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ail reste des hommes, mais qu'ils considéraient comme le langage originel de l'humanité, comme la langué mère universelle. On trouvera ces rêveries dans les œuvres de leurs grammairiens Chaho et Inchauspe. Les Basques ont résisté aux Romains, comme peutêtre aux Celles et aux Ibères; ils ont écrasé à Roncevaux l'arrièregarde de Charlemagne. Le Chant d'Altabiscar, qu'on a cru d'abord contemporain de l'événement, mais qui lui est postérieur de plusieurs siècles, et qui semble avoir été pensé en français, célèbre dignement cette sauvage victoire. C'est la page la plus belle de leur littérature.
« Un cri a été entendu du milieu des montagnes escualdunes; c'est le tumulte d'une armée. Les nôtres lui ont répondu des sommets, et le chef de famille aiguise sesjavelots. Pourquoi sontils venus troubler notre paix? Le Seigneur, quand il a fait les montagnes, a voulu que les hommes ne les franchissent pas. Mais les roches tombent, roulent, tournoient. Elles écrasent les troupes. Le sang va en ruisseau. Oh! que d'os broyés! Quelle mer de sang? Fuis, roi Carloman, avec tes plumes noires et ton manteau rouge! Ton neveu aimé, le brave Roland, gît là-bas, tué! Chef de clan, c'est fini! Allez, avec votre chien, embrasser votre femme et vos enfants! La nuit, les aigles iront manger ces débris, et tous ces os blanchiront dans l'éternité ! »
Le Chant des Canlabres, moins authentique encore s'il est possible, célèbre une lutte contre Auguste Octavien : « Octavien est le maître du monde, Lecobidi celui de la Biscaye... Cinq ans ils I ont bloqué nos montagnes; ils sont beaucoup, et nous le petit i nombre. Ils s'enfuiront, s'ils peuvent, vers les rivages du Tibre. » I C'est fort bien ; mais il faudrait savoir d'abord si les Cantabres ont jamais été des Basques. Le refrain Ze/ IlLelo! Le lo a/ semble I une réminiscence de la formule arabe Lâ ilah illâ-'llah!
Si nous sommes impuissants à résoudre le problème des ori- :gines basques, nous le serons plus encore à pénétrer le mystère ides origines américaines. Les Escualdunac au moins ont une lon- ;gue histoire; et les Européens n'ont débarqué en Amérique, il y a • quatre siècles, que pour exterminer ses habitants et supprimer itous les vestiges de son passé. Aussi pourra- t-on discuter fort I longtemps sur l'origine des diverses tribus et nations éparses sur lun continent grand comme quatre Europes (Env. 36 millions de Ikilom. carrés). On doute assez généralement que l'Amérique ait (Cu des autochtones; l'absence de grands singes, même fossiles, iparaît exclure la possibilité d'une évolution anthropoïde prélimiinaire. Et cependant l'homme a parcouru, en Amérique tout comme
Lefkyhe. O
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en Europe, et dans les diverses périodes de l'âge quaternaire, les mêmes étapes industrielles, passant de la pierre taillée à la pierre polie et au cuivre — qu'il n'avait pas dépassé lors de l'invasion européenne — ; homme bien humble à ses débuts si, comme le fait paraît établi, son refuge consistait, dans les Pampas, en un trou creusé sous la carapace des tatous géants; homme doué d'une bien faible perfectibilité, si l'on doit le reconnaître encore dans la féroce Charrua, ou dans l'ineple Botocudo, dans l'odieux Apache ou le Californien famélique. L'Asie, par le détroit de Bering et les îles Aléoutiennes, aurait envoyé à l'Amérique polaire et septentrionale des échantillons un peu moins frustes de l'humanité : d'abord de proches parents des Tchoukches et Koriaks, les Eskimaux; puis divers Mongoloïdes de couleur foncée, les tribus Sioux, Dacotahs, Pawnies, Natchez, Séminoles, pressées par les Algonquins, Hurons, Iroquois, Delawares, et derrière ceux-ci, fermant la marche, les gens de l'Athabasca, du Mackensie, qui tous, en se poussant l'un l'autre vers la Floride ou vers le Mexique, rejetaient et refoulaient dans l'extrême nord les malheureux Eskimaux. Cette hypothèse explique assez bien la marche, le long de rOhio et du Mississipi, des hommes des mounds ou tumulus^ et l'immigration successive des Guatémaltèques, Yucatèques, Olhomis, Quichés, Mayas, Toltèques, Chichimèques et Aztèques, peu à peu tassés entre l'isthme et le Texas. Mais, dans l'Amérique du sud, les différences, très sensibles, de stature, de couleur, de visage , de capacité crânienne embarrassent singulièrement l'ethnologiste. Le plus sage de beaucoup est de constater les formes épaisses et courtes des sauvages brésiliens, soit conquérants d'autrefois. Guaranis, Caraïbes et Tupis, soit anciens vaincus, Botocudos et Tapuyas, la taille moyenne, le nez aquilin et le front fuyant des Péruviens, la haute stature des Tehuelches ou Patagons, et le caractère misérable des Fuégiens, qui parfois mangent une vieille femme faute de mieux, et qui, à Darwin demandant s'ils préféraient leur femme ou leur chien, firent immédiatement cette réponse : « Oh! le chien. — Et pourquoi? — Le chien prend la loutre. »
Il est possible, assurément, que, parmi ces types si divers, quelques-uns soient de provenance étrangère, en tout cas fort ancienne; mais d'où seraient-ils venus? Quel vent les aurait apportés sur cette immense presqu'île, isolée entre deux vastes océans? Autant de questions sans réponse. On a rapproché certaines croyances, certaines constructions du Pérou et du Mexique, des religions et des arts indiens ou égyptiens. Rien, à mon sens,
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de plus chimérique. S'il y a de ces coïncidences, elles sont fortuites, ou elles résultent de l'évolution, qui tend à faire passer tous les groupes humains par les mêmes étapes et les mêmes degrés.
On essaye aussi de retrouver — mais dans l'Amérique du nord — quelques traces — physiques et intellectuelles — des Scandinaves, qui, vers le x<= siècle, ont probablement découvert et quelque peu colonisé le Vinland — sans doute la côte de New- York, et la pointe sud du Grœnland. Sans contester le fait, qui paraît établi, et en admettant même qu'une fort minime quantité de sang européen se soit répandue, propagée, dans les tribus très éparses, très clairsemées, des Peaux-Rouges chasseurs, nous ne voyons point que la dolichocéphalie de l'Eskimau en ait été modifiée, ou que les yeux enfoncés, les larges mâchoires, les fronts pomtus des Pieds-Noirs, Assiniboines et Chérokis en aient reçu quelque correction. Il a fallu, pour embellir ces visages, assez mal réussis par la nature, des croisements, récents il est vrai, mais multipliés avec la population canadienne française.
Aucune partie du monde n'était proportionnellement moin.? peuplée que l'Amérique. Les tribus qui vivent surtout de chasse ont besoin de vastes espaces, et les guerres continuelles qui les garantissent des empiétements de leurs voisins ne sont point favorables à l'accroissement des groupes. Il n'y a eu de populations compactes que dans les régions centrales, telles que le Mexique les Antilles, l'Isthme, la Colombie, le Pérou, Ik où florissaient de véri-
I tables civilisations, tristement étouffées par la conquête espa-^ :gnole. L'isolement jaloux où se maintenaient la plupart des peuiplades a empêché la fusion des dialectes, même les plus voisins • .et, de l'océan Glacial au cap Horn, les hnguistes ont été obligés <de compter jusqu'à vingt-sept familles de langues, irréductibles
jœntre elles, qui appartiennent, pour la majeure partie, à la classe ^agglutinante.
Si nous laissons de côté certains idiomes indépendants et mal connus de laSonoraet du Texas, du Mexique, des Andes, du Guatemala et des Antilles, qui n'ont point dépassé la phase monosyllabique, nous nous trouvons en présence des vingt-trois groupes >^8u.vants : Sur l'extrême rive arctique et dans les iles Aléoutiennes, mm^ ou eskimau; au nord-ouest, le kénia dans l'Alaska; dans
II ouest du Dominion, aux bords de l'Alhabaska, Vatapachc; au Issud de la baie d Hudson, l'a/^onAm;.sur le Saint-Laurent, autour pes grands lacs, Viroqnou; le koloche, à l'ouest de la Nouvelle- ÏBretagne; dans les Etats-Unis, l'orégonais, le cahfornien, le yuma
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le (lakoia ou sioiix, le pawni, l'apalache; le mexicain, nahuall ou aztèque; le maya dans l'Yiicatan ; le chibdia chez les Muyscas de la Colombie, le caraïbe et l'arévaquc dans les Guyanes ; le fpdcluia-aymara dans le Pérou et le Chili; le tupi, le guarani et Vomagua, dans le Brésil et le Parana; le rpiaycuru et Vabipom' dans la Plata; Varaucan dans le Chili; le puelrhe dans les Pampas, à l'ouest de Buenos-Aires; le Icliuelche dans la Palagonie; et les idiomes de la Terre de Feu.
Avant d'aborder quelques-uns de ces groupes, tous assez richeen dialectes, nous devons en signaler les caractères communs. Car leur ressemblance générale est aussi frappante que la variété de leurs éléments constitutifs. Ils sont tous incorporants et polysynthétiques. « Les langues américaines, dit M. Frédéric Miïller {Ellinographie générale), reposent dans leur ensemble sur le principe du polysynthétisme ou de l'incorporation : en effet, tandis que, dans nos langues, les conceptions isolées que la phrase relie entre elles se présentent sous la forme de mots détachés, elles se trouvent réunies, au contraire, dans les langues américaines, en une indivisible unité. Par conséquent, le mot et la phrase s'y confondent tout à fait. » Cet artifice a paru assez typique à nombre d'américanistes pour autoriser la création d'un nouvel embranchement du langage. Mais il est facile de voir que beaucoup d'autres langues, agglutinantes ou flexionnelles, ont fait usage des procédés dont les Américains abusent.
S'agit-il de l'incorporation au verbe des pronoms ou même des noms régimes? mais nous venons de la signaler dans le basque (aussi n'a-t-on pas manqué de le rattacher aux langues américaines); nous l'avons vue dans les langues finnoises. Réduite au pronom sujet, elle est la base de la conjugaison indo-européenne, dadami, dadasi, dadali, « je donne, tu donnes, il donne »; poussée jusqu'au pronom régime, elle apparaît dans quelques langues romanes : en italien, portandovi, portandovelo, « portant h vous, vous le portant » ; en gascon, dcchemdroumi, « laisse-moi dormir ». Les langues sémitiques incorporent le régime direct. En somme, l'hébreu sabaktanl « tu m'as abandonné », le magyar lallak «je le vois «, le basque demogu « nous le lui donnons » et l'iroquois kéiavis « je leur donne », ne diffèrent en réalité, dil M. Hovelacque, que par l'ordre des éléments dont le mot est composé. Les langues américaines vont plus loin; elles amalgament au verbe le nom régime; algonkin : nadholinéen, « amenez-nous le canot », formé de nalcn « amener », amochol « canot », i euphonique, nécn « à nous »; iroquois : sogimnjhùlizoyan, « si je ne
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prends pas la main », où entrent sogena « prendre » et oningina <( main ». Mais ce sont là surtout des compositions apocopées, comme serait, en français de îsLnlaisie^ jiembonnedcolonise, « je te mets un bonnet de coton ».
La déclinaison nominale possessive (iroquois : onkiaslta « le pied de nous deux » ; algonkin : nmdaivema « ma sœur ») est familière au hongrois : alya-nk « notre père », à l'hébreu : eZ-i, i< mon dieu ». Il n'y a là rien de particulier à l'américain; le français m'amie, m'amour présente un cas sporadique de la même incorporation; dans le mot tanie, par exemple, se dissimule le possessif ta préposé au latin amila, la anle.
La variation du verbe, lorsqu'il s'agit d'exprimer les nuances de l'action ou le changement de l'objet, atteste avant tout l'absence d'idées générales; c'est un caractère d'infériorité, qui a été souvent remarqué dans les langues les moins avancées en évolution, et dont l'état flexionnel lui-même a gardé bien des traits. N'est-ce pas de ce phénomène que sont issues tant de formes verbales causatives, intensives, désidératives, etc., que l'arabe ou le sanscrit obtiennent par l'insertion de suffixes atrophiés, et qui font l'encombrante et stérile richesse du wolof ou du turc? Pourquoi donc s'étonner que le chilien elun « donner » se ramifie en eluguen « donner plus », eluzquen « paraître donner », eluvalen « pouvoir donner », eluduamen « désirer donner »; ou que le tamanacan dise jucum « manger du pain », jemeri « manger du fruit », janeri « manger des choses cuites » ; et le chéroqui kuluvo « je me lave », kukusquô « je me lave la figure », tsekusquô <( je lave la figure d'un autre », takuteya « je lave des plats », lakungkalâ «je lave mes vêtements »?
Reste le polysynthétisme proprement dit, sorte de sténographie orale, qui entasse dans une sorte de composé sans fin trois, quatre et cinq mots capricieusement abrégés, tronqués l'un par la tête, l'autre par la queue ou par le milieu. C'est une agglutination de mots, au lieu d'être une agglutination de suffixes; mais nous n'irions pas bien loin pour en trouver des exemples, il est vrai fort simples, et que nous ne remarquons pas. En allemand, hehn pour bei dem, « dans le, chez le » ; zur [zu der) « à la, dans la » ; en français, du, au, ès, pour de le, à le, en leit, aujom^d^hui pour à le jour de hui {hodiè); en anglais, lady pour hlâf-dige, distributrice du pain, sont des produits de la contraction, tout comme le chippeway toiochabo « vin », formé de lolo « lait » et chominabo « grappe de raisin ». Enfin, dans beaucoup de nos dérivés complexes, rapprochement, recueillement, etc., les parties constituantes
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du mot ne sont guère moins oblitérées que dans l'algonkin vllapr' c. célibataire », formé de pilsilt « chaste >> et lenapè « homme ». Est-ce que nous ne disons pas tous les jours familièrement pauplilapui « pauvre petit lapin »? Ces observations, entre bien d'autres, rendront moins singuliers des mots tels que amanf/annchquiminclu « chêne aux larges feuilles », en algonkin, composé de amangi « gros », nachk « main », quhii, terminaison des fruits à coque, et aciipanll u tronc d'arbre »; comme l'eskimau auUsariarUmisuarpok « il s'est hâté d'aller à la pêche » ; comme le mexicain nollazomahuiztcopixcalàtzin, « ù mon père, divin protecteur, estimé et vénéré ».
En somme, cette faculté d'incorporation et de polysynthétisme, fort incommode lorsqu'elle produit de ces mots longs d'une toise et qu'on peut à peine prononcer d'une haleine, n'est pas étrangère aux langues de l'Asie et de l'Europe. Développée outre mesure en Amérique, elle imprime à des idiomes fort divers une ressemblance extérieure, un véritable cachet d'unité; mais elle ne les place ni hors, ni en avant de la classe agglutinante; encore moins les rapproche-t-elle de l'ordre flexionnel, où ce qui reste de ces antiques procédés paraît précisément un vestige, un souvenir atavique.
11 n'y a pas encore longtemps que l'on ne pouvait aborder sans une extrême réserve et une grande défiance la linguistique américaine. Si elle est aujourd'hui ramenée à sa véritable place par les Lucien Adam et les Victor Henry — dont les travaux spéciaux ont confirmé pleinement les prévisions de Hovelacque et de Vinson, — elle a été livrée depuis trois cents ans soit aux pieuses fantaisies de missionnaires essayant de retrouver sur l'Ontario ou dans le Chili quelque dialecte échappé de Babel, soit aux illusions des étymologistes effrénés (Brasseur de Bourbourg) qui rattacheraient le nahuatl aux langues germaniques, ou le jargon de Vancouver à l'anglais et au français tout à la fois, sans se demander si tel ou tel mot n'a pas été emprunté, fort naturellement, des colons étrangers, soit enfin aux théories préconçues des touranistes, monogénistes et autres qui cherchent des Aryas ou des Coptes ou des Bouddhistes au Pérou, et dans ie Far West les débris des dix tribus d'Israël. V Essai de Duponceau sur les langues canadiennes (1836) a marqué le premier pas vers un classement scientifique du groupe septentrional; et c'est seulement au deuxième congrès amcricaniste de Luxembourg que, dans ses études sur les seize groupes de langues américaines, M. L. Adam a dressé un tableau dont les spécialistes ne pourront plus déranger l'ordonnance.
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Nous venons de voir quels traits communs donnent aux langues américaines uli air de famille très accentué. Mais cette ressemblance apparente cache une extrême diversité dans le vocabulaire et dans la composition et la syntaxe, qui tiennent lieu de grammaire aux idiomes agglutinants. Une étude détaillée de ces différences ne serait guère à sa place dans ces résumés qui ont pour but avant tout de déterminer, de mesurer, comme autant de jalons, l'étendue du domaine linguistique, et l'aire ancienne ou actuelle qu'y occupent les principales variétés du langage.
Je me bornerai donc à quelques groupes choisis dans le nord, le centre et le sud du Nouveau Monde.
Les Inuit (« hommes », ainsi qu'ils s'appellent eux-mêmes), que par dédain les Mohicans ont nommés Eskimanzik, mangeurs de viande crue — d'où Esl^imaux, me semblent mériter notre intérêt à plus d'un titre. D'abord ils ont le rare et mince privilège de constituer une race pure ; ensuite ils représentent, par leur dolichocéphalie extrême et leur genre de vie, l'homme des temps quaternaires, l'homme du renne; puis, malgré leur peau Jaune sale, leurs yeux bridés, leurs cheveux raides, leur face plate et circulaire, leur carrure trapue, épaisse, disgracieuse, ils ne sont dénués ni de gaîté, ni de courage, ni de qualités affectives et intellectuelles. Les Eskimaux du Groenland sont devenus de très acceptables citoyens danois, conseillers municipaux et négociants. Ils montrent un véritable goût pour les sciences géographiques. Depuis 1860, ils ont à Godthaab une imprimerie, un journal illustré, la Lecture [Atnagagliulit), dont le texte et les dessins sont dus tout entiers aux indigènes; et ils publient, en grœnlandais, des recueils de traditions populaires. Aux Eskimaux grœnlandais se rattachent les quinze cents indigènes du Labrador.
Le long des rivages polaires, depuis la baie d'Hudson jusqu'à la pointe septentrionale de l'Asie et au cap Schelagskoï, s'échelonnent les Grands-Esquimaux, les Onkilones, les Aléoutes et les Tchoukches, par tribus nombreuses, mais qui ne comptent guère plus, toutes ensemble, de vingt ou trente mille individus. Ils s'étendaient autrefois jusqu'à la vallée du Saint-Laurent, peutêtre jusqu'au Massachusetts. Mais les Peaux-Rouges, leurs ennemis acharnés, les ont rejetés vers les régions désolées où ils s'étein dront quelque jour, malgré leur force de résistance aux misères do leur rude vie. Le sol ne produit rien qu'un vert gazon l'été et quelques arbustes rabougris. Réduits à la chasse, surtout à la pêche, n'ayant pour auxiliaires que des chiens et des rennes à
l.iO hlSTlUBUTK»; f.KOGUAPHIQUK DES LANGUKS ET DES RACES
peine dornesliqués, pour armes que des os de baleine, des cornes de narval, des outils de pierre et quelques débris de navires ou de forêts roulés par des courants favorables jusqu'à leurs plages glacées, ils ont su pourvoir à tous leurs besoins. Chaudement couverts de vêtements imperméables et de bottes solides en peau de phoque, ils montent de légers kayaks et lancent hardiment contre les bêtes marines des harpons munis de vessies qui leur permettent de retrouver ces armes précieuses. L'hiver, ils creusent des trous dans la glace, guettant le morse qui vient y respirer et qu'ils attirent en imitant sa voix, en parlant phoque, comme ils disent. La nuit, ils se réfugient dans des huttes maçonnées en terre et en glace que de longues galeries et des fourrures garantissent du froid; des lampes abondamment garnies de graisse et d'huile y dégagent, non sans infection, une telle chaleur, que tout vêtement devient superflu. Ils sont là blottis par vingtaines, nus, sales et heureux; il n'est question chez eux ni de décence, ni de pudeur, ni de monogamie ; et cependant les femmes ne manquent point de chasteté; elles sont aimées, et elles aiment leurs enfants, qu'on enterre avec elles lorsqu'elles meurent avant de les avoir sevrés. Tout est commun entre ces pauvres gens, bien que chacun ait son canot de pêche, son ummiach, ou bateau de transport, ses harpons et ses filets, ses femmes et ses petits. La voracité de l'Eskimau est en raison directe de la rareté des bons morceaux. Quand une baleine échoue sur la côte, il faut les voir se ruer sur l'immense aubaine, percer, creuser, fouiller, arracher les quartiers de viande, désarticuler les os, dévider les intestins, courir sous les arceaux de la carcasse. Quand ce joyeux travail a pris fin, les hommes se couchent sur le dos, la bouche ouverte; et l'épouse favorite pousse dans le gouffre insatiable les filets mignons, rognant ce qui dépasse les lèvres, ayant soin de remplacer immédiatement la pièce engloutie. Une expression de béatitude épanouit la large face du convive, qui goûte, étendu, l'ivresse de la nourriture. Telle est l'image approchée de nos aïeux de la Magdeleine; Encore l'Eskimau a-t-il ce qui manquait à ceux-ci, une religion, un idéal, et même, hélas! un clergé puissant, initié par de longues et dures épreuves aux mystères du monde invisible. Il adore la baleine, saluée par les hymnes des jeunes filles, il redoute les esprits des morts et des choses et leur grand chef Torgarnsuk, il aspire à un paradis situé sous les glaces, au fond des mers, où les phoques sans nombre viennent s'offrir d'euxmêmes à leur meurtrier respectueux.
Ce paradis, Vangakok, prêtre ou sorcier, l'a visité plus d'une
LES LA^■GUES POl.YSYNTHÉTIQUES
fois, avalé comme Jonas par une baleine complaisante, ou conduit par des mânes familiers. La crédulité de l'Eskimau dépasse, bien qu'on ait peine à le croire, celle de tous les dévots passés et présents; mais sa bonne foi est entière.
La langue des Eskiniaux ne présente aucune affinité (sauf le' polysynthétisme) avec celle des Peaux-Rouges des grands lacs. On ignore si, par l'aléoute et le tchoukche, elle s'apparente au samoïède, au groupe ouralo-altaïque. Ses dialectes, du Groenland aux bouches du Mackenzie, ne sont séparés que par des différences insignifiantes. Sa phonétique est simple, un peu trop gutturale : le g, le /£, le g nasal, les groupes rk, rJcj-, tch, dj, ch (ch allemand), les dentales, une sorte de L palatal, y abondent, tandis que le S et les labiales y sont fort rares. La voyelle a domine; Ve et l'i, Vou et l'o semblent alterner selon l'accentuation et le nombre : angakok « le prêtre », angekui « les prêtres ». L'eskimau possède un duel et un pluriel, de nombreux suffixes casuels toujours postposés au nom, une conjugaison pauvre en modes et en temps, mais très abondante en formes négatives, intensives, fréquentatives, etc. C'est ce que nous n'avons cessé de rencontrer dans la plupart des langues agglutinantes. La numération mérite, dit M. Victor Henry, une mention spéciale; elle ne s'est pas d'abord élevée au-dessus de cinq, la main. Pour six, l'Inuit dit : un sur la seconde main, etc. ; pour onze : un sur le premier pied; pour vingt et un : un sur la première main du compagnon; pour quarante et un : un sur la première main d'un deuxième compagnon. C'est un peu long, mais ce calcul quinaire conduit à la numération décimale, que l'on trouve en aléoute. Beaucoup de peuples, longtemps arrêtés à la notion de trois, ont dérivé vers les complications du système duodécimal.
M. Henry fait sur les mots interminables de l'eskimau une remarque fort juste, et qui peut, je crois, être étendue à beaucoup de cas de polysynthétisme américain. Ce sont, dit-il, des phrases oîi les mots se trouvent abrégés par la rapidité de la prononciation, comme en français keskidi, kekcèxa, kexàà. Okalluktueksarsek autil, pour okallukluek — sakharsek — autU, « tu as éprouvé bien des choses dignes de mémoire ».
Au sud-est des Eskimaux se déployaient deux confédérations peaux-rouges, les Algonkins et les Iroquois, dont les nombreuses tribus ont fourni à Gooper la plupart de ses héros cruels, subtils, vaillants, magnanimes et sentencieux. Comparés aux pauvres Inuit, ces peuples sont beaux, bien découplés, agiles, pittoresquement drapés et coiffés, d'un joli bronze florentin sous leur
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blason de famille et leur peinture multicolore. Plus favorisés par le climat, ils sont plus propres, moins voraces; mais ils n'ont point dépassé le niveau moral et intellectuel de ceux qu'ils ont jadis expulsés de leurs territoires; on doute même que leurs tribus les plus souples s'initient comme les Grœnlandais au régime municipal et politique. L'agriculture, chez eux, abandonnée aux femmes, était rare et rudimentaire ; ils ne vivaient que par la chasse et pour la chasse, toujours en guerre avec leurs voisins pour étendre leur domaine à mesure qu'ils en détruisaient le gibier. Leurs idées et leurs pratiques religieuses, danses, chants, exorcismes sont à peu près les mêmes — au fond — que l'on rencontre chez les civilisés comme chez les sauvages. C'est un des grands bienfaits de l'ethnographie que de nous avoir montré, par toute la terre, l'équivalence des génuflexions, des mômeries et des croyances dites consolatrices ou simplement sublimes. Donc Iroquois. Algonkins ou Eskimaux des cinq parties du monde croient pareillement à l'intervention capricieuse, souvent maligne, d'esprits ou de dieux, à la puissance de certains voyants adroits, interprètes grassement payés des volontés d'en haut ou d'en bas, enfin à une seconde vie dans des campagnes bienheureuses que plus d'un a visitées en songe et où force bisons et caribous s'offrent coquettement aux flèches déposées sur la tombe des guer-
riers.
Les Iroquois ou Hurons des lacs se divisaient en six nations, parlant le mohawk, l'onondaga, le sénéca, l'oneida, le cayuga et le tuscarora. Les Algonkins, beaucoup plus nombreux, comprenaient une trentaine de tribus et autant de dialectes apparentés par le vocabulaire et la grammaire; dans le Canada proprement dit : algonkin, chippeway, ottaway, ménoméni, cri ou knistémaux; dans l'ancienne Acadie : souriquois, micmac, etchémin, abénaki, etc.; dans les États de Massachusetts, Rhode Island, New-York, New-Jersey, Pennsylvanie, Delaware, Maryland. Géorgie : narragansett, mohican et lénapé, miami, saki, etc. La phonétique de ces langues, assez simple, ne présente guère de particularités bien notables, sauf peut-être une sorte de labiale sifflante lu : ivdanis « sa fille », en lénapé, mais oudams en oltawav.
Le verbe et le nom, comme dans beaucoup de langues agglutinantes, ne se distinguent pas; le verbe n'est qu'un nom accompagné de suffixes marquant la possession. La pseudo-conjugaison n'en est pas moins extrêmement riche en formes, en nuances, mais non en modes et en temps. Un missionnaire anglais, Edwin James, a cru pouvoir en attribuer sept ou huit mille au verbe
Lies LAISGL'ICS POLYSYNTHÉTIQUES
chippeway; je crains qu'il n'ait vu trouble à ce moment. Le nom se préfixe le pronom possessif et le premier adjectif : kuligalchis « ta jolie petite patte » (ki « toi », wulit « jolie », lolchgat « patte », i-Ms (diminutif); kilanillowit « le grand Esprit » {kila-manitou) ; wil est une terminaison adjective.
L'algonkin n'a point de genres; l'iroquois en a deux, le noble pour les dieux et les hommes, le vil pour le reste des choses, femmes, enfants, animaux, plantes ou montagnes. Cependant il y a des particules et des afflxes pour l'animé et l'inanimé. En somme, le vocabulaire est pauvre en termes abstraits, et, même en recourant aux mots écorchés de l'anglais, de l'espagnol, du français ou de l'allemand, condamne les orateurs à ces métaphores bizarres que les voyageurs ont notées avec admiration, sans toujours les comprendre.
Pour la numération, l'iroquois l'emporte; il a des mots distincts pour les dix premiers nombres. L'Algonkin, comme l'Eskimau de la baie d'Hudson, s'arrête à cinq; mais comme il appelle dix « cinq de plus », cent « dix fois dix », et mille « la grande dizaine de dizaines », on voit .qu'il est assez bien partagé quant aux facultés arithmétiques. On a parlé d'un manuscrit iroquois. Le tout serait d'en savoir la date. Les missionnaires ont été les premiers et piètres littérateurs iroquois et algonkins; aujourd'hui les Chérokis, qui paraissent accepter la civilisation, publient des journaux. Mais toutes ces peuplades, malgré la douceur relative des Canadiens immigrés, disparaîtront, soit par le métissage, soit par l'ivrognerie, avant d'avoir pu se plier au travail régulier et aux servitudes sociales.
Ce fut cependant de leurs confins, peut-être même de leurs groupes, que partirent, le long de l'Ohio et du Mississipi, les hommes des mounds^ dont les tombeaux attestent une certaine tendance industrielle, et qui, se mêlant aux Natchez, aux Pawnies, aux Comanches, envahirent par flux successifs le plateau d'Anahuac, Olmèques, Toltèques, Chichimèques, Aztèques enfin, dont on commence à reconnaître les traces diverses, à distinguer les monuments et les religions. Ces conquérants du nord rencontrèrent dans le Yucalan, dans le Chiapas, dans le Guatemala et l'isthme, les Mayas et les Quichés, constructeurs d'Izamal et de Palenqué, venus avant eux peut-être du Nord, peut-être de la Colombie, oi;i les Chibchas formaient déjà un État théocratique avec quatre rois et deux papes. Le brillant empire aztèque, ou nahuatl, renversé par Cortez, n'était pas fort ancien; mais il est certain que, depuis de longs siècles, une civilisation déjà raffinée
l'iO OISTIUBUTION CÉOGnAPIllQL'K I3i;s I.ANGL'KS liT DKS UACES
ilorissaiL dans ces régions, pleines de villes opulentes et de monuments majestueux. Je ne suis pas encore arrivé, pour ma part h admirer en elles-mêmes les afireuscs et informes sculptures des temples mexicains; cependant, au point de vue décoratif, je les tolère, surtout si elles étaient enduites de stuc. C'étaient les demeures d'innombrables dieux, aériens, printaniers, ignés, fulgurants, solaires, qu'une piété sincère arrosait de sang humain. Aujourd'hui les pauvres péons des pueblos, bien qu'ils gardent un vague souvenir de Montezuma et de leurs grandeurs passées, génulléchissent devant d'autres dieux qui ont aussi humé largement le sang des vaincus. Le dieu des inquisiteurs a continué dignement le farouche Huitzilopochtli. Mais, si opprimée et massacrée qu'ait été au xvi'^ siècle la population de l'Anahuac, elle reprend lentement son rang dans l'humanité et, par le métissage, rentre dans la vie civilisée. Le zèle chrétien des Espagnols a détruit les cités, les arts, les inscriptions et les livres du Mexique, sauf — s'il est authentique — le Popol vuh, très puérile rapsodie cosmogonique. Mais l'érudition s'est hvrée à d'heureuses enquêtes sur lesdiversc^ couches ethniques et les mille langages qui sont venus se superposer ou se juxtaposer dans ces régions. D'après un beau travail de M. V.-A. Maltebrun (1877), on ne compterait pas moins, sur une superficie seulement quatre fois plus grande que la France, de deux cent quatre-vingts dialectes, classés en onze grandes familles qui comprennent trente-cinq idiomes et soixante-neuf dialectes principaux, plus seize langues non classées et soixante-deux idiomes perdus. La plupart de ces onze familles vivent encore à l'état sporadique, dans les couches populaires du centre, mais primées par' le nahuatl ou mexicain parlé jusque dans l'isthme. Le plus vieux texte mexicain authentique est un catéchisme imprimé à Anvers en 1538.
De l'autre côté de l'équateur, sur les versants des Andes, s'était formée une autre civilisation purement américaine, et complètement séparée de l'Amérique centrale, la civilisation des Quéchuas et des Aymaras, le vaste empire des Incas, théocralique et communiste (au profit des rois, fils du Soleil), avec ses couventsharems, ses villes divisées en quatre quartiers par des murs à angle droit, ses fêtes grandioses, son gâteau et sa liqueur mystiques, ses légendes où un peu d'histoire se mêlait à beaucoup de fictions adulatrices. La grande originalité du Pérou antique, c'est ce communisme d'État, unique au monde, cette exploitation paternelle de serfs heureux, parqués, pourvus, mariés, au bénéfice et à la gloire d'un seul. Le quichua, ou mieux kcl-chiia, langue
LES LAiNGUES POLYSYNTHÉTIQUES 1*1
principale de la côte du Pacifique et des vallées interandines, semble originaire de Quito, du haut bassin de l'Amazone; un premier dialecte, le Ichinlchaysouya, occupe le centre du Pérou; un second, le cuzco, est parlé à l'extrême sud et vers le Chili; enfin le gochabamba en Bolivie, et le callchaki sur le revers oriental des Andes, englobent le domaine, assez restreint, de l'aymara, qui paraît leur être complètement étranger. L'organisme du quichua est, à peu de chose près, identique à ceux des autres idiomes agglutinants de l'Amérique; relativement riche en composés assez courts [tckimpu (nuage), rasu (bloc de neige), le Chimboraço], \\ abonde en formes suffixées et en dérivés d'une longueur indéfinie. Il n'a point de genre; le nom et le verbe sont confondus; les particules casuelles, les pronoms personnels et possessifs, suppléent à toutes les nuances de la pensée. La langue est gutturale et aime les initiales redoublées, llanla « pain », ppatcha « vêtement ». Parlé concurremment avec l'espagnol dans les villes de l'Équateur, du Pérou, de la Bohvie, et presque exclusivement dans les districts montagneux, ainsi que dans le nord-ouest de la République Argentine, le quichua a fourni à l'espagnol beaucoup de termes géographiques et locaux, entre autres les noms du llama, de la nigogne et de Valpaca. Il n'a été écrit qu'après la conquête. Les Péruviens, malgré leur civilisation avancée, en étaient encore, non pas même aux rébus hiéroglyphiques, mais aux nœuds mnémoniques de couleurs diverses. C'est ce qu'on appelait les cjuipos, fort analogues aux rangées de graines ou de coquillages que jetaient devant eux les Peaux-Rouges du nord, pour marquer les divers points de leurs discours.
Les Péruviens, comme les Mexicains, ont, en grande partie, survécu à la terrible invasion catholique, et quoique longtemps accablés du coup qui les avait frappés, longtemps abrutis par des superstitions de beaucoup inférieures à leurs anciennes croyances religieuses, ils relèvent la tête et réclament leur place parmi les peuples libres. Quant au reste des populations américaines, les plus énergiques, les plus dignes de vivre, ont fatalement péri ou vont disparaître devant l'avidité des Européens immigrés. Sans territoires de chasse, sans gibier, ils sont condamnés à mort. Seuls les plus frustes échantillons de l'humanité américaine, Abipones, Charruas, Botocudos, et dans l'extrême nord les Kiénas et les Athapasks, habitants des fourrés, des déserts, des zones torrides ou glacées, peuvent compter sur quelques siècles de répit.
Notre revue sommaire des langues agglutinantes est terminée. On a vu que, simple ou complexe, leur structure est uniquement
142 DISTniBUTION GKOCUAl-IIIQUE DKS LANGUES ET „ES RACES
fondée sur l'adjonction, ù un ou plusieurs radicaux invariables de racines subordonnées, vidées de leur sens propre et réduites en amxes sufnxes innxes et préfixes. L'inimens' inl ori^é de langues na pas été écrite; rejetées en marge de la civilisation dans les pays peu abordables aux Européens, elles continue oni dy végéter obscurément. Mais quelques groupes plus favorisé" préserves et même développés par la civilisation, sont parvenu à a vie littéraire. Le japonais, le mandchou, lemongol, le finnois e hongrois, le turc, le dravidien, le malais, le géorgien le basane' e grœnlandais, l'algonkin, le nahuatl, le quichua ont ^rêté da"; des mesures assurément fort diverses, un concours utile aux progrès de 1 intelligence humaine. Leurs noms méritent d'être re-
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Nous passerons, sans effort, de la classe agglutinante à la classe flexionnelle. Nous trouverons en effet dans celle-ci tout ce que peut donner la suffixation. Un fil seul, avons-nous dit, sépare la flexion de 1 agglutination : à savoir la variation possible de la syllabe radicale. Petit fait, bien mince; ressource inépuisable, qui tout en arrêtant l'abus de la suffixation, permet à la fois de spécifier toute nuance de l'idée sans allonger le mot, et de rattacher a une idée générale tous les dérivés d'une même racine