‹ Les races et les languesChapitre 16 sur 100 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le passe de 1 Afrique. - Distribution des races. - Carte linRuistioue de 1 Afrique. - Caractères généraux des langues africaines. - M ornes de' Boehimans et Hottentols; les claquements ou Idiks. Fami le cafre ou bantou; préfîxation des syllabes casuelles et verbales; parSarités nho nét^ques des dialectes; rckuklonipa, passage du sens prop^re T ens n-^^uïe - Groupe du Bornou : le haoussa. - Groupe guinéo-sénégambien man-' dingue, éiwe, wolof - Le peul ou poul. - Groupe du haut NU : dinïa nouba ou kensi. - Groupe gallaïque. - Langues berbères. - Le copte et l'égyptien pharaonique. P ^

Nous éprouvions tout à l'heure quelque plaisir à rattacher à une même famille les idiomes malais et polynésiens, et surtout à montrer par des exemples de récits et de poésies le parti qu'avaient su tirer de ces langues simples et douces des races diverses, inégales, mais souvent bien douées. Notre course à travers l'Afrique ne nous offrira pas, je le crains, le même genre d'intérêt; car, si l'on excepte toutefois la région méditerranéenne, égypto-berbére, l'homme africain ne s'est élevé nulle part au niveau intellectuel du' Malais ou du Polynésien, et, dans ce triangle massif qui couvre trente millions de kilomètres carrés, de nombreux groupes de langues incultes forment, au premier abord, un chaos singulièrement enchevêtré. Il faudrait, pour débrouiller ce chaos ethnique et linguistique, y faire pénétrer les lumières de l'histoire. Mais l'histoire s'arrête au Sahara. Les deux tiers de l'immense continent s'enfoncent dans une ombre que n'ont pu dissiper certains renseignements vagues recueillis par de rares navigateurs carthaginois, rapportés par Hérodote et Diodore, ni les récits, un peu fantastiques, des commerçants arabes sur le pays des Zendj, sans doute Zanzibar et la côte de Zanguebar et des Somalis. Longtemps les voyageurs les plus hardis et les plus heureux n'ont guère dépassé les régions côtières. Enfin les grandes découvertes qui ont signalé les trente dernières années n'ont révélé aucun monu-

ment, aucun, document, ayant un caractère historique. Ainsi, non seulement le passé de l'Afrique (au moins aussi ancien que celui du reste du monde) échappe aux civilisés de l'Occident; mais il échappe aussi aux millions de gorilles dégrossis qui pullulent et végètent sur un sol pourtant plein de richesses et de ressources. Ces tribus, même les plus avancées, ont été frappées d'un arrêt de développement si ancien, qu'elles ne sont pas encore arrivées à cette période où les peuples, soit par l'écriture, soit par quelques signes matériels, fixent le souvenir de leurs vicissitudes, et puisent dans la conscience de leur infériorité antérieure le désir et la capacité du progrès.

Le nègre africain est certainement perfectible, mais non par luimême et dans son pays. Sa mémoire est courte, sa prévoyance presque nulle. La jouissance présente lui suffit, et la misère ou la mort ne lui causent aucun étonnement. Sa morale est dictée uniquement par son intérêt immédiat, surtout par la peur du maître. C'est l'animal dans toute la spontanéité de l'instinct. Beaucoup sont de nature douce et indolente, mais sournoise et trop souvent féroce par accès. Beaucoup aussi rient volontiers, mais ils mordent de même pour peu que la faim les talonne. On ne peut faire aucun fonds sur leurs promesses et leurs serments les plus solennels. Sans doute, il y a parmi eux d'assez vaillants soldats, d'adroits chasseurs, çà et là des cultivateurs intermittents — qui laissent d'ailleurs aux femmes tout le travail, — des forgerons routiniers, enfin, surtout dans le bassin du Niger, des artisans, potiers, tisseurs, corroyeurs, autant qu'il en faut pour satisfaire les besoins limités de populations demi-nues ; mais, partout en général, de la Guinée aux grands lacs d'où sort le Nil, et du Bornou au fleuve Orange, l'intellect émoussé gît dans la même stagnation immémoriale. C'est pauvre chose que les plus ingénieux contes zoulous, et que la mythologie des Dahoméens; et l'on serait tenté de préférer à ces inepties laborieuses la naïveté famélique du Hottentot qui regarde le soleil comme un morceau de lard trop haut pendu.

Quand on a surmonté l'impression fâcheuse qui se dégage de tant de fronts étroits sur des faces camuses et lippues, de tant de corps enfumés et salis de toute sorte de graisses et d'enduits mal odorants, on aperçoit très vite des différences notables dans la conformation, la stature, la couleur, la physionomie de ces peuplades qui vivent côte à côte, en un pêle-mêle singulier, et le plus souvent sans autre frontière'que la palissade ou le terrassement élevé autour de leur village. On comprend qu'il y a des intrus.

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conquérants soit absolus, soit suzerains, des sujets dont la condition flotte entre la servitude et le vasselage ; on cherche à suivre à remonter le chemin des envahisseurs; et la distribution géographique des vainqueurs et des vaincus, surtout le degré de métissagcqui mesure la durée des rapports forcés entre les autochtones et les derniers venus, finissent par suppléer les données historiques absentes.

On entrevoit ainsi, dans un âge très reculé, le nord de l'Afrique — peut-être relié à l'Espagne et aux Canaries - bordé d'une race blanche, les Libyens ou Berbers, qui se rencontre, dans le delta du Nil, avec des tribus, également blanches sans doute, et venues d'Asie, Khamites et Sémites, puis, en remontant le grand fleuve, avec des peui^les noirs à cheveux lisses. Noubas et Barabras' Tandis que le mélange de ces trois éléments forme la nation égyptienne — dont la couleur va du brun rougeâtre au blanc jaune, — les Libyens occidentaux, contournant et traversant le Sahara, se trouvent en présence des vrais nègres à cheveux laineux et crépus, les Yolofs et autres, qui occupent les bassins du Sénégal, du Niger, de l'Ogooué, et dont les masses épaisses résistent plus ou moins au croisement.

A l'extrême orient, une autre coulée blanche, venue de la pointe de l'Arabie, prend en flanc les Noubas déjà refoulés par les progrès du peuple égyptien, et dépose sur la côte et sur le plateau abyssin les Gallas, les Somalis, les Éthiopiens diversement teintés par le métissage. Cette invasion centre-orientale a deux conséquences importantes : elle pousse vers l'ouest, de proche en proche, au sud du Sahara vers le bassin du lac Tchad, et vers la Guinée, une partie de la population nouba, déjàrougie par le sang libyen et asiatique, déjà quelque peu éveillée au contact de races supérieures; ces Noubas seront les Peuls ou Pouls — étudiés par Faidherbe — qui, répandus dans la Sénégambie et la Guinée, mêlés eux-mêmes aux Libyens méridionaux, aux Berbers sahariens, constituent la classe ou caste dominante de la Nigritie occidentale.

D'autre part, la pression des Arabo-Nubiens, des Gallas, des Somalis, détermine un fort mouvement vers le sud. Une grande race noire, la plus belle de toutes, aux cheveux crépus mais aux traits caucasiques, lesBantous ou Abantous — hommes — nommés depuis par les musulmans Cafir, Cafres, c'est-à-dire infidèles, descend le long des côtes de Zanguebar, de Mozambique, peuple l'ouest de Madagascar et couvre les rives de l'océan Indien, du Zambèze à la rivière du Grand Poisson, par 34° de latitude aus-

LES UACES ET LES LANGUES AFIUCAINES

traie; d'importantes fractions du peuple bantou remontent le grand fleuve Zambèze et gagnent même l'océan Atlantique : ce sont les Betchuanas au centre, les Damaras à l'ouest. Ces Cafres, destinés à subir tôt ou tard le joug de l'Angleterre ou des républiques libres des Boers hollandais (Orange et Transvaal), ont pris la place d'anciens occupants, les Hottentots ou Kho'in et les Bochimans ou Bushmen, ceux-là, sans doute métissés, formant le gros de la population dans l'ouest de la Colonie du Cap, ceux-ci réfugiés dans le désert de Kalahari, limités au nord et à l'est par les Betchuanas, à l'ouest par les Damaras et les Hottentots Namaquois, au sud par les Hottentots Griquas et la Colonie du Cap.

Ni les Hottentots ni les Bochmanis ne sont des nègres. On a pensé que les premiers étaient des métis de Bochimans et de Cafres, puis on a tenté de les rattacher aux races mixtes du nord africain; mais les différences du langage et des traits rendent ces deux opinions douteuses; on a seulement constaté que les noms de lieux dans le pays cafre sont encore hottentots. H est probable qu'avant d'être chassés par les Cafres, les Hottentots avaient eux-mêmes dépossédé les Bochimans, qu'ils désignent par le nom de Sâb et Sân, indigènes. Ces derniers intéressent par leur infiraité; ils comptent parmi les plus frustes spécimens du genre homo. Fritsch affirme qu'en les nommant « hommes des buissons », on a voulu les désigner comme des êtres intermédiaires entre l'homme et le singe. Sans abri, sans hutte — même rudimentaire, — sans chefs, sans lois, sans culte, ni cultivateurs, ni pasteurs, errants par petites hordes ou par familles isolées, ils vivent uniquement et fort mal de chasse et de pillage, de racines, de fruits, de miel, d'œufs d'autruche, de larves de fourmis, de sauterelles, de reptiles, de gommes, ramassés par les femmes. Toujours affamés, ils mangent tout ce qu'ils trouvent, et de maigres deviennent obèses en un moment, pour se dégonfler quelques heures après. Ces alternances de réplétion et d'inanition sillonnent leur peau de rides profondes où s'amasse la graisse dont ils s'enduisent, dont ils se cuirassent contre les moustiques. Ils tissent quelques nattes et fabriquent leurs armes, sans les forger toutefois; ils travaillent le fer à froid, avec des cailloux. Leur seul animal domestique est le chien. Le Bochiman est petit (1 m. 40), ballonné du ventre, jaune brun sale de peau. Son front est droit, mais son crâne indigent; ses cheveux rares sont roulés en petites boules ou grains de poivfe; son nez est plat, sa bouche saillante; son menton fuit sous ses grosses lèvres qui ne peuvent

Lefèvre, 8

il4 DISTIUnUTION GK0GUA1>HIQUK DKS LANGUliS ET l)i:S «ACES

se rejoindre. La femme est épouvantable; c'est la fameuse Vénus hottcntoLc, qu'on voit au Muséum, fidèle moulage, comme on sait, d'une femme bochimane morte dans l'un de nos hôpitaux. Cette race pure (hélas!) et malheureuse a cependant des qualités. La mère aime ses enfants. L'homme est vif, gai, opiniâtre. Traqué par la faim, tué sans merci par les voisins plus forts dont il ne cesse d'envahir le territoire, on l'accuse d'être farouche et vindicatif. Qui ne le serait?

Nous avons fait le tour de l'Afrique. Reste le centre, le grand plateau borné à l'orient par une série de grands lacs, Nyassa, Benguéolo, Tanganyika, Victoria et Albert Nyanza, coupé sur l'équateur même par la vaste courbe du Congo, arrosé au nord par les affluents marécageux du Nil. C'est l'immense région traversée ou partiellement visitée par les Speke, les Livingslone, les Baker, les Stanley, les Gameron, les Brazza. Les récits de ces grands explorateurs nous sont familiers. Il y a là des fourmilières d'hommes de toutes les tailles, de toutes les nuances comprises entre le noir d'ébène et le chocolat clair, des nains comme les Akkas, déjà figurés sur les monuments égyptiens, et qui paraissent seulement un peu moins sauvages que les Bochimans, des anthropophages comme les Niam-Niam de Schweinfurth, qu'un détail de costume a fait prendre pour des hommes à queue, des tribus vaillantes telles que les Monbouttous, enfin des ébauches de monarchies absolues, dans l'Ouganda notamment. Mais nulle part il n'y a trace de ce que nous appelons civilisation, culture esthétique et intellectuelle. L'avenir de toute cette humanité inférieure, vivace pourtant et peut-être éducable si l'islam et le christianisme ne s'en disputaient l'âme inconsciente, si l'ivrognerie, le vol et le meurtre n'y étaient encouragés par les traitants arabes, avides d'ivoire et d'esclaves, cet avenir est un des grands problèmes posés devant les peuples du nord. L'Europe aura-t-elle jamais assez d'hommes pour encadrer et dégrossir ces multitudes sans initiative; et n'aurait-il pas été beaucoup plus sage de les laisser à elles-mêmes? Voilà des problèmes dont personne parmi nous ne verra la solution,

La distribution des quatre ou cinq cents dialectes, souvent très divers, parlés en Afrique correspond à peu près au tableau si imparfait que nous venons d'esquisser. On peut les classer en six ou sept groupes assez nettement déterminés par Barth, Appleyard, Bleek, Fr. Mûller, Hovelacque. Au nord régnent les langues sémitiques et khamitiques; aux premières se rattachent l'ancien ghez et l'amharique ou abyssinien moderne; aux secondes, les idiomes

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berbers, l'égyptien pharaonique et le copte, enfin le rameau éthiopien — somali, galla, bedja, saho, dankali, agaou. Immédiatement à l'ouest, les langues nubiennes sont parlées sur le cours du haut Nil et dans une partie du Kordofan, par exemple le nubien ou kensi, le dongolavi, le toumalé, le koldadji. Du lac Tchad au bassin moyen du Sénégal, sur une longueur de sept cent cinquante lieues, s'étend le peul ou poul, entièrement distinct des familles qu'il traverse ou côtoie. Entre l'équateur et le Sahara, les lacs du haut Nil et l'Atlantique, régnent les langues nègres, ou nigritiques, proprement dites : 1° groupe dinka (bari, bongo, chillouk, nouer, etc.), le plus pauvre de tous, à peine sorti de la période monosyllabique; 2° le bornou du lac Tchad; 3° le haoussa du Soudan, langue assez cultivée, riche en dialectes ; 4*' le sonraï vers le grand coude du Niger ; 5° le wolof sur le Sénégal, le mandingue ou malinké sur la Gambie, le feloup en Guinée; 6° le long du golfe de Bénin et de l'océan, le krou, l'egbé, l'ibo.

La famille la plus considérable et la mieux déterminée est la famille cafre ou bantou, qui s'étend sur toute l'Afrique orientale, à partir de Zanzibar, pénètre jusqu'à l'Atlantique, entre le Zambèze et le Congo, et, franchissant même l'équateur, vient confiner, dans le Gabon, aux langues guinéennes; sa branche orientale comprend les dialectes de Zanguébar et de Mozambique, du Zambéze et de la Cafrerie, le souhaïli, le zoulou et le cafîr; une seconde branche centrale est représentée par le tékéza et le setchuana. Au troisième rameau appartiennent, du nord au sud, la langue de Fernando-Po, le mpongué (gabonais), le dikélé, l'isoubou, le Congo, l'angolien et le héréro ou damara.

Au sud du héréro, le nama, le kora, le griqua forment le groupe hottentot, voisin lui-même des dialectes bochimans.

Avant de caractéi-iser quelques-unes de ces langues, dont j'ai voulu au moins citer les noms principaux, essayons de trouver entre elles quelques relations, quelques traits communs. En voici un, fort général, d'ailleurs, dans la classe agglutinante : c'est la répugnance pour l'accumulation des consonnes; l'Africain aime les syllabes terminées par des voyelles; et, dans les groupes septentrionaux ou de l'extrême sud, qui souffrent des consonnes finales, on remonte aisément à une période antérieure, où la voyelle n'était pas tombée encore. C'est ainsi que, par licence poétique ou prononciation rapide, la plupart des mots italiens peuvent perdre la voyelle qui les termine. A ce point de vue euphonique et rythmique, on appelle les langues africaines allU-

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lérales. On se tromperait d'ailleurs si l'on considérait cette multiplicité des voyelles comme une garantie constante de douceur et d'harmonie. La plupart des dialectes de l'AlVique admettent des gutturales et des aspirées très dures, et surtout un grand nombre de consonnes confuses, nasales, que nos alphabets sont forcés de traduire par deux lettres : ng, nk, nd, ni, mi, mb, mp, et qui, très ordinairement, figurent au commencement des mots.

En tant qu'agglutinantes et allittérales, lès langues africaines se rapprochent des groupes dravidien, malais, finnois et turc. C'est là une ressemblance toute morale, la marque d'un même niveau intellectuel, manifesté — au moment où les langues se sont fixées — par des procédés identiques,

L'Afrique a été un centre de production; ses types humains et ses langues, si différents entre eux, sont foncièrement autochtones. Les Méditerranéens du nord et les Sémites qui l'ont entamée à l'orient ont exercé sur les masses noires ou jaunâtres une certaine influence, mais beaucoup moins intellectuelle que physique.

Nous venons de rencontrer une sorte d'affinité générale et vague entre les vocabulaires, la crainte des rencontres de consonnes; on peut en signaler une autre, mais d'ordre grammatical. C'est une conception, assez bizarre, du genre et du nombre. Les langues africaines rangent volontiers les objets dans deux catégories, l'animé et l'inanimé. Dans l'animé, elles établissent deux divisions, qui se rapportent, non à la différence des sexes, mais à la quahté d'homme ou être intelligent et à celle de brute ou animal; elles possèdent donc un neutre, et deux degrés correspondant à une classification rudimentaire du monde vivant, mais elles n'ont ni masculin ni féminin proprement dits. Pour ce qui est du nombre, quelques-unes ont deux pluriels, s'appliquant, l'un aux choses de même nature, l'autre à toute collectivité d'objets quelconques.

Des affinités, passons aux différences. Une seule est assez accentuée pour qu'il faille s'y arrêter avant tout, parce qu'elle divise en deux groupes irréductibles le système guinéen et le S}^stème cafre. Celui-ci place avant la racine ou le radical significatif les syllabes destinées à en nuancer ou modifier le sens; l'autre agglutine par suffixes, ou mieux postpose au radical les particules qui correspondent aux désinences substantives et verbales. La préfixation, qui n'est certes pas rare dans les langues d'Asie ou d'Europe, mais qui est, ici, exclusive de tout autre procédé formatif, constitue l'originalité du groupe bantou.

Le bochiman et le hottentot — dont la parenté, non démontrée,

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est cependant probable — se distinguent par une particularité de prononciation vraiment singulière, des claquements de la langue contre le palais, les joues, les dents, nommés kliks^ variés et difficiles à reproduire; il y en a- jusqu'à six ou sept en bochiman ; le holtentot n'en a plus que quatre, dont on retrouve quelques vestiges dans certains dialectes cafres. Livingstone dit avoir reconnu des patois bocbimaus dans la région des lacs, bien au nord de leur patrie actuelle. De même certains auteurs pensent qu'il existe des analogies entre le hottentot et les dialectes du haut Nil. C'est de telles remarques — assez incertaines — que s'est formée l'opinion probable sur la lente retraite des négrilles jaunes, des Bochimans, devant l'invasion bantou. L'antiquité prodigieuse de ces peuplades n'est-elle pas d'ailleurs attestée par ces claquements où l'on croit entendre certains sons produits par des singes irrités ou excités?

La langue des Bochimans proprement dits n'est guère connue; celles des Hottentots, Bochimans métissés et quelque peu apprivoisés, ont été fort bien étudiées. La phonétique en est riche et variée. Bien qu'assez complexe en apparence, la formation des mots ne dépasse en rien le procédé agglutinant. La racine est toujours en tête, suivie des éléments dérivatifs. Ainsi, étant donné que le suffixe diffère selon que le mot est sujet, régime ou vocatif, et que chaque suffixe prend lui-même trois formes correspondant au singulier, au duel ou au pluriel, il s'ensuit qu'un seul et même mot peut revêtir neuf formes différentes ; mais la racine reste et donne le sens ; le rôle et la fonction des divers appendices sont bien vite reconnus; et, comparé aux plus pauvres déchnaisons indo-européennes, l'artifice hottentot devient simple et presque enfantin. Gomme le chinois ou l'annamite, le holtentot renferme de nombreux homophones, c'est-à-dire des mots ayant le même son et répondant à plusieurs sens; il les distingue par l'intonation, il les chante sur un ton différent. C'est ainsi que le mot kaib, selon l'intonation, signifie obscurité, lieu ou linge. L'accent aide encore à la facile intelligence de la langue; il est toujours placé sur la première syllabe — qui est la racine significative. Dans les mots composés, c'est-à-dire quand deux ou plusieurs racines juxtaposées précèdent le suffixe, l'accent reste sur le mot principal, sur la première syllabe. Le hottentot est, comme le bochiman, en voie de disparition ; son dialecte principal, le nama, n'est pas parlé par plus de vingt mille individus.

Nous avons énuméré plus haut 'les principales divisions de la famille cafre. Ses dialectes remontent bien, et par le vocabulaire

118 DISTRIBUTION GIÎOGRAPIIIQUE DUS LANGUES liT DliS RACES

eL par la grammaire, à une origine commune, à une langue mère dont ils ne sont que des variétés. Ce n'est pas seulement la préfixation qui en constitue l'originalité, c'est encore le caractère presque flexionnel du vocalisme. Ce groupe est, en ce point, fort en avance sur la masse des langues agglutinantes. Donnons quelques exemples de ces deux phénomènes : en cafir les préfixes du singulier sont um et ili; du pluriel, aba, ama. Nlu, homme, donnera wn-ntu, l'homme, aba-nlu, les hommes; zvi mot, ili-zvi, un mot, ama-zvi, les mots. On voit pourquoi le nom des Zoulous est ama-zoulou et pourquoi l'inchoatif aina revient sans cesse dans les récits des voyageurs lorsqu'ils citent des peuples de l'Afrique orientale. Les sufFixes casuels sont également préfixés.

Diverses formes du mot homme au singulier et au pluriel donneront une suffisante idée de la variation phonétique. Le mot est lu, souvent nasalisé en ntu. Les suffixes, nous venons de le dire, sont um et aba ou ama. Or nous trouvons au singulier en zoulou umu-niu, en congo omu-ntu, en tété ??2?.f-nttu, en kisambala muntu, en isoubou mo-tu; et au pluriel, respectivement, a^»a-ntu, wa-ntu, ba-lii. Le héréro, plus doux, dit ova-ndu, m-ndu. Les Vahéréro ont la triste coutume de se limer les dents de devant de la mâchoire supérieure et de se faire sauter les quatre dents correspondantes de la mâchoire inférieure. C'est pourquoi leur prononciation émoussée, qui ressemble à un bégaiement d'enfant, ne comporte ni liquides, ni vraies sifflantes. L, B, S, F leur manquent, et leur Z oscille entre le th dur et le th mou des Anglais.

En somme, ces langues bantou, nous dit Max MùUer d'après Bleek, sont généralement d'accord quant à la simplicité des syllabes, qui ne peuvent commencer, en principe, que par une seule consonne soit précédée d'une sorte de voyelle sourde, prosthétique, débris peut-être d'un suffixe atrophié, soit double {pl, kt, ks), soit nasalisée, ou accompagnée du claquement de langue, ou encore suivie du iv semi-voyelle flottant entra woua et ou. Tous ces groupes sont considérés comme simples. En outre la syllabe ne peut se terminer par une consonne. L'anglais baptize devient bapiiizesha j gold, igolidé; kamel, nkamela; bear, iberé; priest, mperesiié; kb^k, ikeriké; aposlle, mposilé; sugar, isugilé; english, ama-nge-si. Ces exemples sont donnés par Appleyard. Les difl"érences entre le cafre et ses dialectes consistent presque toujours en changements de consonnes, parfois très inattendus. Ainsi le séchuana manque des sons G dur et S doux, que possède le cafre; en revanche, il prononce assez distinctement Ji là où le cafre

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n'arrive qu'à un L plus ou moins roulé. Le cafre préfère les moyennes è, d, g, v, z\ le séchuana les fortes j3, k, L, f, s. Les diphtongues consonantes molles du cafre et du groupe mpongué, telles que mô, l.s, se durcissent en p. Les dentales permutent avec les linguales.

Notons une particularité qui n'a pas dû peu contribuer à défigurer certains dialectes bantous. « Les femmes cafres, dit Appleyard, ont beaucoup de mots qui leur sont particuliers à elles seules. Gela leur vient d'un usage appelé ukulilonipa, qui leur défend de prononcer les mots dans lesquels existe un son qui se trouve également dans les noms de leurs plus proches parents mâles. » Une coutume analogue, le tépi^ qui bannit de la langue lahitienne les syllabes dont se compose le nom des rois et des reines, a existé aussi chez les anciens Cafres. Ainsi les Amambalu, par respect pour leur chef U-la-nga, remplacèrent le mot ilanga, soleil, par le mot isota. Pour une raison semblable, les Amagqunu-kwebi emploient le mot 'mmela, immela, au lieu de 'si-shetshe, qui est le terme général signifiant couteau. Calculez ce que de telles bizarreries ont pu produire, répétées pendant de longues générations. Il est curieux de rencontrer ces puérilités chez deux races aussi différentes que les Cafres noirs et les Polynésiens. Max MùUer, poursuivant sa chimère du touranisme et du monogénisme, voit là le résultat d'on ne sait quels rapports ethniques. Pour nous, ce ne sont que les effets d'un même état social et mental, du respect servile et superstitieux pour les chefs et les ancêtres. Peut-être faut-il y joindre une tendance naïve à créer des mots nouveaux, à varier, à écorcher, comme on dit, les mots anciens, tendance visible dans les divers argots ou langues factices, et constatée chez certains Américains.

Nous ne quitterons pas les Cafres, qui représentent, après tout, l'élément supérieur des races nègres, sans pénétrer un peu plus avant dans leur intelligence, sans montrer, par exemple, comment ils passent du sens concret au sens figuré. C'est un phénomène bien connu et qui s'est produit chez tous les peuples. Mais on ne saurait trop souvent revenir et insister sur l'origine métaphorique du langage. Beta, battre, frapper, c'est punir, c'est juger ; dhle-la-na, manger ensemble, c'est avoir des relations amicales; fa, mourir, être malade, languir; hlala, être assis, demeurer, vivre, continuer; ihladi, buisson, asile (souvenir des Bochimans); ingcala, fourmi ailée, adresse, rapidité; innaoadi, roseau bulbeux, hvre, vase; inja, chien, un inférieur (chien de commissaire); koliua, être satisfait, croire; lila, pleurer, déplorer;

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mmndi, doux au goût, au toucher, content, agréable; gauka, être cassé en deux, être mort ou stupéfait (casser bras et jambes); iimsila, queue, courtisan, messager de cour, caudalaire ; zidla, se manger, être fier, se gober; akasiùoni, il ne nous voit pas, il nous dédaigne ; nikdn indhlebe, donner l'oreille, écouter attentivement; ukudhla uborni, manger la vie, vivre; ukudhla umnlu, manger un homme, confisquer ses biens ukumgekeza inkoloJi, casser la tête, fatiguer, ennuyer; ukunuka umnlu, flairer quelqu'un, l'accuser de sorcellerie, épier un homme qui sent le fagot.

Les peuples bantous ne sont point parents du IS'ègre guinéen, sénégambien, soudanien, par la langue. Il n'y a aucun rapport entre leur vocabulaire et les très nombreux groupes nigritiques dont nous avons cité les principaux ; leur grammaire se sépare de toutes les autres par le procédé exclusif de la préfixation. Ils ont le privilège de former une famille linguistique et de se prêter aux études suivies de la grammaire comparée.

Ailleurs tout n'est que dipersion, qu'isolement; plus de vingt petits groupes éparpillés en peuplades et en dialectes sans intérêt se succèdent et se mêlent, du Gabon au Maroc, du lac Tchad à l'Atlantique. Le plus central, vers le Bornou et le Kanem, a été l'objet des savants travaux du docteur Barth (1862). Mentionnons les plus importants dialectes. Le kanuri, assez anciennetoent cultivé, a cinq cas et de nombreuses formes verbales; Barth lui attribue certains rapports avec l'égyptien, le copte et même le finnois, mais surtout avec les langues de la côte, odji, fanti et achanti. Le tedà, malgré la différence des pronoms, est étroitement lié au kanuri. Le haoussa, doux et sonore, appartient à une race métissée, industrieuse, évidemment supérieure aux tribus voisines; il est compris sur les marchés, à Tombouctou et jusque dans la Sénégambie; Barth a traduit en haoussa le deuxième chapitre de saint Mathieu. Nommerai-je encore le fufulde ou fulfude, le songui, le lôgona, le wândala, le bagrimma et le màba, le tibbou, le goura, le legbé, le roama, le kasm, le gbali, et les neuf patois barbares qui se parlent à l'entour du lac Tchad?

Parmi les innombrables langues guinéo-sénégambiennes, nous contentant des noms rassemblés au début de ce chapitre, nous citerons celles dont la connaissance importe le plus à notre occupation militaire : le mandingue, malinké, dialonké, avec ses treize dialectes, sur la Gambie et le Niger; l'eiwé ou egbé, étudié par le missionnaire Steinmann, auquel se rapporte le popo ou dahomé; enfin le wolof, sérère, bidchoro, etc., parlé dans le Cayor et dans le département français du Sénégal. L'eiwé est fortement allittéral ;

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lo mot anglais school y devient su-ku ; l'allemand fensler, fesre. Le wolof présente le même caractère; il est de plus très nasal, sans cesser d'être harmonieux et rythmique. Très agglutinatif, il obtient, par divers suffixes, dix-sept voix des verbes, et plusieurs nuances dans la signification des noms, selon que l'objet est proche ou lointain.

Tout au travers du domaine malinké est répandu le peul ou poal, qu'on voudrait rattacher au groupe nubien, d'ailleurs mal connu, et par là peut-être à l'égyptien antique. Mais trop de changements se sont accomplis sur un trajet d'au moins sept cent cinquante heues, avec une largeur de cent vingt-cinq, depuis trois ou quatre mille ans, pour que ces hypothèses soient jamais confirmées. Quoi qu'il en soit, l'origine orientale de la race peule ne fait l'objet d'aucun doute. La langue est totalement étrangère aux peuples que cette race a conquis ou dominés ; ce qu'elle peut avoir de commun avec le wolof et le sérère provient d'emprunts réciproques, surtout sensibles dans les dialectes du poul : foutatoro, fouta-djallo, bondou, sokoto. Autant vaudrait la rattacher à l'arabe, parce que l'Islam y a introduit, en fort grand nombre, des termes de religion, de droit, et bien d'autres.

La phonétique du poul repousse les gutturales aspirées et aussi les chuintantes ch et j. La conception du genre est à peu près celle que nous avons indiquée tout à l'heure. Les êtres sont partagés en deux catégories, que Faidherbe a nommées le genre hominin et le genre brute. Ici, les animaux et les choses inanimées; là, tout ce qui appartient à l'humanité. Cette distinction capitale donne à la déclinaison une certaine apparence de complication; il y a deux singuliers et deux pluriels. Les noms qui se rapportent à des êtres du genre hominin, substantifs, adjectifs et participes, ont tous au singulier la désinence o, qui n'est qu'une racine pronominale agglutinée : gorko, homme; au pluriel ces noms prennent le suffixe bé {ils, elles). S'agit-il du genre brute, le singulier est marqué soit par une voyelle, soit par /, ou par am; la désinence o y est rare. Le pluriel du genre brute est varié, et certaines lois euphoniques semblent jouer un très grand rôle dans l'agglutination des terminaisons au radical. Les consonnes initiales du mot au singulier peuvent permuter avec d'autres quand le mot est au pluriel. Le verbe demeure beaucoup plus simple et laisse aisément analyser les éléments qui le composent. La syntaxe n'est pas compliquée; l'ordre des mots dans la phrase est déterminé par là succession des idées. Ainsi, le nom du possesseur est précédé du nom de la chose possédée; le

122 Disrnnujiio- (nioGiuPHiQUE des langues et des races régime, direct ou indirect, suit le verbe. Comme on le voit la prmcipale difficulté du poul - et elle est notable - réside dans la grande variété des lois euphoniques.

Sur le liane gauche du poul, et non loin de son berceau nro bable, végète la famille dinka, pauvre et quasi monosyllabique' qui suffit aux vrais sauvages du Bahr-el-Abiad et de la rive gauche du haut Nil, Bongos, Dinkas, Monbouttous, Nouers Niam encore anthropophages. Puis, en reculant un peu vers lé nord' c est le groupe nouba, qu'il serait si important de connaître à fond, pour savoir s'il ne se relie pas aux dialectes libyens Les régions qu'il occupe ont été jadis le refuge des pharaons chassés par les Hyksos; la civilisation égyptienne a remonté le Nil audessus de Méroé, et laissé des pyramides et des temples en ces pays rendus aujourd'hui à la barbarie. C'est de Napata que les Shabak et les Tahraka sont venus, vers la fin du viii^ siècle avant notre ère, défendre l'Egypte énervée par la théocratie contre l'invasion assyrienne. Il y a peu d'années, dans un assez long séjour à Philœ, M. Bénédite a étudié le kensi, mais sans résultat; le dialecte va s'éteignant, et toute la langue consiste en quelques phrases douces et faciles qui suffisent aux batehers des cataractes.

Nous avons plusieurs fois prononcé le nom du groupe libyen égypto-berber, qui a occupé et qui occupe encore en partie toute la zone méditerranéenne et la pointe orientale de l'Afrique jusqu'au sud du golfe d'Aden. On le regarde comme marquant la transition entre les idiomes agglutinants et flexionnels; toutefois il est resté bien plus près des premiers ; et nous ne pouvons abandonner l'Afrique, sans l'avoir au moins parcourue tout entière. Nous définirons donc brièvement les trois principales branches de la famille libyenne : berbère, éthiopienne, ésvptienne. ^ '

L'arabe, après le phénicien, après le grec et le latin, est venu s'emparer de tous les rivages où la langue libyque était jadis parlée par les Numides, les Gétules et les Maurétaniens. Néanmoins certains dialectes ont survécu, et dans nos possessions algériennes, et dans le Maroc et dans la Tunisie, et, par delà le Sahara, dans le haut Soudan. Tels sont le kabyle, le mozabi, le chaouya, le zénatya (aux environs de Constantine), le tamacliek, le touareg. La langue berbère ouamazig, car il y a entre ses vocabulaires assez d'identité pour qu'on puisse la considérer dans son ensemble, a donc encore un très vaste domaine, qui s'étendait naguère encore jusqu'aux Canaries, patrie des Guanches. C'est

LES RACES ET LES LAÎSGUES AFRICAIiNES i^-i

une langue rude, irrégulière, altérée par le sémitisme, mais africaine par remploi facultif des préfixes et par le polysynthétisme de ses verbes; elle a, comme le basque, une voix doublement réfléchie, exprimant d'un seul mot des propositions comme « je m'en doute ». Mais le verbe n'a qu'un temps, sorte d'aoriste, auquel on prête Tidée de présent ou de futur par des procédés tout à fait accessoires. Comme exemple de préfixe facultif, le signe du féminin est t : amaher, homme touareg; tamaher, femme touareg. Ce signe est le plus souvent à la fois pré et suffîxé : akli, nègre, iakli?, négresse; êkalii, coq, ïekahii, poule. Le berbère a été écrit; non seulement on possède quelques contes et quelques poésies dans cette langue, mais aussi on a découvert des inscriptions touareg gravées sur des rochers, avec vingt-huit caractères particuliers, évidemment d'origine sémitique, et composant peutêtre l'alphabet numide signalé par Yalère Maxime. Le tamachek possède encore une écriture, assez régulière d'aspect, mais dénuée de signes pour les voyelles; il faut savoir la langue pour la lire.

Le rameau éthiopien, galla, bedja, saho, dankali et somah, ne doit pas être confondu, paraît-il, avec les idiomes décidément sémitiques de l'Abyssinie, tigré, amharique et autres, qui remontent, par le ghez, à l'himyarite de la côte arabe. Quoique sémitisés, ces dialectes éthiopiens, gallaïques, d'ailleurs très peu étudiés au point de vue linguistique, appartiennent à la famille libyenne par l'emploi du signe féminin t qu'ils préfixent et suffixent à volonté. Notons cependant que les deux temps du bedja et du saho sont exprimés d'une façon purement sémitique. L'un, l'aoriste, est indiqué par la préfixation des pronoms personnels; l'autre, le présent, par la postposition de ces pronoms. Les mêmes procédés sont employés, mais indiff'éremment, par le copte, qui se sert d'auxiliaires pour distinguer les temps.

Le copte, éteint depuis le xvii° siècle, mais servant encore de langue sacrée à la secte monothélite, a eu, du au viii" siècle, une littérature assez riche, fort précieuse pour les gens qui goûtent les minuties de l'exégèse chrétienne. C'était (le mot même l'indique : ha-ka-ptak, aiguplos; guplos, copte) la forme populaire de l'égyptien pharaonique, et c'est par le copte qu'on est parvenu à lire les annales des Snéfrou et des Ramsès.

La découverte de l'égyptien antique est une des belles conquêtes de ce siècle, et une conquête française. Les essais de Scholtz et de Barthélémy (1773) ne présentaient que des hypothèses à peine ingénieuses. Il faut chercher dans les œuvres

m DISTUinUlION GKOGHAPIIIQUIC WS LANGUES KT DES RACES

mon'r.r"'.°", P''""'"' hiéroglyphes

(1790-1832 , et de ses successeurs Rosellini, Salvolini, Lepsius, Brugsch, Rougé Maspero. les principes certains et maintenant définitifs du déchiffrement. La lecture a plus d'une fois changé - il a fallu distinguer la valeur syllabique, ou simplement alphabétique ou encore idéographique, des caractères, contrôler l'hiéro-lyphc par récriture hiératique, plus sommaire en ses formes et par la cursive ou démotique, instrument du langage des affaires et du parler commun.

Il y a eu de bonne heure en Égypte deux langues, l'une sacrée, 1 autre populaire, qui ne tardèrent pas à présenter des différences notables, dont la plus marquée — Lepsius l'a constaté sur l'inscription de Rosette - fut la préférence de la langue démotique pour la préfixation. Ce que les prêtres écrivaient à la suite de la racine ou du radical, signes pronominaux, affixes de temps, de nombre, de genre, le peuple aimait à le placer en tête du mot, comme dans le groupe bantou.

La langue égyptienne est des plus simples : un féminin dont le signe est t, un pluriel en u, ni; point de cas; une proposition syntaxique où d'ordinaire le verbe occupe la première place, suivi du sujet, du régime direct, du régime indirect, puis de l'adverbe : écrire je lettre à loi demain; formule bien mal conçue pour l'éloquence et la poésie, et qui cependant a suffi aux emphatiques proclamations des rois, aux préceptes moraux fort purs et aux élucubralions théurgico-philosophiques consignés par les prêtres dans le Livre des morts. On a trouvé des odes triomphales, des romans et jusqu'à des livres de médecine, qui font la joie' des égyptologues.

Mais ce ne sont pas ces menus détails qui importent ici, c'est la parenté aujourd'hui reconnue par Fr. Miiller, par M. Maspero, la parenté possible des langues libyennes avec les langues sémitiques. Dans les deux groupes, mêmes pronoms, même procédé pour la formation du pluriel par l'adjonction d'une désinence. Les deux familles ont dû se séparer à une époque où leur langue commune était encore dans une période fort peu avancée de développement. L'une- s'est arrêtée, l'autre a continué sa marche vers la flexion.

Mais où se sont-elles rencontrées? Où se sont-elles quittées? Les Berbers sont-ils venus d'Asie? ou les Sémites sont-ils une population méditerranéenne qui, ayant franchi le delta du Nil, s'est répandue vers l'Arabie et vers l'Euphrate? La première opinion a pour elle le préjugé qui place en Asie l'origine de l'homme, au

moins des races blanches et des races jaunes. Mais la seconde semble pouvoir s'appuyer sur les données de l'anthropologie préhistorique. La question est pendante et le champ des conjectures est ouvert.

Au reste tout est vague et obscur dans le passé inconnu de l'Afrique. Nous avons tenté d'en présenter les phases probables : au nord, un flux et un reflux de peuples blancs faisant reculer les Nubiens sur les Bantous et les Bantous sur les Bochimans et les Hottenlots. A l'orient, une invasion sémitique métissant les langues et les races des Gallas, des Somalis, des Abyssins, et déterminant l'exode des Peuls, à travers le Bornou et le Soudan, jusqu'à la Sénégambie. A l'extrême ouest, une descente des Maures, des Berbers, venant ajouter à la confusion des groupes et des idiomes de la Nigritie et de la Guinée. Au centre, un résidu de sauvages divers, grands ou petits, noirs ou chocolat, les Bongos, les Dinkas, les Nouers, les Niam-Niam, les Akkas, serrés entre les Nubiens et les Peuls, entre les Abyssins, les Bantous des lacs et du Congo, et les nègres de la Bénoué, du bas Niger et du Gabon. Une grande civilisation dans la vallée du Nil ; une demi-barbarie soit sur les côtes septentrionales, soit dans le bassin du Niger, soit sur la côte sud-orientale; partout ailleurs, toutes les nuances, tous les degrés de la misère morale et intellectuelle, de la vie végétative.

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