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LE MO.NDE SÉMITIQUE

Chaldcen, l'embonpoint et la face massive de l'Assyrien, témoignent de croisements divers avec des populations plus antiques.

Nous avons déjà signalé l'existence très probable de langues et de races non sémitiques, sumériennes et élamites, sur le contour du golfe Persique, dans la Babylonie et la Susiane. C'est là, dans ces régions très anciennement civilisées, que plusieurs groupes sémites ont fait leur éducation industrielle et religieuse. Du temps où le Sumir Likbagas (3000) régnait en Chdildée, Bab-Ilou, Babylone, « porte de El», florissait déjà, sous des rois pontifes; et les rivages, les îles du golfe d'Ormuzd étaient occupés par des Cananéens, les Poun, Pœni, Pimici, les futurs Phéniciens, donnant la main, le long des côtes, aux Himyarites de l'Arabie méridionale. La Mésopotamie et l'Arménie étaient pleines aussi de Sémites, Araméens au nord et à l'ouest, futurs Juifs au nord et au centre, dans l'AtTapachUis (Arphaxad); enfin Assyriens sur le Tigre moyen. Il semble, d'après la légende de Nemrod, recueillie par la Bible, que les Assyriens aient été une tribu chaldéenne, ayant pour héros éponyme ou dieu national Assour, le mâle de l'Aschéra cananéenne. Toutes ces tribus, plus ou moins compactes, plus ou moins puissantes, recevaient de la basse Chaldée leurs dieux et leurs croyances, la tradition du déluge, le culte des bœufs ailés — allégés plus tard en Chérubins, — des Elohim et BaaUm de toute espèce, des déesses de la fécondité et des soleils printaniers (Adon, Thammuz), morts et ressuscités. Un cataclysme dont on connaît mal les causes, invasion élamite sous la pression des Perses, débordement de Scythes à travers le Caucase, fit crouler, vers 2300, le plus ancien empire assyrien, rejeta les Araméens vers la Syrie, les Israélites vers la basse Chaldée, et décida les Cananéens à franchir le désert, tandis que le torrent des Hyksôs (chefs de pillards), entraînant Édomites, Ammonites, Moabites se précipitait sur le delta du Nil.

Les Cananéens, chassant devant eux les anciens habitants de la Palestine, les Pélestes ou Philistins, se massèrent sur la côte syrienne autour d'Arvad et de Tyros, - c'étaient les noms de leurs anciennes villes du golfe Persique. Enfin, sous le nom •d Hébreux, gens de l'autre rive, la tribu d'un certain Thérach et .dun.certamNachor se décida à quitter Our en Chaldée, emportant ses fétiches, comme Anchise, vivement poursuivie par les rois ■ou chefs élamites, entre autres Choudour-Laghamer. Les chefs -des fugitifs, Abraham et son neveu Loth, éprouvèrent quelques I malheurs aux environs du Jourdain, à Sodome, à Gomorrhe • autres, dont les noms nous sont parvenus, — de génie assez

Lkfèvhe.

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mince et de mœurs douteuses, le bonhomme Isaac, le malhonnête Laban, le niais Éoaii et le rusé Jacob, continuaient de vivre assez péniblement au milieu d'autres nomades, lorsque la famine ou leurs habitudes vagabondes poussèrent les Hébreux jusqu'aux confins de l'Égypte, dans la terre de Gessen, à côté des ilyksôs.

Cependant TÉgypte n'avait pas renoncé à la revanche; ses rois nationaux, durant cinq siècles, n'avaient pas cessé de harceler l'étranger. Ahmès, fondateur de la xvm" dynastie (1700) expulsa définitivement du Delta les armées et le gouvernement des Hyksôs; et ses successeurs, rendant à l'Asie l'assaut qu'ils en avaient reçu, soumettant, ou plutôt rançonnant tous les Cananéens de la Judée, de la Phénicie et de la Syrie, passèrent l'Euphrate et le Tigre. Deux fois Ninive tomba en leur pouvoir, et le monde sémitique presque entier dut subir la suzeraineté des pharaons. L'influence de l'Égypte fut réelle, quoique temporaire; mais dans la pénétration réciproque à laquelle donnèrent lieu les conquêtes des Toutmès et des Amenhotep, la part des Sémites fut en somme prépondérante. Des mariages avec les filles des rois ou gouverneurs vassaux transportèrent et établirent sur le trône thébain le type, les idées et les coutumes asiatiques. Amenhotep IV, notamment, fut un pur Sémite ; il essaya de faire prévaloir le culte solaire de Syrie sur la religion d'Ammon. On a retrouvé en 1887, et M. Halévy vient de traduire, les fragments d'une correspondance échangée entre des rois de Syrie, d'Arménie et de Babylonie et les pharaons Amenhotep III et IV; toutes ces lettres sont écrites en cunéiformes et en dialectes sémitiques ou autres ; et il est probable que les réponses étaient formulées dans les mêmes caractères et les mêmes langues. Au reste, les nations soumises n'avaient point tardé à relever la tête. Saryoukin I" avait reconstitué l'empire chaldéen; les Assyriens, toujours en guerre sur leurs frontières de l'est et de l'ouest, avaient franchi plus d'une fois le haut Euphrate et percé à travers l'Asie Mineure jusqu'en Troade, où le nom d'Assaracus semble un souvenir d'une dynastie assyrienne. Les Hittites ou Khétas occupaient le nord de la Syrie. Et lorsque Ramsès II, Sésostris, voulut, au xv^ siècle, renouveler les exploits de ses aïeux, il fut arrêté à Kadech par les Khétas, et dut rétrograder après une bataille indécise. La grande expansion de l'Égypte était terminée, du moins vers le nord. Les Sémites au contraire étaient en pleine croissance. La Phénicie colonisait les côtes européennes et libyennes de la Méditerranée; Byblos (Gebel), ïyr, Sidon avaient partout des comptoirs florissants où s'échangeaient les poteries, les étolTes, les bijoux de l'orient.

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contre les produits bruts de la Gaule, de l'Espagne et de l'Afrique. Leurs navires à rames et à voiles avaient même franchi les Colonnes d'Hercule et contourné l'Europe jusqu'à l'Angleterre et au Danemark. Non contents de déposer chez les Étrusques, les Sardes, les Pélasges, les Sicules, et chez les Hellènes de l'Egée et de l'Ionie, les rudiments des arts et des philosophies, ils leur apportaient un trésor inestimable, l'alphabet, seize ou dix-huit signes très simples extraits du chaos hiéroglyphique. On conteste aujourd'hui aux Phéniciens la paternité de cette invention fameuse; mais ce sont bien eux qui l'ont propagée dans le monde» et qui, sans le savoir, car ils ne songeaient qu'à l'utilité d'une écriture commerciale, ont donné à l'occident cet instrument nécessaire du progrès intellectuel. Quant aux grands empires de l'Euphrale et du Tigre, au milieu et en dépit de péripéties sanglantes, de révolutions aujourd'hui à peu prés connues et datées, ils s'élevaient à un haut degré de puissance et d'éclat. Ce siècle a déterré leurs palais et leurs temples, leurs livres incisés sur des milliers de briques, leurs cachets aux formules magiques, et déchiffré ces grandes inscriptions triomphales que les rois exterminateurs faisaient graver sur les statues, sur les murs et sur les rochers. Leurs artistes excellaient dans le minutieux et dans le gigantesque. Leurs colosses, rudes et grandioses, soutiennent la comparaison avec les œuvres plus raides et plus grêles des Égyptiens; et leur influence se reconnaît aisément dans les monuments archaïques de l'Asie et de la Grèce.

Les Hébreux n'avaient tenu encore aucune place dans l'histoire. C'est seulement vers la fin du xir siècle, sous un des sucesseurs de Sésostris, que, se trouvant à l'étroit et opprimés dans la terre de Gessen, ils quittèrent l'Egypte, côtoyant avec peine les pointes ensablées du golfe élamitique. De la presqu'île du Sinaï, il leur fallut passer à travers les tribus de Madian, de Moab, d'Édom puis forcer l'accès de la Terre promise; ils y revenaient bien tard, le pays était plein. De là ces exterminations, ces servitudes et toutes ces aventures, naïvement amplifiées plus tard dans les Juges, ce ivre parfois fabuleux, mais si intéressant pour l'ethnographe et e moraliste. Courageux, tenaces, les Bnou-Israêl au nord et à l'est, les fils de Benjamin et de Juda vers le sud, finirent par évincer et absorber en partie les autres Cananéens qui les avaient précédés, sans dépasser la Syrie d'un côté et de l'autre les villes des Philistins, sans percer l'étroite bande phénicienne. Comme tous les Sémites du nord, ils avaient leurs pierres sacrées, leurs Baahm mâles ou femelles, Baal, Moloch, Aschéra, Dagan, leurs

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dieux ailés à tête de bœuf, leurs lions et leurs serpents d'airain, adorés sur les hauts lieux; mais ils se ralliaient tous plus ou moins autour d'un coffre ou arche qui renfermait leur dieu national, céleste ou solaire, El, lahvé, le lao phénicien, et divers objets symboliques, un chandelier à sept branches (figurant les sept planètes), une table, des pains, des ornements sacerdotaux. Leurs voisins avaient ainsi leur patron favori, qui Dagan, qui Astarté, qui Derkéto, Marna, Moloch ou Chémos. On voit ce qu'il faut penser du monothéisme primitif des Hébreux. Ce n'est qu'au X'' siècle, lorsque le brave et peu vertueux David et son fds le fastueux et non moins voluptueux Salomon, eurent, grâce à des circonstances heureuses, mais peu durables, constitué le brillant et éphémère empire juif, que l'arche, transportée en grande pompe dans la capitale nouvellement conquise, devint le centre obligatoire de la religion. Encore le temple de Salomon (si cette merveille du monde a réellement existé) réservait-il de nombreuses cellules aux prostituées et aux eunuques, kedeschot et kedeschi7n, cortège sacramentel de la déesse Aschéra; sans parler du grand serpent, des chérubins, et d'autres animaux, représentants vénérés de l'antique polythéisme. lahvé n'avait à lui que le Saint des saints. L'unité de croyance était d'ailleurs si peu établie que les jalousies suscitées par les prétentions du grand prêtre amenèrent la scission et la ruine de l'empire. Samarie arracha à Jérusalem la plus forte moitié du royaume. Bien plus, dans la petite principauté de Juda, conservée par les deux tribus de Juda et de Benjamin, augmentées des Lévites ou tribu sacerdotale, les prédications des prophètes et les efforts de deux rois piétistes, Ezéchias et Josias (622), ne purent assurer à lahvé un triomphe complet sur les dieux étrangers. Ce triomphe, il ne le dut qu'à la ruine du peuple élu par lui de toute éternité.

L'existence des tribus juives avait toujours été précaire et menacée. Hors d'état de lutter sérieusement même contre les rois de Syrie, quel ne fut pas leur désarroi quand, divisées contre elles-mêmes, elles se trouvèrent prises entre l'Assyrie et l'Egypte, quand ces deux grandes rivales, les entraînant tour à tour dans leur orbite, prirent pour champ de bataille la Syrie et la Judée! Vers le viii'' siècle, la victoire s'était déclarée en faveur des Assyriens, qui au siècle suivant envahirent et dévastèrent l'Egypte; puis celle-ci, relevée par des princes éthiopiens, renouvela la fatale guerre, qui eut pour contre-coup la destruction de Samarie par un nouveau Sargon, Saryoukin, la ruine du royaume d'Israël. Tout ce qui ne périt pas dans le massacre fut transporté en Méso-

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polamie, à la fin du vni» siècle, 708-710. Quelques fugitifs atteignirent Jérusalem et l'Égyple. Enfin au vi« siècle, 587-581, Jésuralem, attaquée par Naboukoudouroussour, le plus grand roi d'un nouvel empire chaldéen, fut prise et brûlée. Une seconde captivité eut raison du courage acharné du malheureux Sédécias, dernier prince de Juda. C'est dans l'humiliation et la misère que les débris de cette race éprouvée recueillirent leurs traditions, non sans y mêler quelques éléments étrangers, et se rattachèrent pour toujours à leur dieu lahvé.

L'Assyrie avait été abattue par les Mèdes. La Chaldée le fut à son tour par les Perses (536). C'est alors que Zorobabel, Esdras et Néhémie, 536-430, purent ramener en cent ans deux ou trois colonnes d'exilés, reconstruire à grand'peine le temple, et compiler enfin, en les complétant, en les interpolant, en les accordant tant bien que mal avec l'orthodoxie, tous ces vieux fragments rajeunis, tous ces poèmes adjugés à David ou à Salomon, et les dithyrambes ou révélations attribués aux divers prophètes. Ce travail, à peu près achevé lors de la traduction grecque des Septante, commencée sous les Ptolémées à l'usage des J uifs alexandrins, se continua durant toute la période des Macchabées et jusqu'aux débuts de l'ère chrétienne. Cependant la nationahté juive, indomptable, survivait aux puissants Sémites du Nord, qui avaient cru la détruire, et, ce qu'il y a de plus étrange, elle survivait seule; seule, elle gardait une sorte d'indépendance. La monarchie perse, le passage fulgurant d'Alexandre, les Séleucides, la domination des Parthes avaient déjà enfoui sous terre la vieille gloire de l'Assyrie et de la Chaldée; la langue même des Sargon et des Nabuchodonosor avait cessé d'être parlée au-dessus de Babylone. La Syrie et la Phénicie avaient tour à tour accepté le joug des Égyptiens, des Grecs et des Romains. Enfin le cruel siège, la prise lamentable de Jérusalem par Titus, une dernière convulsion sous Adrien, mirent fin à, la douloureuse destinée du peuple d'Israël, ou plutôt marquèrent pour lui le commencement d'une agonie, plus longue, plus épouvantable encore, supportée avec une patience, une énergie invincibles. En fait, les trois groupes septentrionaux, Araméens, Chaldéens, Cananéens, avaient été annihilés dès la conquête perse, et le sceptre du monde civilisé avait passé aux Indo-Européens. Et l'on fut bien longtemps avant de s'apercevoir que les maladies léguées à l'occident par ces peuples mourants, corruption babylonienne, religions orgiastiques de l'Asie Mineure, enfin mysticisme- énervant d'âmes désespérées, n'assuraient que trop la vengeance, la revanche des vaincus.

•1^0 DISnuiUJTION OKOCKAI.niyUK W.S LANGUES ET l)KS RACES

En outre, les Sémites du sud, les Arabes, n'avaient pas été entames A plusieurs reprises, les pharaons par la mer Rouge les bargonides par le désert avaient attaqué, percé même, cà et là, ce bloc de 1 Arab.e, l'avaient annexé à leurs empires. Qu'importai au Bedoum insaisissable, aux tribus à peine fixées qui évoluaien autour de la Mecque ou de Médine? L'un portait sa tente dans quelque autre pli du désert, les autres reculaient ou payaient un tribut léger et continuaient sans plus de souci à guerroyer entre elles pour des femmes ou des chevaux. Du temps où la dynastie syrienne vint hâter la décomposition du monde romain, et surtout lorsque Zenobie et Odenath faillirent réahser leur rêve d'empire oriental, les Arabes du nord, où s'étaient fondues les tribus cananéennes demi-juives, Iduméens, Moabites, etc., commencèrent à prendre quelque part à la vie occidentale, à s'imprégner de judaïsme et de christianisme. Mahomet parut, avec son livre incohérent et inofFensif, mais aussi avec sa terrible doctrine de la confusion des deux pouvoirs — religieux et civil. Et l'Islam déchaîné sur le monde encore ébranlé par la chute de l'empire romain et par le tassement difficile des populations nouvelles l lslani rendit au sémitisme une puissance prodigieuse, et cent lois plus funeste au monde méditerranéen que n'avaient pu l'être la domination des cruels Assyriens ou celle des Chaldéens superstitieux. En moins de cent ans donc, les Arabes avaient conquis la Syrie et la Perse, l'Egypte, la côte africaine et l'Espagne la France jusqu'à Poitiers. Cette conquête de l'Orient et du Midi achevée hélas ! par des groupes peu élevés dans l'ordre intellectuel, a menacé l'avenir du monde, jusqu'au jour où Jean Sobieski en plein xvii<= siècle, a fait lever le siège de Vienne au vizir ottoman. Le rôle des Arabes, certes, n'a pas été sans éclat, et les maux qu'ils suscitèrent n'ont pas été sans compensation. Il y a eu une éblouissante et rapide civilisation à Bagdad, au Caire, à Kairouan, à Tlemcen, à Fez, à Cordoue et à Grenade; une riche littérature; un commerce actif qui s'est étendu vers l'Inde, les îles malaises et la Chine; enfin un contre-coup qui, renvoyant en Europe les traductions d'auteurs grecs perdus, chassant de Constantinople les derniers détenteurs de la science hellénique, détermina en Italie, en France, en Allemagne, la Renaissance, la révolte contre le joug humihant, hébétant, de la théocratie chrétienne. Mais, un fait curieux, c'est que ce qu'on nomme philosophie, astronomie arabes, architecture arabe, appartient avant tout aux peuples rudement réveillés par le glaive et la hache des Arabes, aux gens de la Bactriane, du Mazendéran, de la Perse, de la Syrie.

MONDE SÉMlTIQlil-: l-^l

de l'Égypte, de la Barbarie et de FEspagne. L'Arabe — au contraire de l'Assyrien — n'est pas artiste : jamais un Arabe n'a peint ou sculpté la figure humaine. Il est cependant musicien et poète, spirituel conteur, friand de sentences, d'anecdotes, de bons mots et de faits curieux ; mais son esprit vif manque à la fois de largeur et de concentration. Jamais dogme ne fut mieux conçu pour lui que la formule sècbe et vide de l'Islam; que ce pêle-mêle du Coran où fourmillent les maximes, les récits, les contradictions, thèmes oiseux à controverses sans fin. Aujourd'hui le sémitisme peut être encore un embarras, il n'est plus un danger; même le fanatisme musulman, qui est sa création directe, son œuvre néfaste, tout en se propageant chez les races inférieures de l'Afrique, ne semble plus qu'un anachronisme — avec lequel il faut savoir compter sans doute, — mais qui ne peut rien contre l'Europe civilisée et ses annexes, Amérique et Australie. Pour la seconde et pour la dernière fois, la culture indo-européenne a vaincu, d'abord en 337 avec le Perse Cyrus et en 330 avec Alexandre, puis en 732 avec Charles Martel, en 1683 avec Sobieski.

Essayons maintenant d'établir les caractères généraux et de dresser le tableau des langues parlées dans ce très important rameau de l'humanité.

Il n'existe pas d'unité linguistique plus forte et plus inaltérable que celle du groupe sémitique. A peine si les langues, mortes ou vivantes, qui la composent, diffèrent entre elles autant que les dialectes slaves ou romans. Non seulement les éléments du vocabulaire commun n'ont pas changé, mais la structure du mot et de la phrase est demeurée la même. La persistance des consonnes radicales est le trait le plus frappant de cet organisme. Le radical, tel que l'avait fait la phase agglutinante, comporte d'ordinaire trois consonnes, soutenues d'une, deux ou trois voyelles variables, et dont la diversité indique le temps, le mode, la voix, la forme du verbe, le caractère adjectif ou substantif du nom; c'est pourquoi l'on appelle les racines sémitiques trilittères, parce que l'imparfaite écriture, ne notant pas les voyelles, met en évidence •et pour ainsi dire en vedette les trois lettres ou consonnes fondamentales; mais ces racines affectent aussi bien la forme monosyllabique que la forme dys- ou iri-syllabique. Eu outre, diverses particules, le plus souvent monosyllabiques, pronoms, désinences casuelles, préfixes verbaux, complètent l'organisme grammatical, qui est d'une grande simplicité.

D'une même racine tinhttère, qll « tuer », klb i(. écrire », dbr « par-

ro2 DISTIUBUTION CIÎOGIIAPHIQUK DES LANGUKS KT OKS HACKS

1er >,, elc la rtexion vocalique lire des noms comme qall « meurrier », gril « ennemi qailu « meurtre », r,italu « coup », des formes verbales comme r,alala « il tua r,utala, « il J tué » yo^/a, ^o<e/, etc. Des affixes, soit sullixés, soit préfixés indiquent le temps, Ma « tu écris ou écriras », /.a' «1;;!' t^ t écrit ,,. Le verbe sémitique ne comporte que deux temps, un parfait et un aoriste, selon que l'action est accomplie ou en voie de s accomplir; il n'admet que deux modes, l'inHicatif et l'impératif d ou 1 arabe a tiré un subjonctif et un jussif. Les deux voix, l'active et la passive revêtent chacune quinze, treize, sept ou cinq formes, selon les dialectes, caractérisées soit par le doublement de la seconde consonne {qattala, quilala « il a beaucoup tué, il a ete entièrement tué »), soit par l'allongement de la première ou seconde voyelle, soit par la préfixation de diverses syllabes • Inqt.l, hithqatld, hithqôial, niqlâl, etc., pour donner" la signification intensive, fréquentative, causative, désidérative, etc., artifice bien connu déjà des langues agglutinantes et que nous retrouverons dans l'indo-européen. La seconde et la troisième personne du verbe expriment le sexe du sujet : qatalat « elle tua «

Les pronoms possessifs ou personnels, sujets ou régimes, se sufflxent aux verbes et aux noms; ni « moi », ta « toi » • sabaklam a tu m'as abandonné ». Fli « mon dieu ,). Les pronoms démonstratifs paraissent formés des voyelles a, ■/, n, que l'écriture exprime, mais qui avaient un caractère aspiré ou consonant : h doux, yë, oiië.

La déclinaison a deux genres; la terminaison t est le signe du féminin; le neutre paraît avoir existé, mais il a disparu; le pluriel et le duel masculins sont marqués par m ou n(Mm, un, im, in) ; le pluriel féminin garde le t final. Trois cas, nominatif ou, génitif i, accusatif a, (um, im, am) : abd-u, abd-i, abd-a {servus, servi, servuîn), ont été conservés par l'arabe. L'hébreu les remplace par des particules, /, b, el; souvent la simple juxtaposition du déterminé et du déterminant, ce qu'on nomme l'état construit, remplace le génitif : 7nelekh Israël, « roi d'Israël » ; bin idmin, « fils de la droite »; et encore, avec suffixe pronominal, ben-ôn-i (fils, douleur, moi) « fils de ma douleur ». Enfin l'article défini, invariable, ha [J] en hébreu, al en arabe, se préfixe au mot, doublant la consonne initiale, ou bien s'y assimilant : en hébreu hammdckh « le roi »; en arabe ar-rahmân « le miséricordieux ».

En somme, tous les procédés que nous venons de signaler brièvement n'ont rien de -nouveau pour nous, sauf un seul — capital d'ailleurs — la flexion vocalique, jointe à l'invariabilité des con-

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sonnes radicales. C'est ce très ingénieux artifice qui, tout à la fois, rapproclie le sémitique de l'indo-européen, et l'en sépare profondément, si profondément que, leur supposàl-on une période commune, soit monosyllabique, soit agglutinante, il serait impossible d'établir une relation quelconque entre les deux systèmes, ni dans la conjugaison, ni — ce qui importe avant tout — dans la conception de la racine et dans la formation du mot.

La phonétique sémitique, simple sous le rapport des voyelles, surabonde en gutturales aspirées et consonnes emphatiques, /< doux, h fort, hh double, gh, kh; t, d, difficiles à rendre dans nos langues adoucies. Nous nous bornons à ces traits généraux; la matière est trop vaste pour que nous nous y engagions sans déborder le cadre que nous voulons remplir ; et elle a été depuis si longtemps et si complètement étudiée que nous évitons même de citer les centaines d'auteurs qui en ont élucidé toutes les particularités. L'Histoire générale des langues sémitiques, par M. Renan, malheureusement inachevée, est encore, en français, le guide le plus sûr et le plus large d'esprit que nous puissions indiquer.

Les langues sémitiques forment deux grandes branches, subdivisées l'une et l'autre en deux groupes. La branche septentrionale comprend le groupe araméo-assyrien et le groupe cananéen. La branche méridionale comprend le groupe arabe, proprement dit, et le groupe himyarite.

L — On donne le nom d'araméen à deux dialectes fort rapprochés : le chaldéen et le syriaque, qui se séparent surtout par des préférences pour certaines voyelles et par une accentuation différente. A mesure qu'on déchiffrera les inscriptions babyloniennes, on connaîtra mieux les formes du chaldéen antique. Dans l'état présent de la science, celte langue est surtout représentée par certaines parties de la Bible juive, notamment les livres d'Esdras et de Daniel, écrits sans doute pendant la captivité, peu après la chute du dernier empire babylonien, du V au ii" siècle; puis, vers l'époque chrétienne, par les Targum, traductions et paraphrases des livres hébreux; les Talmud, d'origine un peu plus ancienne, renferment aussi beaucoup d'éléments araméens. Le nabatéen et le mendaïte ou sabien, formes méridionales du chaldéen, nous ont laissé un traité d'agriculture traduit en arabe au

siècle de notre ère, et le bizarre Livre d'Adam, peut-être postérieur à l'islamisme.

M. Renan a retrouvé dans le musée de Naples des inscriptions nabatéennes, antérieures à notre ère, et qui révèlent l'état iloris-

154 DisrninuTioiN ckociuphiquic dks langues et des races

sant de celle colonie chaldéenne, émigrée à Pélra, el gouvernée par des rois indépendanls.

Laraméen parlé à l'époque de Jésus se divisait en deux sousdialectes : celui de la Galilée, se rapprochant de la prononciation syriaque; celui de Jérusalem, mieux accentué et plus voisin du chaldéen. Jésus et ses disciples parlaient, évidemment, le dialecte de leur patrie, ce qui ressort, du reste, de divers passages du Nouveau Testament. C'est dans ce dialecW, nommé syro-chaldaique par Jérôme, que furent écrites les notes de Mathieu et de Marc, point de départ du premier et du deuxième évangile.

Le syriaque, dans son état primitif, nous est inconnu ainsi que le syro-chaldéen. Nous savons qu'il entrait pour une forte part dans le dialecte parlé en Judée avant et après Jésus-Christ II peut revendiquer les inscriptions palmvréniennes, qui datent des trois premiers siècles, et la version de la Bible, dite ppchUo (la simple), attribuée au deuxième. C'est proprement la langue de l'aramaïsme chrétien, de toute une littérature controversiste où brillent, dit-on, au premier rang, les œuvres de saint Éphrem, poète, polémiste et commentateur. De grandes écoles, à Ninive à Edesse, sortes de facultés de théologie, ne cessaient, du iv« 'au vi« siècle, de former des écrivains gnostiques, monophysites et nestoriens, dont les querelles remplissent la bibliographie du Maronite Assemani (trois in-folio). Médecine et poésie syriaques, tout était doublé, infecté de théologie. Cependant l'histoire, ou plutôt la chronique des faits contemporains, est représentée dans cette littérature par les ouvrages précieux de Jacques d'Édesse et de Barhebraîus (xiii« siècle), médecin, évêque, primat d'Orient, connu sous le nom arabe d'Abulfarage. Barhehrœus est l'épigone des lettres syriaques; car dès 853 le calife Mottewakkel en avait proscrit l'enseignement. La langue déchnait d'ailleurs, depuis longtemps farcie de mots grecs, latins, francs et arabes. Mais dans son âge d'or (v^-ix^ siècle) elle avait servi d'initiatrice à la philosophie arabe. C'est d'après les traductions syriaques d'Aristote, de Proclus, de Porphyre, par Abraham le Grand, Ibas, Sergius.' Jacques d'Édesse, retraduites en arabe et en hébreu, que les œuvres du génie hellénique furent communiquées à l'Occident barbare. Nous devons donc quelque reconnaissance à cette langue, qui s'éteint obscurément aux environs des lacs de Van et d'Ourmia. Elle est encore employée dans la liturgie des Nestoriens et des Maronites.

L'assyrien est une découverte de ce siècle; il a été révélé par la troisième colonne des inscriptions perses. Les travaux de Raw-

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linson, surtout d'Oppcrt et de Menant, lui ont, non sans lutte, assuré sa place, d'ailleurs incontestable, dans la famille sémitique. Il suffit de le transcrire en hébreu pour faire éclater sa parenté avec les autres dialectes congénères. Les cunéiformes, d'une lecture si difficile à cause du mélange des idéogrammes avec les signes phonétiques, ont du moins cet avantage d'être syllabiques, et de démontrer par le fait que les fameuses consonnes neutres du radical trilittère n'étaient nullement muettes, et que le mot sémitique a procédé d'une lente agglutination et non d'une abstraction préconçue.

Au groupe cananéen appartiennent le phénicien , le samaritain, les langues de la rive gauche du Jourdain — notamment le moabite, connu par la stèle de Mésha, — enfin l'hébreu. Il y a presque identité entre le premier et le dernier de ces dialectes. On signale dans le phénicien quelques formes primitives, qui ne sont plus en hébreu que des archaïsmes; il offre aussi, même dans ses dialectes coloniaux, des traces d'aramaïsme que les Juifs, réfugiés en Egypte, ont naturellement évitées. De la littérature phénicienne, il ne reste rien que les fragments traduits de l'historien Sanchoniathon, et une version grecque du périple d'Hannon. Mais des inscriptions fort nombreuses, récoltées sur tout Je pourtour de la Méditerranée, à Carthage et dans les îles de Chypre, Malte, Sardaigne, etc., ont permis de classer la langue, en toute sûreté. La Phénicie elle-même n'a fourni que peu de textes épigraphiques très importants, la longue inscription qu'on peut voir au Louvre sur le coffre mortuaire d'Eschmounazar, roi de Sidon, et la stèle de Jehawmelek, roi de Byblos, interprétée en 1873 par MM. de Vogué et Renan. Ces petits princes, vassaux de l'Égypte ou de la Perse, semblent avoir vécu au vi'= ou v'= siècle ; les conquérants toléraient d'ordinaire ces dynasties locales. « C'est moi, dit en effet Jehawmelek, moi, fils de Jeharbaal, petit-fils d'Adommelek, que la dame Baalalh (la déesse Baaltis) a fait roi de Byblos », etc. Ce texte, qui décrit sommairement le portique et le sanctuaire dédiés à Baalath, prouve l'exactitude des peintures de Lucien et de Plutarque.

Nous avons mentionné le phénicien d'abord; c'est parce qu'il a pu et dû se développer avant l'arrivée des Hébreux en Palestine; mais nul n'ignore que la langue de l'immortel Job a joué dans le monde — après son extinction toutefois — un autre rôle que sa sœur cananéenne. Nous avons dit la tardive compilation de la Bible, la mise au point orthodoxe 'de tous les fragments, des livres de tout âge emportés à Babylone, ce travail d'ensemble, dû aux

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Esdras et aux Néhémie, qui se trahit par l'unité presque parfaite (le la langue. S'il y a, comme on le pense, dans la Bible, quelques morceaux antérieurs au xi" siècle, si quelques psaumes, si Job, si les Jurjes remontent bien au siècle de David et de Salomon, c'est par induction seulement qu'on les distingue des parties refaites — comme le Pentateuque — ou tout à fait modernes, comme les Chroniques et les menus romans de Judith, Jiulh ou Table, écrits longtemps après que le chaldéen et le syriaque avaient remplacé l'hébreu comme langue parlée. Bien avant l'époque des Macchabées, l'araméen régnait en Palestine. On continua cependant à rédiger en hébreu jusqu'au i" siècle avant notre ère ; il se conserva dans les écoles rabbiniques jusqu'au xii" siècle. Son monument principal en cette période fut la Michna, recueil de traditions, sorte de seconde Bible. Après la décadence des Arabes — surtout en Espagne — les prêtres juifs revinrent à leur langue nationale, l'écrivirent, la parlèrent, et l'enseignent encore.

L'hébreu ancien manque de termes abstraits; et de cette indigence relative naît sa principale beauté, l'énergie métaphorique du langage; il y a peu d'oeuvres plus colorées, plus puissantes que Job. Certains psaumes mythiques — si mal compris d'ordinaire, — plusieurs visions d'Isaïe, d'Ézékhiel et autres, quand l'idée ne s'échappe point dans un délire d'énerguméne, enfin les naïfs récits des Juges, si païens, si cruels et si courageux, se lisent les uns certainement avec admiration, les autres avec plaisir. L hébreu a la concision et la force du latin, avec la simplicité des langues analytiques.

II. — L'arabe, prototype de la branche méridionale, a plutôt la subtilité et la richesse du grec. 11 a gardé, presque intactes, toutes les ressources que comporte le parler sémitique, les trois cas, diverses formes verbales (perdus par l'hébreu), l'état construit, les pluriels brisés obtenus par modification des voyelles de la racine [abd « serviteur », ibd ou ibâd « serviteurs »); ajoutez que, des autres langues sémitiques, il s'en faut que nous connaissions tout le vocabulaire, tandis que l'immense littérature arabe, abordant tous les sujets et tous les genres, a mis à contribution toutes les richesses de son dictionnaire.

Cette littérature du rameau le plus pur, et sans doute le plus ancien, de toute cette famille ne présente aucun monument comparable à la Bible, mais elle est brillante et abondante. Elle n'est pas ancienne et semble n'être apparue qu'après l'épuisement des autres idiomes sémitiques. Les fameuses Cacidas, poésies couron-

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