‹ Les races et les languesChapitre 11 sur 100 · DISTIUBUTION OICOGIIAPIIIQUE DES LANGUES ET DES RACES · texte numérisé non relu

DISTIUBUTION OICOGIIAPIIIQUE DES LANGUES ET DES RACES

personne pur le simple démonstratif, le yamato n'a fait que se conformer à un usage universel. Mais on est tout d'abord frappé par la singularité des formules qui tiennent lieu de « je, tu, nous, vous ». Un Japonais ne dira pas : «je te vois, nous vous voyons » ; mais bien : « ceci », ou encore : « ceci-ceci voir illustre, honoré, grandeur, seigneur », ou bien : « serviteur, imbécile, vieil idiot, égoïsme, voir haute taille, personne élevée ». On croirait que l'extrême politesse inhérente au caractère japonais a empêché la formation des pronoms personnels, ou, s'ils existaient, les a fait tomber en désuétude.

Faute de pronoms personnels, la conjugaison n'a pu naître. Les verbes sont restés de simples substantifs qui se déclinent à l'aide des suffixes nominaux, ce qui les rapproche de nos infinitifs indoeuropéens. Yuku, « mouvement » : Yuku-wa, V aller, aller; ake, « ouverture, vue » : fana loo akeni, « fleur à ouvrir, à voir; ouvrir une fleur, voir une fleur ». Les temps, les modes, les voix trouvent moyen de s'exprimer par l'adjonction de divers suffixes, ta, mu, tara, et par l'emploi d'un auxiliaire, are, uru, existence, être. Le datif è forme la terminaison du passif. Des procédés analogues produisent des formes réfléchies, causatives et négatives, comme « s'ouvrir, faire ouvrir, ne pas ouvrir ».

A tout prendre, le japonais est une langue sonore et douce, très simple, très facile à apprendre, et très susceptible d'exprimer clairement un grand nombre d'idées. J'entends le japonais parlé. Mais sitôt qu'il est écrit, il devient un indéchiffrable grimoire. L'idéogramme chinois est venu se jeter en travers de toute clarté et de toute raison; tantôt il est considéré uniquement comme signe, et il répond à un polysyllabe japonais; tantôt il conserve sa prononciation chinoise et monosyllabique, et ne vaut plus qu'une syllabe. Dans le premier cas, il garde son sens et perd sa prononciation originelle, il a alors besoin d'une traduction qui en rende l'idée intelligible ; dans le second cas, il n'est plus qu'un très incommode caractère syllabique. Là, un seul signe monosyllabique représente un polysyllabe; ici, il faut plusieurs signes chinois pour écrire un mot japonais. De sorte que le même signe peut avoir plusieurs sons; et plusieurs signes au sens difi"érent peuvent avoir le même et unique son. Il paraît que cet usage bizarre des caractères chinois est surtout imposé quand il s'agit d'abstractions et de choses scientifiques, c'est-à-dire précisément où il n'a que faire. Une si longue persistance dans l'absurde fait voir à quel degré les fins et vifs enfants du Soleil levant avaient été frappés de la puissance et de la civilisation chinoises, pénétrés de respect

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: pour rinfatuation des mandarins. Ce n'était pas faute de posséder I plusieurs écritures syllabiques, imparfaites sans doute, mais mille ifois supérieures au système chinois. Les bouddhistes avaient imême apporté un alphabet, le Siiizi ou divin, sans doute d'origine i indienne. Il existe sept syllabaires, dont les plus usités sont le [latéral, JCata kana, et le cursif, Hira kana ou Fira kana. Le pre- ;raier se compose des signes explicatifs écrits en petit à côté des I idéogrammes ; le second n'a plus aucune relation avec les caract tères chinois. Ces syllabaires comportent quarante-huit caractères. Au lieu d'en reconnaître l'évidente supériorité, on enseignait, on (enseigne peut-être encore dans les écoles japonaises un minimum ide 3000 idéogrammes, fort insuffisants d'ailleurs; si l'écolier veut : acquérir une véritable instruction, ce n'est pas trois mille, c'est dix qu'il devra retenir; sinon la littérature de son propre pays demeurera pour lui lettre close. Les Japonais modernes sentent Ibien la nécessité d'une simplification; dès le premier Congrès des (Orientalistes, tenu à Paris en 1873, l'ambassadeur du Japon a I manifesté, dans un français très correct, le désir de voir doter sa I patrie d'un alphabet international. Et quelle langue se prêterait imieux à notre écriture, au besoin légèrement modifiée? Je crois cque ce vœu sera réalisé avant peu ; mais pour rejeter sans regret Itout le bagage chinois, il faudra que les Japonais aient transcrit id'abord en lettres modernes tous leurs vieux auteurs, leurs (textes les plus précieux, et qu'ils se résignent à perdre peu à peu ITintelligence de leur riche littérature. Quand ils auront pris ce iiparti, ils se seront imposé à eux-mêmes la bienfaisante nécessité ■id'une nouvelle renaissance.

La langue yamato, arrêtée au premier degré de l'agglutinattion, douée de tendances inflectives, n'est pas, plus que le coréen, rreliée, quant au vocabulaire, soit au chinois, soit aux idiomes aavoisinants de l'île Sakhalin (cédée aux Russes) et de la côte 'Id'Asie. Le monde est plein de ces idiomes solitaires qui sont nés 'Idans et pour une seule tribu, ou qui se sont transformés plusieurs Ifois peut-être après s'être séparés de dialectes congénères. Nous rrencontrerons en Afrique et en Amérique des groupes humains |:iui usent une langue en cinquante ans. Mais restons pour aujourll'hui dans le nord de l'Asie orientale.

Les langues dites hyperboréennes : l'aïno ou kourilien, le ghil'iak, le kamtchadale, le koriak, le youkaghir, le tchouktche ou L<otte ou yénisséin, semblent former une petite et pauvre famille agglutinante. Elles diffèrent toutes plus ou moins, ainsi que les oeuplades qui les parlent, peuplades de pêcheurs, de chasseurs.

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vivant les unes sous des Lentes, les autres dans des huttes grossières ou dans des trous, véritables terriers qu'elles creusent en un sol glacé; ces attardés rendent hommage à l'ours, à la baleine, croient aux chamans et aux sorciers; quelques-uns jettent leurs morts aux chiens. Les Ghiliaks, réduits au nombre de 0000, habitent le nord de Sakhalin et, sur le continent, les environs de Nikolaïevsk et du bas Amour ; ils seront bientôt englobés par les Tongouses et les Russes. Les Kamtchadales ou Itelman, sales et inoffensifs, occupent le sud de la presqu'île de Kamtchatka; peutêtre seront-ils rattachés par les Aléoutes auxEskimaux de l'Alaska. Le nord du Kamtchatka appartient auxKoriçiks et auxTchouktches. A côté de ces derniers, sur le fleuve Kolima, les Youkaghirs, grands et relativement beaux, très métissés, mais distincts des Samoyèdes, ont été refoulés jusqu'à la mer Glaciale par les Tongouses et les Yakoutes. Il est probable que tous ces groupes sont les derniers représentants de nations qui occupaient jadis une aire beaucoup plus étendue dans la Sibérie orientale, et qui n'ont pu résister à la poussée antique des Chinois, et à l'expansion en tout sens des Mongols et des Turcs. Ils seraient plus ou moins apparentés, tout au moins sous le rapport linguistique, avec le rameau samoyède qui borde le nord-ouest de la Sibérie et le nord-est de la Russie d'Europe.

Tous ces déshérités, qui ne sont pas plus malheureux que d'autres dans leur ignorance quasi animale et sous leurs rudes climats, sont encore bien loin d'être et de se croire les derniers des humains; ils se glorifient, pour la plupart, du nom d'hommes, de héros (c'est ordinairement le sens de leur nom); ils connaissent les distinctions sociales ; ils ont leurs nobles et leurs prêtres, leur point d'honneur et leur morale. Je n'ai pas voulu les oublier dans cette nomenclature : n'est-il pas utile de faire voir combien l'infinie variété des types et des idiomes humains s'accorde mal avec le dogme, longtemps officiel, du monogénisme, de l'unité originelle du genre humain et du langage?

Nous voici maintenant en présence d'une véritable famille linguistique, non pas certes étroitement liée, comme les groupes flexionnels, par une fihation et une fraternité constantes, mais chez laquelle, cependant, l'identité de certaines racines pronominales permet de supposer, sinon de reconstruire, une forme aucestrale unique, un vocabulaire commun. C'est la famille ouralo-altaïque, dont la vaste étendue a suggéré jadis à Max Millier son idée d'une famille touranienne, où il essayait de faire rentrer tous les idiomes qui ne sont ni sémitiques ni indo-européens. Mais l'hypo-

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thèse est tombée d'elle-même, devant rirréductibilité des groupe» africains, américains, malais, dravidiens, qui n'admettent d'autre ressemblance générale que le procédé agglutinant. Tout rapprochement entre ces familles, foncièrement différentes, ne peut quejeter dans la science du langage une confusion irrémédiable.

Exposons d'abord l'ordonnance de notre famille ouralo-altaique • le nom, vague et insuffisant, en indique seulement l'aire primitive; il nous apprend que toutes' les branches de cet arbreimmense se sont formées entre l'Altaï et la mer Glaciale, entre la mer d'Okotsk et les monts Ourals.

Un premier rameau est le samoyède, étudié par le Finnois- Castrèn. Il s'étend, en Europe, sur la partie orientale de la côte russe de l'océan Glacial, à l'est de la mer Blanche; en Asie, sur la partie occidentale de la côte sibérienne. Ses cinq dialectes principaux, le yourak, le tavghi, le samoyède yénisséin, le samoyède ostiaque et le kamassin, ne sont point parlés par plus de vingt mille individus. La catégorie du genre est inconnue au samoyède;: il ne distingue pas le nom du verbe : Lutsa, Russe ; Lutsa-me, je suis Russe. Comme toutes les langues agglutinantes, il exprime par des suffixes toutes les relations, numérales, casuelles, personnelles, temporelles ou modales; il emploie divers procédés de dérivation.

Un groupe, plus important par le nombre de ceux qui le parlent, c'est le tongouse, qui confine d'assez près au samoyède. Le petit peuple tongouse, vif, gai, hospitalier, qui vit du renne et avec le renne, face arrondie, œil bridé, front carré, occupe l'est moyen de la Sibérie depuis la rivière Tongouska jusqu'à la régio» du bas Amour. Les Mandchoux, au nombre de 70 000, au sud de ce grand fleuve Amour, ne sont que des Tongouses jadis nomades et guerriers, qui, par une étrange fortune, sont devenus au xvri" siècle les maîtres de la Chine. Aujourd'hui encore, leurs huit bannières forment le noyau de l'armée chinoise. La dynastierégnante est mandchoue, et le généralissisme mandchou commande encore, officiellement, à toutes les forces de l'immense empire qui ignore peut-être, en mainte région, le nom même et l'existence des Mandchoux. Ces conquérants de hasard occupent le nordest de la Chine; ils ont gardé leur religion chamaniste, et leur langue. Mais, comme il est arrivé pour le japonais, l'influence supérieure de la civilisation et du monosyllabisme chinois a entravé cette langue dans son évolution naturelle. Si bien que le tongouse indépendant, qui ne s'écrit pas, est plus riche en formes grammaticales que son frère domestiqué, civilisé, et promu au rang.

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d'idiome liLlérairc. Lo mandchou n'a point de conjugaison, tandis que le verbe longouse abonde en formes suffixées. Le longouse comme le samoycde, n'a point de genres, mais il exprime fort bien les relations casuelles; il forme des dérivés par des combinaisons de suffixes, et de véritables composés pourvus d'une désinence commune. La prononciation du tongouse est douce et Iluide I es dialectes principaux sont le tongouse, le mandchou, le lamoute 1 anadyr, le kondogyr et le vilui.

Un troisième groupe a pour centre le lac Baïkal, et pour type le bouriate, parlé par 20 000 individus. M. Lucien Adam, qui avec M. Victor Henry, doit être le guide de toute personne 'tentée de connaître à fond la famille ouraIo-altaïque,-place très haut cette langue sans littérature et sans avenir. Selon lui, le développement grammatical du bouriate est d'autant plus important que l'on v peut reconnaître les formes intermédiaires par lesquelles ont passé les pronoms pour devenir des suffixes. A côté du bouriate se sont développés : au sud-est, le mongol oriental parlé dans là Mongolie proprement dite, dans la partie centrale du nord de la Chine, à l'ouest du territoire mandchou; et, à l'ouest, le mongol occidental ou kalmouk, qui a pénétré en Russie jusqu'à l'embouchure du Volga, sur la rive gauche de la mer Caspienne La brillante et terrible histoire du peuple mongol, aujourd'hui si épuisé, donne à ce rameau baïkalien une prééminence qui n'est pas justifiée par l'organisme de la langue. Le mongol a, comme le mandchou, une écriture qui lui est propre et une littérature. Quel contraste entre l'obscurité présente et le fracas des multitudes conduites par Gengis-Khan et Timour àla conquête du monde!

De Karakorum, au pied de l'Altaï, s'ébranle, en 1227, un chaos de hordes disciplinées par Gengis (Tchingis l'Inébranlable). Le torrent s'étend à l'est sur la Chine entière et y dépose la dynastie des Yuan, que Marco Polo a vue dans toute sa puissance; à l'ouest, il renverse les califes de Bagdad et les sultans d'Iconium, gagne Moscou, dévaste la plus grande partie de la Russie, qui reste deux siècles sous la domination de la Horde dorée, envahit la Pologne, la Moravie, la Silésie, la Hongrie (1240-41), et ne s'arrête que devant les armées coalisées de l'Allemagne et des Slaves. Au xiv« siècle (1369), les Mongols, ralliés par Timour, reconquièrent l'Asie. Enfin, de la Bactriane (ou Djagataï), où s'était maintenue une dynastie mongole, Baber descend pour conquérir l'Inde et y fonder l'empire mogol. Et maintenant ces Mongols ont achevé leur destinée; ils végètent, soumis aux nations dont ils furent les maîtres, aux souverains mandchoux de la Chine, aux czars de la

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Russie et aux sultans de la Turquie. Ils avaient jadis l'esprit libre; superstitieux sans doute, ils ne s'étaient point courbés sous le joug d'une religion. Hélas! ils sont depuis longtemps musulmans et bouddhistes. Leur rôle est fini.

Passons au quatrième rameau, qui n'a pas été moins nuisible ;iu monde que le précédent. La région qu'il couvre encore de son ombre est une des plus vastes du monde; elle s'étend de la Léna et de la mer Glaciale jusqu'à la Méditerranée. Il s'agit de cette famille turque, les Hiung-nu et Tukiu des écrivains chinois, les Touraniens si redoutés des anciens Perses, et dont la turbulence s'était déjà manifestée deux siècles avant notre ère. Cette fureur guerrière, par les chocs perpétuels qu'elle a imprimés aux Mongols, pâtres nomades, contribua certainement à précipiter sur l'Occident toutes les invasions qui ont détruit la civilisation antique et finalement constitué l'Europe moderne. L'histoire, même résumée, des innombrables tribus tatares, turkmènes, seldjoucides, ottomanes, nous détournerait trop de notre objet présent. Le rameau turc se subdivise en cinq branches principales auxquelles se rattachent une foule de dialectes. La plus septentrionale, égarée au milieu des Tongouses et confinant au bouriate, est représentée par le yakout, que recommande une pureté due à son long isolement. Il n'y a guère plus de 20 000 individus parlant yakout. Plus à l'ouest, les Kirghises Kasacks atteignent le lac d'Aral et la Caspienne, laissant au sud et sur leur gauche, dans le Turkestan chinois, vers Kashgar, les Kirghises noirs ou Bouroutes. On rattache à leurs dialectes le tcliouvache, parlé en Russie au sud-ouest de Khazan et aux environs de Simbirsk. Ces Kirghises habitaient primitivement entre le Yénisséi et l'Obi; ils avaient pour proches voisins et parents les Nogaïs, dont les restes (50 000 personnes) sont aujourd'hui cantonnés à Astrakan, dans quelques districts entre la Caspienne et la mer Noire, près d'Azov, en Crimée et vers le Caucase. Le nogaïque, avec son dialecte caucasien le koumouk, est donc la langue des Tatars de Russie. Bien plus connu et cultivé est l'ouïgour, soit proprement dit, soit djgataïque, soit turcoman. La littérature ouïgour remonte au moins au v" siècle de notre ère ; elle a été récemment fort étudiée par Pavet de Courteille et M. Barbier de Meynard. La Bibliothèque nationale en possède, entre autres, un manuscrit à enluminures de la plus haute valeur, qui devait être facsimilé et traduit pour l'Exposition de 89. Enfin le plus célèbre et, à beaucoup d'égards, le plus parfait des idiomes turcs, l'osmanli ou ottoman, venu du Khorassan et de rAderbaïdjan, s'avançant avec les bandes seldjoucides jusqu'en

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Asie Mineure, porté par les héritiers d'Othman à Constantinople, au Caire, ù Tripoli et jusqu'à Tunis, est la langue d'environ trente millions d'hommes, plus ou moins agglomérés çà et là dans l'ancienne Bactriane, dans la Médie, l'Asie Mineure, la Thrace et quelques îles grecques. L'osmanli, qui sur sa roule a ramassé de très nombreux vocables persans et arabes, fait quelques efforts pour retourner à sa pureté native, heureusement conservée chez les Turcs orientaux et, même en Europe, dans le parler populaire. C'est, comme nous l'avons dit déjà, une langue très séduisante par l'harmonie de ses voyelles, par la richesse de ses catégories verbales et la régularité de sa grammaire.

Si développée que soit la branche turque,-elle égale à peine en abondance et en intérêt la famille finnoise, ou finno-ougrienne, qui se glorifie de deux littératures précieuses à plus d'un titre, la littérature suomi, et la littérature magyar. Le suomi est la langue de la Finlande et du Kalévala ; le magyar est l'idiome de la Hongrie. Celui-ci est le frère plus heureux des dialectes ougriens : l'ostiaque (20000) et le vogoul (7000) de Sibérie ; celui-là, primus inter pares, le porte-drapeau du monde finnois, qu'on suit à la trace depuis l'Obi et l'Oural : Votiaques (200 000), Zyriènes (80 000), Permiens (60 000); Finno-Lapons; Finnois du Volga, Mordvines (700 000), Tchérémisses (200 000), confondus avec les Tchouvacheset les Nogaïs; Karéliens, épars de la mer Blanche au lac Ladoga; Suomis fau nombre de 2 000 000) dans la plus grande partie de la Finlande; Tchoudes, Vepses et Votes autour du lac Onega; Krévines en Courlande; Estes sur la côte méridionale du golfe de Finlande (Rêvai, Dorpat); Lives, enfin, réduits à quelques lieues carrées par le lette, l'allemand et le russe. Les langues finnoises sont parlées par environ 3 300 000 hommes; les dialectes ougriens par 6 000 000 peut-être; mais ils ont évidemment couvert une immense étendue de pays.

L'union primitive du groupe ougro-finnois ne laisse aucun doute; ici, comme dans chacune des quatre autres divisions de l'ai laïque, on se trouve en présence de mots qui attestent, pour ainsi dire, une forme originelle commune : poisson est kala en suomi, guolle en lapon, kal en mordvin, kul en vogoul, hal en magyar. Main se dit kat en vogoul, kâle, ket ou ked en suomi, en lapon, en tchérémisse, en ostiaque, kàn, câiz, kez en vepse, en este, en live, et en magyar. Les nuances phonétiques qui distinguent ces formes indiquent peut-être comment les langues flexionnelles ont procédé; nées de la rencontre de plusieurs dialectes, elles en auraient utilisé les variantes.

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Une autre preuve de l'unité secondaire finnoise, c'est la réunion dans un même poème factice (comme fut sans doute l'Iliade ellemême) d'épisodes recueillis par Lonnrot, non seulement dans la Finlande, mais partout dans le nord et l'est de la Russie. Cette mosaïque constitue vraiment l'épopée d'une race; elle raconte les exploits accomplis par les héros de Kaléva contre les magiciens et les monstres de Pohja, c'est-à-dire, sans doute, la lutte d'envahisseurs orientaux soit contre les inolTensifs Lapons, qui les avaient précédés, soit contre des autochtones sauvages, contre ces Fenni sans lois, sans chefs, même sans dieux, dont Tacite avait entendu vaguement parler, et dont les Suomis vainqueurs ont pris le territoire et le nom.

La littérature magyare est plus riche sans doute, plus européenne et matériellement plus ancienne (xii" s.), mais moins originale que le cycle légendaire du Canteletar et du Kalévala suomi. Les deux langues offrent des mérites égaux; le suomi aime à multiplier les voyelles; le magyar est plus contracté. Tous deux sont remarquables par la richesse de leur conjugaison; ils dépassent même le turc sous ce rapport. Toutes les langues finnoises savent incorporer dans le verbe le pronom régime direct de la troisième personne : « Je le vois, je /'embrasse » se dit en un seul mot. Le magyar et le vogoul incorporent le pronom de la seconde personne : « Je t'aime, il t'aime ». Le mordvin fait le même usage du pronom de la première personne : « Je t'embrasse; il ne t'embrasse pas; tu m'embrasses ». Le basque ira plus loin : son verbe englobe même le pronom régime indirect : « Je te le donne ». Ces menus expédients sont peu enviables et peuvent entraîner des pléonasmes gênants; mais ils marquent une certaine ingéniosité chez les peuples qui se sont contentés de l'agglutination.

La parenté qui relie les dialectes de chacun des cinq groupes altaïques doit-elle être étendue à la famille entière? Non, dans l'état présent de la science. Et cependant, il est vraisemblable que des peuples aussi voisins, aussi mêlés que les Tongouses. les Bouriates, les Yakoutes, les Sarnoyèdes et les Vogouls ont parlé des dialectes congénères. Mais les coïncidences, qu'il est prématuré de chercher dans leurs vocabulaires, apparaissent nombreuses et indubitables dans leur syntaxe et leurs procédés de suffixation. Il est surtout fort curieux de constater chez presque tous les membres de la famille (Sarnoyèdes exceptés) une même tendance, qui s'est accentuée et développée d'âge en âge, à mesure que l'intelligence demandait plus d'ordre et de précision. Comment ne pas supposer, lorsqu'un même phénomène — Vharmonie vocalique —

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se produit à la Ibis, séparément, dans trente langues parties des mêmes régions, mais entraînées en des directions divergentes, comment ne pas supposer, dis-je, que ces langues ont reçu d'une origine commune celte disposition cachée qui ne se fait voir qu'à un certain degré de croissance, comme certaines ressemblances ataviques d'abord inaperçues chez les enfants d'une même famille et qui s'accusent dans le courant de la vie.

L'harmonie vocalique est un moyen de marquer la subordination du suffixe à la racine. Elle consiste en ceci : que la voyelle du suffixe doit refléter la voyelle radicale; qu'à une racine sev, aime, (en turc) répond un suffixe infinitif mek, à une racine ki, regarde, un suffixe mak. At cheval a pour pluriel ai-/or; ev, maison, donnera au pluriel ev-ler.

Les voyelles ouralo-altaïques étant divisées en deux classes, les graves et les aiguës, il s'ensuit qu'à une voyelle radicale grave ou aiguë répond dans le suffixe une voyelle grave ou aiguë. Certaines langues admettent pour les suffixes un troisième ordre de voyelles, neutres, qui peuvent également s'harmoniser avec la voyelle grave du radical. Il y a de notables différences dans l'application de cette loi, d'autant plus stricte que les langues sont plus cultivées ou plus avancées; mais, en somme, la loi règne depuis sept ou huit siècles sur le mandchou, le bouriate, le mongol, le turc, le zyriène, le mordvin, le magyar et le suomi.

Après avoir défini le point, fort ténu, mais capital qui distingue l'agglutination du monosyllabisme, à savoir l'altération des suffixes, des racines vides, annexés à la syfiabe radicale inaltérable, nous avons envisagé trois sortes d'idiomes agglutinants : 1° les langues isolées, dont le vocabulaire est sans relations connues avec toute autre langue, le coréen, le japonais ou yamato, celuici arrêté dans son développement par l'éducation et l'écriture chinoise; 2'' des dialectes pauvres et relégués à l'extrémité nord de l'Asie orientale, le kourélien ou aïno, le ghiliak, le kamtchadale, le koriaque, le youkaghir; enfin 3» une vaste famille reliée au moins par une étroite parenté grammaticale, la famille ouraloaltaïque, dont les cinq branches, samoyède, tongouse-mandchou, bouriate-mongole, turque, ougro-finnoise, se subdivisent ellesmêmes en variétés nombreuses, toutes respectivement ramenables à un type commun, vivant ou éteint. Quelques-unes de ces langues, mandchou, mongol, ouigour, turc, magyar et suomi, ont servi d'expression à des littératures plus ou moins riches, souvent Intéressantes et dignes du rôle joué dans l'histoire par les peuples qui les parlent.

GHAPTTRE III

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