‹ Les races et les languesChapitre 31 sur 100 · I.KS INDÉCLINABLES · texte numérisé non relu

I.KS INDÉCLINABLES

ionien et altique, xun, semble prouver un effort pour conserver la sifflante primitive. En somme, le sanscrit sain et le grec sun jouent exactement le même rôle comme préfixes : mmmachos « compagnon de lutte », sumbainô u marcher ensemble ». Comme préposition isolée, /n final étant rejeté par le grec, siâi ne pouvait se terminer que par un n.

Les langues germaniques ont fait grand usage des formes sa???a, sum, som et sam. Gotique so-samci, sô-samô, thal-samô, « le, la même » ; sama-kims [homogenês) « de même famille » ; samaleiks, « de même corps, de même aspect, semblable ». V. h. -allemand : den samum (eumdem, « le même ») ; der selps samo, « le même »; samalih « semblable » ; sama « comme » ; samankunft « réunion » ; samana « ensemble » ; zu-sam-ana [zusammen] « ensemble » ; samanon (sammeln) « assembler » ; saman « avec » : mit saman m, [vobiscum), « avec ensemble vous ». Le vieux aorrois décline samr, sum, samt, « le même, la même »; angl. same, some (anglo-saxoa sume^ got. sums, suma, sumaia). Avec un suffixe dental (accusatif neutre), le gotique samath {samaihgegangan, samaihrinnan, « courir ensemble, vers un même lieu ») se retrouve dans le v. h. -ail. samant, samet, saint; c'est l'allemand sammt, sammtlich « tout », sammt und sonders « en totalité et individuellement, de fond en comble ». Sammt est tantôt adverbe, tantôt préposition gouvernant le datif. C'est un cas tout ordinaire : la préposition n'étant qu'un adverbe pourvu d'une force transitive.

Sam, k peu prés dépouillé de son sens, a fourni aux langues germaniques un suffixe adjectif et verbal. V. h.-allem. anc-sam « anxieux », arpeit-sam « pénible » (arbeitsam « laborieux »), leid-sam « abominable » ; moy. h.-all. muot-sam « courageux » ; gruoz-sam « horrible », lob-sam « honorable ». En allemand moderne ces formes se multiplient; et sam peut se joindre à toute sorte de noms, même à des verbes.

La combinaison de sa avec dha et ha, avec ira, ka ou tcha, avec na, prêterait aux mêmes développements; mais il prend alors plus volontiers le sens déjà noté dans seviper : « toujours, universel, éternel »; allemand sinngrûn « toujours vert », angl. saxon sinbirnende « toujours brûlant ». Mais sin ne se comprend plus; et la dévotion a cru devoir substituer à sin-vluot « le déluge », sïmd-fluth « l'inondation du péché ».

Telle a été la destinée d'une racine pronominale qui a répondu, de son mieux aux idées d'unité, d'égalité, de ressemblance, de partage, de coïncidence.

Je choisirai encore un exemple qui va nous mener de signifi-

LEFÈVnE. /] g

242 l'orgaîsisme indo-européen

cation en signification et d'idiome en idiome. A-bhi, que l'on reconnaîtra mieux sous la forme nasalisée amphi, est déjà composé ou décliné, à l'aide d'une racine bhi, qui a donné leurs désinences à tiôi, à ibi, sibi, et qui, à l'état isolé ou construit, vit encore dans les bei, b7j, be des langues germaniques : bei Goll, believe, before (c'est le préfixe d'une foule de mots et de verbes germaniques, préfixe parfois réduit à la lettre b : but {be-oui), b-ange, la crainte, b-arm-herz-ig plein de compassion pour le pauvre, etc.). Quant à a, il a servi de point de départ à tant de sens, que je ne m'y arrête pas. Donc abhi, suffixe et préfixe, adverbe et préposition, implique d'abord un mouvement vers et s'oppose à apa, apo, ab, off. Rig-véda I, 123, 7 : apa anyad êii, abhi anyad êii {abit aliud, adit, venit aliud), « une chose s'en va, l'autre s'en vient ». Mais il s'emploie également dans le sens de « contre, sur, dans, pour ». Tandis que abhi-mukha, « tourné vers », signifiera « favorable », abhimàii voudra dire « embûche, ennemi »; abhikram, abhitchar, abhijug, abhikr « marcher, agir contre, attaquer »; abhibliu « être au-dessus », abhirashlra « celui qui domine au loin » ; sa manushir abhi viço bhaii, « il brille sur ou dans la demeure des hommes » ; abhi loinani « dans les cheveux », abhi subhagam « pour la richesse ». Rien d'étonnant que ce mot si compréhensif ait aussi le sens d'autour : abhi-tas « des deux côtés, de toutes parts ». Tarn abhitas àsmàs, « s'étant assis tout à l'entour de lui ». Sarvë Pradjapalhn abhita {s)upaviçanti, « tous s'approchent de toutes parts de Pradjapati ».

Le zend et le perse ont gardé abhi, sous les formes aibi, aiici, abis, avec le sens de « vers, sur ». Le grec a adopté amphi, amphis et avec le duel, amphô^ « dans, pour, autour, au loin, des deux côtés, l'un et l'autre, tous deux »; amphi et amphis sont tantôt adverbe, tantôt préposition avec des régimes divers : Ainphiktiones (Amphictions) « ceux qui résident dans la même demeure » ; ainphi ktamenës elaphoio, « pour la possession d'un cerf ». 11 semble que le sens de « autour » ait eu besoin de commentaire; souvent Homère renforce amphi de péri : amphi péri krêncn, « autour de la source »; cependant il l'emploie seul d'ordinaire: amjohi de leimôn, « autour s'étend le marécage » ; amphi de hetairoi heudon, « autour dormaient les compagnons ; amp/n' de Parthenion, « aux environs du fleuve Parthenios » ; amphinoos « dont l'esprit est circonvenu, irrésolu » ; amphiboles « qui frappe ou est frappé de tous côtés », d'où amphibolologia [amphibologie) « discours ambigu; ambiguïté de la phrase ».

11 est curieux de voir amphis passer de autour à loin de, de

Page 1