.

Enlatin,vers une certaine époque, la confusion du G et du G était perpétuelle (2). Ennius et ses contemporains écrivaient indifféremment gnatus, né, et cnatus; gnaivus, brave, et gnaivus. Le quichua, de même, place fréquemment un E dans les mots où le sanscrit avait un g ou un g' :

Aka, excrément, ordure, gû, aller à la selle, rendre des excréments. Karpa-ni, Jeveuxde Teau, or, couler.

KÉ3IA-KÉNA, flûte, GÊ% chanter.

D'autrefois, ce sont les palatales qui viennent se substituer à la consonne sanscrite :

Chat-na, flûte, GÊS chanter.

Chus-nuci, Je bourdonne, g^ôs^a, bourdonnement, murmure.

(1) Grimm , Grammaire aUern,, p. 4Î2 et sniv.

(S) Consen, Atupraeke , Vocalitmut und Bitonung dtr laiêinUcKen Sprachen, p. 5 et 39.

Ou bien la gutturale s'amollit en aspirée :

Qaichua. Sanscrit. Allemand.

Uamu-ni, je viens, Gam, aller. kommen, venir.

HiRKA, tertre, colline, tumulus, Giri, montagne. Hay-lli, chant, chant de guerre, Gê', chanter.

Toutes mutations des plus communes dans les langues ariennes. Le zend, comme nous l'avons déjà remarqué, échange partout la palatale j contre la gutturale g. Le passage du g à Taspirée h se fait même en sanscrit : à côté de la forme gam aller, nous trouvons la forme ham; du sanscrit au gothique il est perpétuel (1) :

Sanscrit.

Lalin.

Gothique.

Kas, qui?

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