CHAPITRE IV
Le pur sang anglo-arabe spécialité française. — Le pur sang anglo-arabe à l'étranger. — Court historique; Eylaii; Pompadour. —Statistique saillies et naissances. - Définition des pur sang anglo-arabe. — Le degré de sang anglais utile. — Modèle du pur sang anglo-arabe. — L'anglo-arabe pur comme étalon : le 25 0/0 ; le 50 0/0 — L'anglo-arabe en course. L'anglo-arabe de service. — Son excellence comme cheval d'armes dans les raids, aux chasses de Pau, etc.— Vogue actuelle de l'anglo-arabe. — Petit nombre de sujets existants. — Principaux éleveurs. — Difficulté d'achat pour les particuliers.
Le pur sang anglo-arabe est bien une spécialité française ; les étrangers s'appellent volontiers le « pur sang français )).
Malgré cette flatteuse dénomination, ce n'est pas en France qu'il parut pour la première fois, car, en 1740, le duc Christian des Deux-Ponts possédait un haras d'élevage où les reproducteurs étaient sélectionnés à la chasse et à la guerre, et où se distingua une famille d'angloarabes de taille moyenne et généralement gris. En 1814, les Français ne manquèrent pas de la razzier et de la transporter à Rozières.
En Angleterre, en Hongrie, en Russie, on a élevé des pur sang anglo-arabes qui se sont fondus peu à peu dans diverses races auxquelles ils ont donné de leur cachet et de leurs qualités. On en élève actuellement en Allemagne K
En France, les deux protagonistes de Tangloarabe pur, selon la formule qui devait sauver nos races méridionales en corrigeant les excès de sang anglais ou arabe, furent M. de Bonneval en 1806 et, plus tard, M. Gayot, directeur général des Haras, en son temps.
M. de Bonneval créa au Pin, où il était directeur, au moyen de l'étalon syrien Messoiid, une famille d'anglo-arabes d'où sortit Eylaii, un des chevaux les plus complets que la France ait jamais eus, au dire du célèbre écuyer le vicomte d'Aure.
Puis M. de Bonneval quitta la Normandie et porta dans le Midi sa conviction créatrice des services qu'y devait rendre l'anglo-arabe. Il y
1. Voir :A travers VAllemagne hippique (1910), du même auteur.
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prépara la tâche de Gayot,lequel lit, en 1852, de Pompadour un centre de production modèle.
Mais l'anglomanie irraisonnée vint enrayer ces efforts et anéantir les résultats heureux obtenus.
En 1860, la jumenterie de Pompadour fut supprimée ; on vendit à vil prix 22 poulinières et 22 pouliches du plus beau sang anglo-arabe.
En 1874, un juste sentiment des réalités de l'élevage fit rétablir cette jumenterie, unique encore en France. Elle a rendu d'inappréciables services. Aujourd'hui, cependant, avec ses 60 poulinières, elle concurrence sans économie pour l'Etat, au contraire, l'élevage privé dont la production est parfois supérieure à celle de l'Etat et auquel ce dernier n'achète qu'un nombre infime d'étalons, de 12 à 14.
Si on se rapporte à la statistique de 1910, on compte que, dans tout le Sud-Ouest, 1.369 juments (de pur sang anglais, de pur sang arabe, de pur sang anglo-arabe) ont été consacrées à la reproduction de la race pure anglo-arabe, ce qui donne environ 789 produits.
Quant aux étalons de pur sang anglo -arabes, ils ont sailli 6.879 juments, presque toutes de demi-sang anglo-arabe, cela va sans dire.
On voit par cette simple statistique l'importance et le genre de services que rend cet étalon, services qui ne sont ni assez connus ni assez appréciés du public.
Les Allemands, eux, sont tellement certains de l'excellence de cette formule que, désireux de donner à leurs races de chevaux de selle, pourtant très près du pur sang anglais, un peu plus de tempérament, après avoir étudié notre production du sud-ouest, se sont mis à fabriquer de toutes pièces du pur-sang anglo-arabe. J'en ai vu. Ils sont beaux et grands, mais me paraissent déjà manquer de ce tempérament qu'ils doivent donner aux autres.
Mais qu'est exactement un anglo-arabe de pur sang ? C'est, par définition, le produit du croisement du pur sang anglais et du pur sang arabe. Ce produit-là se nomme, en langage d'éleveur, un 50 0/0 (de sang arabe) ; mais, si ce même produit est, à son tour, croisé avec un
pur sang anglais, il n'aura plus que 25 0/0 d'arabe, tandis que, s'il l'avait été, au contraire, avec un père arabe, il eût été un 75 0/0 d'arabe.
Si l'on remarque qu'il existe, naturellement, la catégorie des sélectionnés^ comprenant les produits d'anglo arabes purs entre eux, à des degrés de sang arabe différents dans le père et la mère, on voit la multiplicité de combinaisons que peut donner cette formule, multiplicité toute théorique d'ailleurs... Car, à tout prendre, il est bien difficile, parfois, de qualifier à l'œil nu et même à l'essai en service, le degré de sang arabe de tel individu...
C'est cette multiplicité qui a permis de dire que la famille pure anglo-arabe n'était pas encore fixée. Ce reproche sera, croyons-nous , de moins en moins mérité, les statistiques indiquant une tendance nette vers le sélectionnement à 25 0/0, minimum de sang arabe exigé pour la qualification.
A quoi ressemble un pur sang anglo-arabe ?
Le plus souvent, il ressemble à un pur sang
anglais, mais avec quelque chose de plus gra-
deux, de plus souple, de plus arabe, surtout dans l'expression de la tête qui porte souvent une dépression au chanfrein et dans le front qu'il a plus large et dans la beauté des yeux. Si son galop est normalement moins vite en course que celui du pur sang, son trot a presque toujours plus de brio. Par contre, certains angloarabes purs ont pris à l'arabe ce qu'il a de moins bon, son raccourci, son a boudinage )), des allures insuffisamment vites ; ces types-là deviennent de plus en plus rares.
Sa taille la plus favorable est 1 m. 60. Son dessus est aujourd'hui presque toujours bon et ses membres étonnamment forts. Je parle, bien entendu, des individus bien élevés, assez nombreux d'ailleurs dans cette catégorie relativement restreinte. D'ailleurs, il est aujourd'hui prouvé que tout ce qui se réclame du sang arabe est, si l'on fait intervenir les facteurs poids et taille, parfaitement membre. La moyenne des anglo-arabes est mieux membrée que celle des anglo-normands, comparativement et le mètre en main.
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LE PUR SAxNG ANGLO-ARABE 49
On doit considérer l'anglo-arabe pur au triple point de vue d'étalon, de cheval de course et de cheval de service.
Comme étalon de croisement, nous venons déjà d'en parler. Mais nous pouvons résumer son rôle en disant qu'à 50 % d'arabe, il donne plus volontiers une dose de sang arabe, tandis qu'à 25 %, il peut être considéré comme un succédané du pur sang anglais. Ainsi qu'il y a des «couleurs sans danger», c'est l'étalon « sans danger » pour l'infusion du sang anglais dans le troupeau du Sud-Ouest, sans élongation du modèle, sans amoindrissement de la rusticité, précieuse qualité des races indigènes. Il grandit la race, lui donne de la vitesse sans lui enlever de la rusticité ni trop de son modèle oriental.
Quel est le meilleur angle arabe pur comme étalon de croisement pour la production du cheval de service ? Gela dépend d'abord du degré de sang, du modèle, des aptitudes de la poulinière ; mais d'une façon générale, il est permis de préférer le 25 %, c'est-à-dire celui possédant 75 % de sang anglais, tandis que d'autres amateurs en tiennent pour les étalons beaucoup plus près de l'arabe. On remar-
quera que les meilleurs galopeurs — sauf exceptions connues — sont naturellement les 25 % , et parmi ces derniers ceux qui ont du côté du père deux ascendants immédiats anglais. Mais les meilleurs galopeurs ne font pas les meilleurs pères, surtout s'il s'agit de créer des demi-sang de service. Certains éleveurs compétents ont été amenés à considérer et de nombreux exemples assurent cette façon de penser, que les meilleurs correcteurs des races du Sud-Ouest sont sûrement les issus du croisement direct de l'anglais et de l'arabe et inversement. De tels animaux, quand ils ont des performances honorables et un modèle régulier, ont toujours fait preuve de qualité comme étalons de croisement.
Il est à noter d'ailleurs que l'anglo-arabe à 50 % est surtout utile comme étalon pour infuser une plus forte dose de sang arabe. On oublie trop souvent que tous les étalons ne sont pasfaitspour produire directement des chevaux de service, mais que beaucoup d'entre eux doivent avoir pour mission de créer d'autres étalons et des poulinières.
L'anglo-arabe en courses n'est guère intéressant
que pour ses propriétaires. Il restera toujours inférieur à l'anglais comme vitesse. Mais aussi il aura sur lui divers avantages, entre autres ceux d'être d'un entraînement très facile, de posséder une qualité de membres supérieure et plus de rusticité.
Son passage à l'hippodrome a pour utilité de le sélectionner sur toutes ces qualités. Les Haras d'ailleurs achètent généralement chacun des gagnants des deux prix du Ministère, pour la somme de 20.000 fr. chacun.
La Société d'encouragement alloue aux courses de pur sang anglo-arabes 60.000 francs, etc..
D'autre part, ayant bon pied, bon œil, ils font souvent d'excellents steeple-cliases. Mais nous serions volontiers de l'avis du colonel de Montjou quand il écrit qu'il n'y a pas lieu de rechercher une vitesse extraordinaire chez les types d'ordre inférieur quand on dispose d'une race pure qui sera toujours supérieure en cela.
Le pur sang anglo-arabe comme cheval de
service est, par contre, de tout premier ordre.
Les officiers français le placent immédiate-
ment après le pur sang anglais, lequel garde toujours, même en service courant, cette possibilité si prestigieuse et si utile d'unevitesse supérieure. Leur fond, nous l'avons dit, est inépuisable, et plus d'un a conduit à la victoire, dans de célèbres raids, le cavalier qui le montait.
Le célèbre loueur de Pau, M. Laregain, recrute ses meilleurs hunters parmi les pur sang angloarabes. S'ils sont ignorés du public français, — car ce n'est pas seulement pour les humains qu'il est dit que (( nul n'est prophète en son pays », — ils sont fort prisés des Anglais et des Américains qui fréquentent ces dures chasses.
Cependant, même en France, la vogue de l'anglo-arabe de pur sang et de demi-sang augmente tous les jours. Les veneurs et les divers usagers du cheval de selle, ne se contentant plus, comme autrefois, d'un carrossier quelconque ou d'un « cob » hackne}^ recherchent maintenant les chevaux du Sud-Ouest, dont quelques-uns atteignent, dans les concours ou à Pau, ou a ceux si remarquables du cheval de guerre, de très hauts prix, parce que, naturellement, ils offrent des garanties véritables d'aptitude à la selle, avec un fond et une rusticité exceptionnels, sans
Bigourdan amélioré (1852).
(d'après Gayot
Barbe-Bleue, 1 m. ()2, pur sang anglo- arabe, né en Haute-\'ienne.
parler de ragrément donné par un caractère facile, une bouche légère et un équilibre naturel presque parfait .
Les pur sang anglo-arabes ne sont cependant pas très nombreux. Ainsi, en 1910, 675 juments, seulement, de pur sang (anglaisesl63, arabes 21, pur sang anglo-arabes 487) ont été saillies par les 273 étalons de pur sang anglo-arabes (dont 58 approuvés), ce qui donne environ 400 produits.
Par contre, ces mêmes étalons ont sailli 7.806 juments de demi-sang anglo-arabe.
Les éleveurs les plus connus de pur sang anglo-arabe sont MM. Couzinet^ à Toulouse ; de Fournas, à Carcassonne ; Plantade, à Saint-Laurent (Lot-et-Garonne) ; Sempé, à Labatut-Rivière (Hautes-Pyrénées) ; comte de Treffond d'Avaucourt, à Prat (Ariège) ; Laporte, à Sarriguet (Hautes-Pyrénées) ; Buzy-Cazaux, à Mirepeix (Basses-Pyrénées) ; Garrigou-Larriale, à Blajau (Haute-Garonne); baron de Palaminy, à Laboulière (Hautes-Pyrénées) ; Thomas, à Dun-le- Palleteau (Creuse), etc. Pignon, à Ardillières
(Charente-Inférieure) ; Renault, à Clavé (Deux- Sèvres); de Sainte-Jaigne, Descar, Fugens, de Nexou (Haute-Vienne) ; de Neuville (Haute- Garonne), Dubois Godin, de la ville de Téniers, etc., mais c'est à Toulouse, au moment des achats d'étalons, en octobre, ou a Saumur au Concours du cheval de guerre, qu'on peut le plus facilement exercer son choix ou se renseigner, car, surtout dans le Midi, il est difficile d'effectuer des achats particuliers si on ne connaît pas bien le pays.