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DISTUIDUTION GÉOGIUPHIQUE DES LANGUES ET DES RACES

et qui, dans leur folle ardeur, se lancèrent jusque dans l'Asie Mineure, on Galatie. C'est pour en finir avec leurs incursions, avec les iumulles gaulois, que les Romains, après les avoir domptés à grand'peine dans la Cisalpine, annexèrent, vers le milieu du I" siècle avant notre ère, la Gaule à la république, bientôt à l'empire. On sait avec quelle rapidité Celtes et Gaulois adoptèrent la langue et la civilisation de Jeurs vainqueurs. Le gaulois, le plus ancien des dialectes celtiques, était complètement éteint avant le v*^ siècle de notre ère; et les autres ne sont plus que des dérivés altérés d'une langue disparue que les uns apparentent au latin, les autres au teutonique. Quoi qu'il en soit, leur littérature, assez abondante, est soigneusement étudiée par les Luzel, les Gaidoz, les d'Arbois de Jubainville, et l'origine indoeuropéenne de leur vocabulaire et de leur grammaire a été nettement établie par Pictet {De Vaffinité des langues celtiques avec le sanscrit, 1837), par Bopp {Des langues celtiques au pohit de vue de la grammaire comparative^ 1838), et par Zeuss {Grammatica celtica, 1853).

Le puissant rameau germanique a eu de tout autres destinées; ce n'est pas que son existence historique soit fort ancienne, mais il s'est ramifié lui-même en branches vivaces et cultivées, qui couvrent tout le centre septentrional de l'Europe, l'Angleterre et les États-Unis. Le nom le plus anciennement connu des Germains ou Tudesques {Téotisk) semble être celui de Bastarnes. Dès l'an 182 avant notre ère, ils flottaient du Niémen au Rhin, des Alpes à la mer Noire. Bientôt parurent les Teutons de Marius, les Suèves d'Arioviste, puis les Germains de Varus, les Quades, Alamans, Francs de Marc Aurèle, de Probus et de Julien. Par suite de cette étrange inattention des anciens, rien des premiers temps des langues germaniques ne nous est parvenu. C'est par grand hasard qu'un manuscrit précieux du v° siècle, gardé à Upsal, le Codex argenteus^ nous a conservé les fragments d'une traduction gotique de la Bible. Véritable trésor, auquel on préférerait sans doute quelque poème original; mais il faut se contenter. L'auteur est un Cappadocien, élevé chez les Gots occidentaux, sur le bas Danube, et qui, sous le nom d'Ulfilas, devint leur évêque et leur chef (311-381). Les Gots, Wisigots et Ostrogots, qui jouèrent un rôle si funeste dans le triste drame de la chute de l'empire romain, étaient l'arrière-garde germanique ; ils barraient le passage entre la mer Noire et la Baltique; enfoncés par l'invasion slave ou wendique, en 77 de notre ère, ils furent rejetés partie en Suède, partie entre le Dniester et les Balkans, d'où ils se ruèrent sur la Grèce,

l'Italie et la Gaule méridionale. Le gotique s'est éteint au ix" siècle. Par ses formes moins mutilées, moins sourdes, il se classe presque à l'étage latin ou grec; il n'est pas le père, mais il est l'oncle, le frère aîné des autres dialectes teutoniques ; sa parenté est surtout marquée avec les langues Scandinaves et avec les variétés du basallemand.

Le plus anciennement cultivé des idiomes Scandinaves, le vieux norse ou norrois, porté et établi au ix" siècle en Islande par des païens fuyant le bienfait de la propagande chrétienne, nous a conservé les plus précieuses traditions sur la mythologie du Nord. Les Hliods et les Quidas qui se récitaient aux viP et viii" siècles en Norvège, avant l'émigration, ont été réunis au xi' siècle dans VFdda poétique de Sœmund. UFdda en prose de Snorri Sturleson, au siècle suivant, puis de nombreuses Sagas, complètent le cycle des légendes nationales, le plus souvent communes à toutes les tribus teutoniques. Le danois et le suédois, qui se sont développés à côté du norrois, forment deux branches indépendantes, quoique très voisines, de la famille Scandinave.

Le nord de l'Allemagne parle volontiers certains dialectes qui ne s'écrivent plus, le platt-deutsch ou medcr-deulsch, le bas-allemand, intermédiaire entre le Scandinave, l'allemand et l'anglais. C'était la langue de Witikind, et deux manuscrits du vni" siècle nous ont transmis un poème chrétien écrit à cette époque, pour la conversion des Saxons, le Heljand, le « Sauveur ». Le frison, cultivé au xn'^ siècle; le flamand, langue de la cour bourguignonne au XV'' siècle, et son jumeau le hollandais appartiennent au même groupe, et sont intimement liés à l'anglo-saxon. La langue anglaise, qui a reçu du latin et du français plus de la moitié de son riche vocabulaire, n'en demeure pas moins essentiellement germanique par le peu qui lui reste de grammaire, et par son vieux fonds anglo-saxon apporté aux Y, vi" siècles par les Jutes et les Angles. L'anglo-saxon, fort voisin du gotique, est représenté par le poème épique de Beoivulf, qu'on fait remonter au vil" siècle; il a été parlé jusqu'à Guillaume le Conquérant (1066). Grâce aux simplifications que l'âge y a introduites, ce vieil idiome rajeuni, langue de Shakespeare, de Bacon, de Walter Scott et de Shelley, qui a produit une magnifique littérature, s'est répandu dans le monde entier. C'est l'idiome conquérant. A lui est échue la gloire de déformer tous les gosiers de l'univers, et d'affliger l'humanité d'un gloussement et d'un zézaiement incurables.

Les tribus germaniques destinées à former la nation allemande proprement dite ont éprouvé bien des vicissitudes, qui expliquent

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en partie l'absence de très anciens documents de leurs dialectes. Ce que les Romains et les Gaulois ont appelé invasion germanique fut le plus souvent émigration forcée sous la double pression des Slaves et des Huns. Du v" au xvi" siècle, il n'y avait plus ^d'Allemands dans l'Allemagne orientale. Les Slaves occupaient la Silésie, touchaient à la Saxe; les Avares s'approchaient du Rhin et confinaient à l'empire de Charlemagne. L'Allemagne indépendante, au vni° siècle, était réduite à la Saxe, conquise et annexée par l'empereur franc. Les Francs eux-mêmes, répandus en nombre dans les provinces rhénanes, étaient comme noyés et fondus dans l'empire latin auquel une de leurs familles — fort métissée de Belge — avait fourni des chefs. Et bien que les rois d'Austrasie eussent conservé leur dialecte national, bien que Charlemagne le parlât et eût pris soin de colliger des chants et des traditions germaniques, le domaine du vrai teuton était des plus restreints. 11 comprenait des dialectes alamans, bavarois, souabes, franciques. Le franc des Mérovingiens et de Charlemagne tenait sans doute le premier rang dans cet ancien haut- allemand : on peut citer comme se rapportant à cette période le texte du serment prononcé par Charles le Chauve en 843 avant la bataille de Fontenai, et, au x° siècle, un chant qui célèbre la victoire de Louis III et Carloman sur les Normands.

Au xii" siècle, c'est le souabe, le dialecte des Hohenstaufen, qui prévaut et constitue le moyen haul-allemand, assoupli par les Minnesinger, illustré par les créateurs de l'épopée nationale des Nibelungen. Enfin l'allemand littéraire naît avec la traduction de la Bible par Luther, comme l'arabe classique avec le Coran, et devient la langue universelle d'une Allemagne très agrandie. 11 n'est pas besoin que je vante ici la poésie, la philosophie et la science allemandes. Mais nous pouvons regretter, pour la langue comme pour la religion, l'extrême timidité de la Réforme. Luther n'a pas osé débarrasser l'allemand de ces terminaisons nasales et sourdes, de cette construction traînante, de ces détritus de déclinaison, qui gênent l'oreille et rebutent l'esprit.

Les provinces septentrionales de la Prusse ont longtemps appartenu aux Lettes et Lithuaniens qui y avaient remplacé les Vandales, les Hérules et les Lombards. C'est la conquête violente, la croisade chrétienne de l'ordre Teutonique qui en a rattaché la plus grande partie à l'Allemagne. Quant à la Lithuanie russe, elle a partagé le sort de la Pologne. Le groupe lettique, qui se recommande par sa physionomie ancienne, ne nous est connu, comme cela arrive souvent, que par des documents modernes. Il compre-

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nait le bormse ou vieux prussien, éteint au xvii" siècle, représenté par huit cents mots d'un lexique du xv« siècle et par un catéchisme daté de 1561. A la frontière de la Prusse orientale et dans la Lithuanie russe, quinze cent mille âmes environ parlent le lithuanien, souvent mieux conservé que le sanscrit lui-même. Sa littérature consiste dans les œuvres d'un poète, Donalisms, né en 1714, mort en 1780. On a recueilli en outre un certain nombre de contes en prose, de proverbes et de dainas, chants populaires. Le lelte, plus corrompu, est parlé, au nord de la Courlande et au sud de la Livonie, par un million d'individus.

Ces langues sont apparentées à l'un des groupes les plus considérables de la famille, le groupe wendique ou slave, apporté en Europe durant les cinq premiers siècles de notre ère, et qui se divise en deux grands rameaux, oriental et occidental. Le premier comprend le russe, grand-russe au centre ouest de la Russie, petit-russe, rusniaque ou ruthène au sud de la Russie et jusqu'en Autriche (14 millions d'âmes, documents du xi'= siècle) ; le serbe, le croate, le slovène et le bulgare, dont la forme la plus ancienne est à tout'le groupe ce que le gotique est aux dialectes germains; au contraire le bulgare moderne est des plus altérés. Le vieux bulgare ou slave ecclésiastique, que le législateur de la grammaire wendique, Miklosich, était tenté de proclamer le père de tous les idiomes slaves — lingua Palœo-Slovenica, — a été fixé au ix« siècle par les apôtres Cyrille et Méthode, dans leur traduction de la Bible. A côté de lui, le slovène a laissé des fragments qui remontent au X" siècle.

La branche occidentale a couvert, du vii'= au ix" siècle, de ^ vastes espaces où l'allemand seul est connu aujourd'hui : Poméranie, Mecklembourg, Brandebourg, Saxe, Bohême occidentale, haute et basse Autriche, Styrie et Carinthie du nord. Si refoulée qu'elle ait été, elle compte encore des dialectes nombreux, entre autres le wende de Lusace, qui s'éteint, le tchèque ou bohémien, très vivace (10 millions), dont une variété, le slovaque, se maintient en Hongrie; enfin le polonais (10 millions), si maltraité, si envahi, dont la littérature, très importante, commence à la fin du x" siècle, et compte, à partir du \u% une foule de chroniqueurs et de poètes. Le tchèque a été cultivé dès le viii" siècle. Ses premiers, monuments sont les célèbres .manuscrits de Kralovdor et de Zélénohora, découverts en 1817; remontant à la période de transition entre le paganisme et le christianisme, ils sont aussi précieux pour la mythologie que pour la linguistique. La période hussite donna aux lettres tchèques un grand éclat. Mais vaincue, livrée aux

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Jésuites, la Bohême vit sa langue proscrite- ' u

depuis la fin du dernier sioclef avec d au '^^ rattache, Répétons encore que la mlinL , Pl"s d'énergie,

langues slaves ne ler^nl êcÏ 'det^re:!.::^-"^ époques du parler indo-européen; leur gTammaire es ' """T d'un caractère tout à fait archaïque, surTouTdans H , 7''^"'' Le groupe est très uni. Un Bohémien dit W slovaque, un Slovaque le polona" un 'p,,^''''"f ' '^''^^ le

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Ihl 1 1 '=°"'P''='™«n' «lueidées par M. Michel Bréal Ces tables d Agnone et d'Iguvium nous révèlent des formes e surtou une phonet,que très particulières, qui ont certainement ofl su

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V.rgile et de Tacite ava.t conquis, non seulement nialie mais

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vu siècle 1 idiome de l'occident civilise ou demi-barbare Mais celte langue de la littérature et de l'administration i^a'ail pas

LES INDO-EUnOPÉENS l'^i

supprimé les patois provinciaux, un latin vulgaire, porté dans les pays conquis par les légionnaires. Le latin des campagnes et des camps {rusticus, castrensis), altéré, contracté, tronque par des gosiers daces, germains, gallo-francs, celtibères, donna naissance, vers le ix' siècle, à sept groupes de dialectes nouveaux, novolatins ou romans: le /rançaù (Ile-de-France, bourguignon, picard, wallon, normand), le provençal (dauphinois, génois, piémontais, limousin, toulousain, béarnais, catalan), Vespagnol, le gallego ou portuqms, VitaUen (vénitien, lombard, toscan, corse, sarde, napolitain sicilien), le ladin (frioulan, tyrolien, roumanche) et le roumain (moldo-valaque, valaque du Pinde) qui, plus ou moins mêlés de mots étrangers, ont conservé le vocabulaire et l'accent de leur langue mère, mais en faisant passer les éléments indoeuropéens du stade synthétique au stade analytique. L'histoire et le développement de ces langues, toutes filles du latin provincial, nous font assister à la transformation graduelle d'un idiome en dérivés libres et originaux. Si nous transportons cet exemple, ce phénomène, qui s'est produit, pour ainsi dire, sous nos yeux, à l'époque où l'indo-européen s'est scindé en familles diverses, nous nous trouverons, dans les temps préhistoriques, éclairés par l'histoire elle-même.

Le grec, la plus nuancée, la plus subtile et la plus savante des langues anciennes, s'est développé bien des siècles avant le latin ; les souvenirs des Hellènes nous reportent à 1800 ans avant notre ère; le hom des Achéens {Akamcha) figure sur une inscription égyptienne du xiv-^ siècle. La colonisation de l'Asie Mineure date du xi" siècle : c'est l'époque des poèmes homériques, recensés au VI^ Nous voyons d'abord les héros légendaires Eolus, Achœus, Ion et Dorus descendre le long de l'Hémus et du Pinde entre les Thraces, les Pélasges, les Épirotes, dont l'albanais et f étrusque nous ont peut-être conservé la langue, et se cantonner dans les districts montagneux de la Thessalie, de la Piérie, de la Phthiotide, autour de Dodone et de Delphes; puis, de l'Hellade et du Péloponnèse rapidement conquis, les quatre ou cinq peuplades accrues essaimer sur l'Asie, sur l'Afrique, sur l'Itahe, sur la Gaule, et partout succéder aux Phéniciens. Les divers dialectes coexistants, l'éolien, trait d'union entre le grec et le latin, l'ionien d'Homère, d'Hésiode et d'Hérodote, l'attique de Platon et de Démosthène, le dorien de Pindare, des chœurs tragiques et de Théocrite, le crétois, le laconien, le macédonien, etc., conservés soit par une littérature impérissable, soit par d'abondantes inscriptions, nous permettent de pénétrer profondément dans la structure et dans

...STR.BCT.ON O.COG.U..n,Ut;. LANGUKS DES RACKS

l'hisLoirodu grec. Vers les temps d'Alexanrlr/. loc r t .

disparaître, se fondent littérairement dan" ^ -

celle de Polybe, de Plutarque, de Luc^^n pL'^l'f"^"'^ ""'^r™''

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et Cyrene, langue caractérisée par la Drédominnn.. , f.

vers le siècle, le grec se corrLpt d^s^c aU:":'::^

1 âge byzantin, qui nous conduit par gradation au gree moderne

ou romaïque, parlé en Grèce, dans l'Archipel et surfes ô" de il

l urquie d'Europe et d'Asie. C'est à ce mince courant r ue s e t

redud le large fleuve ancien, où s'abreuva toute l'humale ^en-

Quittant l'Europe, nous rencontrons en Asie Mineure des lan gaes éteintes et mal connues, mais dont les inscript on de e m": neront sans doute le caractère, le phrygien, le ca'rien, le lycien certainement apparentées au grec, peut-être au groupe éran en qui s annonce à nous par l'arménien, le kurde et l'osse'te ou i " du Caucase. Nous ne pouvons nous arrêter à cette avant-garde pourtant fort intéressante (l'arménien surtout). Nous écartons d^ même, en les mentionnant, les dialectes éraniens orientaux 1 afghan ou pushtu et le béloutche; la Perse antique nous réclame' La découverte du groupe éranien ou iranien, aujourd'hui représente par la très charmante langue de Firdousi (x' siècle), de Hafiz et de Saadi est une des plus glorieuses étapes de la philofog mode,ne. C'est un Français, l'aventureux, l'héroïque'Anqueû Duperron, qui, au prix de fatigues sans nombre, inimaginables après avoir appris à Pondichéry et à Surate le tamoul, le persan' le pehlevi, acquit des desiours, ou prêtres guèbres, cent quatrevingts manuscrits, entre autres le Zend-Avesta^ accompagné de tiaductions pehlev.es, persanes et sanscrites, et les arrachant aux mains des Anglais, qui l'avaient fait prisonnier, les déposa enfin à la bibliothèque royale de Paris (1734-1762). La traduction qu'il pubha en 1772, d'après le persan, est des plus imparfaites; elle donna du moins l'éveil aux philosophes et aux philologues Après lui, le Danois Rask essaya le premier le déchiffrement du texte original, mais l'honneur de fonder la science éranienne fut dévolu a notre Eugène Burnouf. En décalquant le zend sur le mauvais sanscrit du traducteur Nériosengh, Burnouf retrouva tout entière dans sa grammaire comme dans son vocabulaire, une lan-uè qui lui permit de lire les inscriptions cunéiformes des Dar'ius et des Xerxès. Ses travaux {Commentaire sur le Vacna, 1833 • Mémoires sur les wscripiions de Hamadan, 1836; Études sur les textes zend, 1840-1850, ont été repris et complétés par Bro-

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khaus 1850, Westergaard 1852, Haug, Kossowics, Justi, Spiegel (1851-56-63), enfin par MM. Michel Bréal, Hovelacque, de Ilarlez.

Les plus anciens monuments éraniens ayant date certaine sont les inscriptions des Achéménides (Hamadan, Bisoutoun) ; ils appartiennent au perse proprement dit. Les textes zend, tels que nous les avons, sont probablement postérieurs à la naissance du huzvarech ou pehlevi des Sassanides, du pazend ou parsi; on peut fixer leur date au m" siècle de notre ère (226). Et cependant leur langue présente des formes de la plus haute antiquité, presque toujours jumelles des formes sanscrites. C'est que ces Gathas, ces versets liturgiques, ;iébris d'une littérature morte déjà depuis cinq cents ans peut-être, réunis à l'époque d'une restauration du magisme, nous ont conservé un idiome parlé par Zoroastre, dans la Médie et la Bactriane, il y a quelque trois mille ans, et emporté par les aïeux des Mèdes et des Perses lorsqu'ils vinrent s'installer à fest et au nord des Élamites et des Assyriens, tandis que les Ossètes et Arméniens, se reliant aux Slaves par les dialectes scythiques, contournaient la côte ouest de la Caspienne et les massifs du Caucase.

Mais voici les Aryas de l'Inde — on ne leur contestera pas ce nom, pas plus qu'aux rois de Perse qui le revendiquent, — voici les futurs conquérants du Bengale, qui s'avancent avec lenteur dans le Pendjab, parmi les affluents du haut Indus, s'arrêtant çà et là pour bâtir des maisons, ensemencer des champs, paître leurs troupeaux, se combattre et se piller entre eux, célébrant sur le gazon sacré la découverte du feu, associant aux sacrifices les ancêtres, les forces de la nature et les dieux brillants de l'orage et de la lumière. Vers le siècle, ils atteignent le Gange et les bouches de rindus; ils pénètrent dans l'immense péninsule, ils s'emparent de Ceylan et débordent sur la Birmanie, le Cambodge et les îles malaises. Chez eux, l'écriture est tardive; au lu^ siècle seulement, lorsque le sanscrit classique n'est déjà plus qu'une langue littéraire, ils fixent le texte, conservé par l'enseignement oral, des Védas, composés dans une langue plus vieille que le zend. Mais bien que remplacé dans l'usage par le prakrit, le maghadi, langue du bouddhisme, par le pâli, langue sacrée de Ceylan, il reste l'idiome des philosophes, des grammairiens et des poètes, des grandes épopées, du théâtre, des Pourânas; il reste jusqu'à nos jours, et sans interruption, la langue sacrée des brahmanes, qui l'écrivent et le parlent encore. Autour de lui fleurissent les dialectes modernes, ses fils et ses petils-fils, l'hindoui, l'hindoustani, le bengali, le mahratte, le guzerati, le gipsy des tsiganes; et

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jusque dans le malais il fait sentir sa puissante influence, par i intermédiaire du kawi, langue sacrée de Java

Pour établir l'unité originelle de toutes ces langues, il suffit de confronter quelques centaines de mots pris au hasard dans les diverses catégories grammaticales; mais plus probante encore est 1 étude des transformations subies, d'âge en âge, de nation à nation, par des éléments, des racines, des suffixes, qui leur sont communs. C'est, en effet, la constance respective des variations phoniques et formelles dans chaque groupe et chaque idiome de la famille qui a servi de base à la grammaire comparée; elle a permis à Bopp, à Schleicher, de mesurer pour ainsi dire les degrés de parenté entre les langues congénères, de distinguer entre les éléments communs à toutes et l'emploi particuher de ces éléments, d'où résulte le développement original de chaque idiomede conformer l'étymologie aux lois 'de l'altération dialectale' enfin de restituer, pour chaque racine et pour un grand nombre de mots, déjà conjugués et déclinés, un état sinon primitif, du moins antérieur aux variantes dont il est le point de départ, la raison d'être. De sorte que les divergences des dialectes fournissent les preuves les plus sûres de leur affinité généalogique; bien plus, en ramenant le chercheur au type dont elles ont émoussé les contours, elles lui révèlent les traits, certains ou vraisemblables, de l'antique organisme indo-européen. Ainsi, de certaines monnaies mérovingiennes ou féodales, le numismate remonte au Probus, à l'Aurélien, au Philippe défigurés par le burin ignorant et obtus du copiste barbare.

C'est ainsi que la grammaire comparée parvient à rétabHr, selon toute vraisemblance, les formes organiques de l'idiome indo-européen, au moment même où, déjà arrivé à la fiexion, il allait subir ces altérations et ces renouvellements qui l'ont scindé en huit langues mères. Supposez le latin disparu : la comparaison attentive des sept idiomes romans qui en sont nés suffirait pour le reconstituer. Il en est de même pour l'indo-européen. Des esprits aventureux ou prudents, Chavée, Schleicher, en ont analysé le mécanisme. Fick en a dressé le dictionnaire.

La forme organique retrouvée devient le terme de comparaison entre toutes celles qui s'en écartent sans toutefois en perdre la trace. Et l'on s'aperçoit immédiatement qu'aucun idiome ne tend à l'état organique, que tous s'en éloignent, que tous, à divers degrés, sont, non pas des ébauches mais des empreintes altérées, non pas des embryons, mais bien des détritus et des vestiges du type antérieur et inconnu.

Aisément encore, à mesure que l'on confronte, radical à radical, désinence à désinence, tous les éléments communs aux divers vocabulaires, on constate que l'altération, l'usure de ces éléments, va croissant dans la direction de l'occident, du sanscrit védique au zend, du zend au slave, du zend au grec, du slave au germain, du grec au latin, du germain et du latin au celtique. Les exceptions partielles sont nombreuses assurément, mais la loi est générale. Pour éviter les formules absolues, disons que le rameau oriental, les deux branches aryennes, sanscrit et perse, est beaucoup mieux conservé, beaucoup plus voisin de l'état organique que les rameaux du nord-ouest et du sud-ouest.

Si donc l'indo-européen a existé, avec son matériel de radicaux et de désinences, sa déclinaison et sa conjugaison, avec sa grammaire type, il faut qu'il se soit formé dans une région où aient pu se connaître et s'entendre, d'où aient pu graduellement s'écarter les ancêtres linguistiques de l'hindou et du perse, de l'hellène, du latin et du celte, du gotique, du Scandinave, du teuton, du slave et du lithuanien. Le tronc ne peut se trouver qu'au point de départ des rameaux.

Que nous dit l'histoire, soit traditionnelle, soit fixée par des documents certains? Sur le passé des Hindous et des Perses, nous possédons le témoignage des Védas, des épopées et du Zend- Avesta. Nous pouvons déterminer, à partir des défilés de l'Indou- Kouch, la marche des tribus voyageuses qui se sont assez lentement avancées du Pendjab au Bengale et au Dékan, et ont conquis la grande péninsule sans toutefois supprimer les populations vaincues. Ils ont marché du nord au midi, et aucun de leurs souvenirs ne se rapporte à une lointaine origine occidentale. Leur patrie primitive, ce qu'ils nomment VAryavarta, est en même temps VArya-vaedja des Éraniens, qui, à n'en pas douter, y étaient demeurés après eux, assez longtemps pour les oublier. Or les Aryo-Perses sont partis de la Bactriane, où ont été composés les Gathas de l'Avesta, de la Bactriane, d'où les ont expulsés les Touraniens, les Turcs, ces légendaires et historiques ennemis maudits encore au X" siècle de notre ère dans le Chahnameh. Le nom d'Arie, Ariane, donné à une région intermédiaire entre le Caboulistan et la Médie, marque une seconde étape de ces Aryo-Perses, les uns se décidant à contourner la Caspienne pour gagner la Médie, l'Arménie, les autres se massant peu à peu dans la Perside, jusqu'au jour où Mèdes et Assyriens leur céderont l'empire.

Bien avant l'arrivée des Perses dans l'Asie antérieure et même des Hindous dans la vallée du Gange, l'histoire nous montre des

no DISTRinUTlOÎS Gl'OGUAPIlIQL'K DES LANGUES Eï DES IIACES

parents des Grecs, les Phrygiens et Lyciens, installés dans l'Asie Mineure, et les Hellènes eux-mêmes dans les vallées de FHémus et du Pinde, déjà sortis de la Thrace, dont ils connaissent et célèbrent les montagnes, le Rhodope et l'ismare. 11 existe sans doute un vaste hiatus entre la Thrace et la Caspienne, et les Hellènes ne se rappellent pas le voyage qu'ils ont dû accomplir; mais ici la linguistique et la mythologie viennent en aide à l'histoire; il est impossible de séparer la langue d'Homère çt celle des Védas; les légendes localisées par les Hellènes, par les Phrygiens, par les Crétois autour de leurs Olympes et de leurs Idas procèdent en droite ligne du fonds oîi ont puisé les rapsodes aryas. La marche des tribus helléniques vers l'Hellade et le Péloponnèse est la continuation du mouvement qui les a portées en Phthiotide et en Piérie. Enfin la fable des Argonautes, l'expansion de leurs colonies sur les bords septentrionaux de la mer Noire, dénote une connaissance antérieure de la Colchide et de la Chersonèse Taurique. C'est au Caucase que Zeus fait clouer Prométhée. Ne sont-ce pas là autant de réminiscences d'un chemin parcouru, sous la pression des Cimmériens (les Gimbres ou Gaulois) et des Scythes, les Slaves sans doute, mêlés aux Finno-Mongols?

Bien plus que les Grecs, les Latins sont ignorants de leur origine — puisque leur vie historique n'a commencé qu'au via" siècle, et que leurs traditions troyennes leur ont été suggérées par les Étrusques et les Grecs de Cumes. Mais ils n'ont pu ni apprendre, ni créer leur langue en Italie : elle procède directement du fonds indo-européen et se rattache aux formes les plus anciennes du grec, à l'éolien. Ils n'ont pas non plus inventé leur Jupiter, le Dyampitar des Aryas. Très peu nombreux, infime tribu perdue entre les nations helléniques et la masse gauloise remontant le Danube, ils ont dû se glisser le long des Alpes et de l'Adriatique, emportés par la migration des Ombriens (xiv" siècle), ou poussés au x*^ siècle par l'exode des Pélasges-Tyrsènes (les Étrusques). Puis ils se sont cantonnés entre Albe et Cures, ils ont végété là, jusqu'au jour où ils ont pris part à la fondation de Rome.

Les Celtes bruns dont l'ethnographie relève la trace depuis la Dacie jusqu'à l'Armorique et à l'Irlande, les Gaulois blonds (Volk, Bolg, d'où Belge etWelche — anglais folk, le peuple), — les Gaulois, qui, au temps de Ambigat et de Bilurix, occupaient toute la Germanie et bientôt la Gaule, la Grande-Bretagne et le centre ouest de l'Espagne, les Gimbres ou Kimris dont j'ai peine à séparer le nom des Cimmériens, tous ces peuples, qui parlaient un dialecte, des dialectes indo-européens, ont bien marché d'Orient en Occident:

à tel point qu'ils ont été poussés et refoulés jusqu'au Rhin et à l'Atlantique, par les Allemands et les Slaves. La langue gauloise, presque anéantie, était notoirement apparentée au latin — ce qui en explique la disparition rapide; quant aux dialectes néo-celtiques, malgré leur forme altérée, ils ne sont pas moins marqués de l'empreinte familiale.

Restent les Germains, Slaves et Lettes, dont la provenance ne peut faire l'objet d'un doute. Les premiers n'occupaient pas encore leur pays du temps de la domination gauloise, ou tout au plus ils disputaient les côtes de la Baltique à des prédécesseurs finnois. Au milieu seulement du i'^'' siècle avant notre ère, les Suèves se montrent en force sur le bas Rhin; César les maintient sur la rive droite et les y refoule. Peu à peu l'Allemagne s'emplit entre l'Oder et le Rhin, le Jutland et les Alpes; elle fourmille de tribus, jadis fameuses, aujourd'hui effacées de la carie, Ghérusques,Irminons, Iscaevons, Ingsevons,Quades, Marcomans, détruites soit dans leurs longs démêlés avec le monde romain, soit dans leurs querelles intestines; de fait, jusqu'au iv^ siècle, pénétrées jusqu'au Wéser par l'influence et les légions de l'empire, elles vivent obscurément dans les terres décumates, plus ou moins soumises à un tribut. Derrière elles s'étend la Gotie; nous avons vu qu'au siècle, les Gots — la plus puissante des nations germaniques — couvraient, de la Baltique au Dniester, ce qui a constitué plus tard la domination polonaise; ils venaient de plus loin. Ce qui le prouve bien, c'est la poussée des Slaves, eux-mêmes forcés par les Huns dans leurs pâturages de Scythie; c'est ce flot qui rejette d'un côté les Gotons vers la Suède, les Wisigots et Ostrogots sur la rive droite du Danube, et qui pénètre jusqu'au cœur de la Germanie.

Déjà les Germains du nord, Lombards, Ruges, Hérules, Vandales, pressés par les Borusses et Lithuaniens, ont pris les devants, courant où la chance les entraîne, qui vers l'Italie, qui vers l'Espagne, et jusqu'en Afrique; puis c'est le tour des Suèves, puis des Burgondes, puis des Francs qui gagnent les vallées de la Meuse, de l'Escaut, de la Somme. Ce qui reste de Germains en Allemagne, Alamans, Suèves, Franconiens, Saxons, se serre entre le Rhin et le Wéser, quelquefois atteignant l'Elbe; partout dominent les Huns, suivis des Slaves. Les anciens Teutons, plus ou moins denses, plus ou moins clairsemés, habitent la Scandinavie, l'Angleterre, le nord-est delà Gaule, l'Espagne, la Cisalpine.

Mais j'ai déjà esquissé ce tableau d'événements compliqués, qui suffit h la fois pour mettre à néant les prétentions de nos voisins

Lefèvre, ^ 2

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