LE MONDE SÉMITIQUE
Noé, Cham, Coush, Sem. — Conjectures sur l'origine des Sémites. — Variélc ethnique, unité linguistique. — Exode des Cananéens; Hyksôs, Phéniciens, Hébreux. — Les Juifs et les Syriens écrasés dans la lutte entre l'Égypte et l'Assyrie. — Domination des Perses, des Grecs et des Romains.
— Entrée des Arabes dans l'histoire. — Le christianisme et l'Islam, revanche tardive des Sémites. — Caractère de la flexion, structure du mot dans les langues sémitiques. ^ — Branche septentrionale du sémitisme; 1° groupe araméo-assyrien : chaldéen, nabatéen, syriaque, syro-chaldéen; assyrien; 2° groupe cananéen : phénicien, pimique, samaritain, moabite, etc. ; hébreu.
— Branche méridionale : arabe; himyarite, ç/hez ou éthiopien.
Les peuples qu'on a coutume de nommer sémitiques ont toujours ignoré leurs relations avec le patriarche biblique Sem, flls de Noé. Mais, si l'on ne s'attache pas à la lettre du très précieux recueil, compilé et refondu bien des siècles après les événements qui s'y trouvent transformés en récits fabuleux, si l'on considère seulement en eux-mêmes les noms de Noé, de Cham, de Coush ou de Sem, on passera volontiers sur l'inexactitude du nom donné par les modernes aux Ghaldéens, aux Araméens, aux Cananéens et aux Arabes. En effet Noé est un dieu sémitique de haute antiquité, Nouach, génie aux quatre ailes éployées, dieu et guide sauveur, époux de Tihavti, la fécondité de l'Abîme; Cham, c'était Khèmos, dieu de Moab et, qui sait? peut-être le Khem égyptien. Coush se retrouve à la fois chez les Cosséens ou Kissiens du moyen Euphrate, et chez les peuples méridionaux que les pharaons combattirent sur les deux rives de la mer Rouge ; « Coush la vile » ! disaient les Égyptiens; mais ils n'en donnaient pas moins à leurs princes royaux le titre de « prince de Coush ». Ce qui montre quelle importance ils attachèrent à la soumission de ces Coush ou Couschites, Éthiopiens d'Hérodote, coupés en deux par l'expansion sémitique. Quant à Sem, il est difficile de ne pas reconnaître en lui Samas, Samsoun, le dieu soleil du panthéon assyrien.
144 DisTitiuLrio.N (;kogiiai'hiqlk dks languks i:t dks racks
Couschites, KhamiLcs, Sémites sont assez loin d'être des synonymes. Mais on ne peut guère méconnaître soit leur parenté, soit l'intimité de leurs rapports primitifs. Seulement on est' fort embarrassé pour déterminer les vicissitudes de leur existence préhistorique. Parmi les hommes les plus compétents, les uns, M. Renan par exemple, assigneraient volontiers aux Sémites une origine septentrionale; d'autres, M. Schrader, pensent que le noyau de la race s'est formé dans le centre et l'ouest de la péninsule arabe, là où le langage se rapproche le plus de la langue mère supposée, là où ont le moins pénétré les légendes et les divinités chaldéennes — qui, chez les autres Sémites, forment le fond commun de la pensée. Enfin, depuis que les linguistes s'accordent à reconnaître des affinités, rudimentaires mais probables, entre les Khamito-Berbers et les Sémites, on ne sait vraiment d'où faire venir les uns et les autres, où placer surtout la commune patrie où ils ont bégayé le même idiome.
Contentons-nous de savoir que leur séparation était accomplie au temps où Ménès descendit de la haute Egypte au Delta pour y fonder Memphis et l'ancien empire, environ cinq mille ans avant notre ère. A cette date, les langues nilotiques et libyennes
s'étaient arrêtées à l'extrême limite du stade agglutinant
qu'elles n'ont point dépassée; et les Sémites continuaient sans doute de marcher vers la période flexionnelle. Dès lors les deux races ne se touchent plus que par l'isthme de Suez. L'une, sans pousser plus loin que le Sinaï, développe sa civilisation précoce et cependant durable, bâtit ses villes, ses pyramides, ses temples et, du culte des animaux et du Nil, s'élève à la religion du feu, du soleil et de l'immortalité. L'autre, errante, sans nom et sans route, livrée au culte des pierres et des astres, flotte du Nedjed à l'Euphrate; pendant plus de deux mille ans elle échappe à l'histoire. Tout au plus peut-on attribuer à quelque retour oflensif des nomades la chute du premier empire égyptien et le recul des Pharaons jusqu'à Thèbes.
Quand l'histoire commence pour les Sémites, l'unité, pour ainsi dire immuable, de leur organisme linguistique est constituée, et bien plus fortement que l'unité indo-européenne. Les différences dialectales ne porteront ni sur la formation des mots, ni sur le vocabulaire, mais seulement sur quelques nuances de grammaire et de prononciation. Mais l'unité ethnique est rompue. Si l'Arabe, avec sa tête haute et longue, son corps mince et nerveux, son profil à la fois accentué et fin, peut être considéré comme le gardien fidèle du type ethnique, la structure épaisse et courte du