DISTRIBUTION GÉOGH/VPIIIQUE DES LANGUES ET DES RACES
la division delà nalion en nobles, plèbe, esclaves; la séquestration de la femme mariée, la liberté de la polygamie, les croyances ordinaires aux génies et aux mânes, les témoignages persistants du culte rendu au feu, la rigueur des deuils qui obligent le fds à pleurer son père trois fois par jour à heure fixe durant trois années et à s'abstenir durant le même temps de toute fonction publique. Ce ne sont pas là des faits bien rares. Deux ou trois particularités valent d'être mentionnées. Les Coréens ne tissent pas la laine; l'hiver, ils endossent plusieurs vêtements de chanvre et de coton; leurs soldats portent des cuirasses ainsi doubles et décuples, à l'épreuve des balles d'autrefois. Le violet gris et le vert olive sont les couleurs goûtées; le blanc et le vert sont réservés au deuiL
Quelques mots encore sur la langue et l'écriture des Kaokaiuli ou Koraï (dont nous avons fait Coréens; c'est le nom d'une des provinces du nord; mais ils aiment à donner à leur pays un nom qui rappelle sa situation entre l'empire du Milieu et l'empire du Soleil levant : Tchiaosieii , la Sérénité du matin).
La structure grammaticale, dit le missionnaire Dallet, rapproche le coréen des idiomes ouraliens et tongouses. Les désinences du verbe varient selon le sexe et la condition des interlocuteurs. La prononciation est chuintante et aspirée, traînante et sourde; chaque phrase se termine par une sorte de hoquet guttural assez difficile à imiter. La liquide L ne s'entend pas clairement. Les voyelles, au nombre de 14, sont incertaines et diphtonguées. L'écriture compte un peu plus de 200 signes, les uns syllabiques, les autres alphabétiques; les gens instruits dédaignent de s'en servir. « L'introduction d'une foule de mots étrangers, chinois dans le nord, japonais dans le sud, a donné naissance, dit Elisée Reclus, à des espèces de jargons assez répandus dans les villes de marché. Le chinois est la langue policée, ,1e parler officiel. De même que, dans l'Europe du moyen âge, le latin, langue des clercs, persistait à côté de l'idiome local, de même le chinois écrit se maintient en Corée à côté de la langue du pays; mais on le prononce de telle façon que des Chinois ne pourraient le comprendre sans interprète. D'après le missionnaire Daveluy, le langage en maints endroits nesecomposerait quedemotschinois, mais pourvus de désinences coréennes. En somme, tous les endroits, toutes les personnes, toutes les choses ont deux noms différents : l'un coréen, l'autre chinois coréanisé, et ces doublets interviennent diversement dans le parler des diverses classes. » Le vocabulaire est mixte, mais non la structure. L'agglutination met sa marque sur tous les éléments empruntés au monosyllabisme chinois.
IDIOMES AGGLUTINANTS DE l'aSIE SEPTENTRIONALE
A côté de la Chine immobile et de la Corée défiante, apparaît à nos yeux un peuple avide de civilisation. A peine des traités arrachés par l'intimidation ont-ils ouvert cinq ou six ports aux résidents européens, et ce monde qui, depuis le xvi° siècle, repoussait violemment l'étranger, ce Japon, ou plutôt Nippon, qui massacrait les missionnaires et forçait les Hollandais à cracher sur la croix, s'éprend tout à coup de nos idées, de notre droit, de nos sciences, et tente un brusque effort vers le progrès. Un gouvernement réformateur met fin à la féodalité des daimios, à l'usurpation militaire du Syogun ou Taïkoun, centralise l'administration, fait l'édigerun code par des avocats français, trace des chemins de fer, établit partout des écoles, détruit des temples bouddhiques sous prétexte de restaurer l'ancien culte des génies, publie des journaux, envoie à, Paris, à Londres, à Berlin des jeunes gens pour s'initier à nos langues, à nos mœurs et nos institutions. Enfin ne venons-nous pas d'apprendre que le Mikado, ce fils du Soleil levant, cet ancien chef divin d'une théocratie, a convoqué un parlement élu. On peut préjuger diversement l'avenir d'une rénovation si radicale, poussée avec une rapidité si insolite. En tout cas, elle impose l'attention, la sympathie. Comment ne pas accueillir ceux qui viennent à nous de si grand cœur? Quel est donc ce peuple qu'on croyait vieux et qui se révèle par une si vigoureuse explosion de jeunesse? Quelles sont ses origines, son histoire, ses religions, sa langue et sa littérature ?
La plupart de ces questions débordent notre cadre. Mais nous ne pouvons les laisser tout à fait sans réponse. Le Japon était habité . avant l'histoire. Des instruments de pierre et d'os ont été trouvés I sur divers points de l'archipel, dans de nombreux tumuli et débris ' de cuisine, mêlés à des ossements de singes, ours, sangliers, cerfs ■ et autres animaux dont quelques-uns n'appartiennent plus à la faune actuelle. Des os humains fracturés et fendus dans le sens ' de la longueur semblent même dénoncer une population anthropophage. On ne sait quelle était cette race, ni si elle est encore I représentée par des Négritos qui auraient transmis leurs cheveux I crépus à quelques groupes méridionaux de Kiu-siu, ou bien par I les Aïnos (Yebiss, ou Mao-tsin des Chinois), hommes velus aux yeux 1 droits, qui ont certainement occupé longtemps la grande île de Nippon ou Hondo. A une époque très reculée, une invasion .coréenne, abordant à Kiu-siu par les îles de Tsou-sima et Iki, I refoula vers le nord-est la masse des Aïnos. Ces Coréens, Kmaço tou lon-ço, paraissent avoir constitué la plèbe, les campagnards iau type mongoloïde : face large, en losange, front fuyant, yeux
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obliques el bridés, nez court, pommettes saillantes, teint jaunâtre. Enfin, vers le vii° siècle avant notre ère, les traditions placent l'arrivée d'un conquérant légendaire, Kaniou-Yamato-Varé-Bixo, et d'une nouvelle race, les Yamatos, qui va former l'élément aristocratique à face allongée en ovale, au front droit, au nez mince et souvent arqué, aux yeux, droits fendus en amande, au teint olivâtre, et qui rappelle en petit, en mignon, le type malayo-polynésien. Les Yamatos, abordant à Kiu-siu par le sud-est, recouvrent peu à peu les Kmaço, et les refoulent vers le N.-E. La fusion fut lente ; la lutte se prolongea jusqu'au milieu du siècle après J.-C. Quant aux Aïnos, chassés du Nippon au vii^, ils se maintiennent du ix^ au xvi° siècle dans l'île de Yéso. Puiails perdent leur indépendance et reculent vers l'extrême nord de Yéso, et dans le petit archipel des Kouriles. Ils sont réduits à un nombre qui ne dépasse pas vingt mille et s'éteignent doucement dans une déchéance inoffensive. Mais, par endroits, l'atavisme ramène quelques-uns de leurs traits dans leur ancienne patrie.
L'éducation du Japon fut tardive et toute chinoise. Dans le courant du vi° siècle seulement lui vinrent, par Tintermédiaire de la Corée, le culte et la doctrine de Confucius, Kosi, la religion de Çaka [Çakyamouni), le bouddhisme, et en même temps l'écriture chinoise. Tandis que le Mikado, l'empereur sacré, demeurait fidèle à ses ancêtres, les génies ou Kamis, et à la vieille religion nationale, le sintoïsme, son lieutenant, son maire du palais, le Syogun usurpateur de la puissance civile et militaire, embrassait le bouddhisme. Quant à Confucius, il devenait et il est resté le maître des lettrés. Ces trois religions se sont fait de mutuels emprunts et vivent en bonne intelligence, bien que le sintoïsme soit redevenu le culte officiel et national. La dévotion naïve et superstitieuse du peuple et des femmes s'accommode aisément des génies et des divinités plus ou moins bouddhiques. Confucius a conduit l'aristocratie à un parfait scepticisme. Mais je laisse de côté les mœurs et les arts du Japon que les récits des voyageurs, les romans de Pierre Loti et les caprices intelligents de la mode ont rendus familiers à tous.
« La littérature japonaise, dit M. Julien Vinson, est fort riche. Depuis huit cents ans, il s'est composé dans l'archipel du Nippon d'innombrables ouvrages de poésie, de philosophie mystique et même de sciences. Les plus anciens ouvrages connus sont le Kozxki, livre sacré, bible du sintoïsme, daté de l'an 712, puis le Yatnatohoumi, vieilles annales nationales. » Ce développement littéraire et intellectuel est sensiblement postérieur à l'intervention indirecte de
IDIOMES AGGLUTINANTS DK l/ASIlil SEPTENTRIONALE
la Chine dans l'histoire du Japon. C'est là un fait qui a notablement influé sur les destinées de la langue nationale, du yamato, langue apportée par les anciens conquérants venus du sud-est. L'intrusion du monosyllabisme, et surtout d'une écriture si mal conçue, a paralysé le japonais, elle l'a arrêté aux premiers stades de l'agglutination, entre la déclinaison et la conjugaison; elle a coupé court à ses tendances vers l'état flexionnel; elle l'a encombré, comme le coréen, de mots chinois, à ce point que le peuple parle une sorte de sinico-japonais, et que le pur yamato est resté l'apanage de l'aristocratie, des lettrés, et des courtisanes élé- , gantes.
Rien de plus doux et de plus simple que la prononciation. Cinq voyelles : a, ?, ou, é, o; quatre sémi-voyelles : y, v, f ou h; une 1 liquide : r; trois nasales : gn, n, tn; quatre sifflantes et chuintan- I tes : s, c/i, z, j ; quatre palatales : is, ich, dj, ch ; enfin les six explo- : sives et consonnes vraies : k, g, t, d, p, b, les dures, initiales, les 1 molles, médianes. L manque. La phonétique marque nettement ices tendances à la flexion que nous venons de signaler; les lettres •se modifient en se rencontrant : ts et A- donnent kk; ts et t se con- ! fondent en ss; ts et p, en pp; nv devient b, etc. La voyelle finale est [presque muette; m et k tombent par contraction entre u et i; uki ;se prononce ui. Ce sont des phénomènes tout à fait indo-européens. iKore « celui-ci » et kare « celui-là », kimi « seigneur » et kami . « génie » semblent bien des flexions d'un même radical.
La déclinaison s'opère à l'aide de particules suffixées — qui in'ont plus déjà qu'un sens de relation : tsu, no, de possessif; uè, hhè, ijè, è, vers; to, pour; te, ni, dans, en, par; yori, de ablatif; kka, ga, nga, na, de partitif. Yuki-ga furu, il tombe de la neige; <\ama-tsu kami, génie du ciel; Yédové, à Yédo; inisivé yori, depuis 1 l'antiquité. Yedoveno missi, route devers Yédo. Yamanové, du côté cde la montagne. Le nominatif et l'accusatif sont marqués par une ssorte d'article défini : wa, ivo.
Voilà pour les cas. Le genre est indéterminé. Le nombre s'incdique, à la façon chinoise, par l'adjonction d'un mot signifiant qquantité, variété ou foule, et aussi, le plus souvent, par un redoutblement vraiment enfantin, qui se retrouve en malai : kuniguni, 'des terres; tokoro-dokoro, des places; fito-bito, des personnes; liroirono-fana, espèce-espèce de fleurs, des fleurs.
Une lacune bizarre est celle des prônons personnels; à moins, ccependant, que mi-ga et mi-domo, moi, nous, formés de mi, <« corps », et d'un suffixe, puissent être considérés comme tels; <on peut dire encore qu'en exprimant le pronom de la troisième