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CHAPITRE VI

Les diphtODgues consonanles. - Indécision et variation des consonnes nri mitives. — Eiïorts de M. Regnaud pour ramener tous les sons articules à un groupe SK ou KCH. - Nombreux exemples. - L'aspirée est l'intermé diaire entre le groupe consonant et la consonne pure. — Les palatales en sanscrit, en zeud et dans les langues romanes. — La substitution des consonnes dans les langues germaniques. — Premier degré : gotique et bas allemand. Deuxième degré : haut-allemand. — Les trois périodes de l'allemand. — Dérogations nombreuses à la loi de substitution. — Une leçon d'anglais au xvi" siècle.

Nous avons montré par quelles transitions insensibles les semi-voyelles, les spirantes, les sifflantes, les liquides et les nasales ont pu se détacher du groupe des continues et s'élever à l'état de consonnes indépendantes; l'articulation est constituée; il lui reste à dégager les explosives, les sons qui ne peuvent absolument se prononcer sans une voyelle ou une consonne d'appui, en avant ou en arrière.

Mais il semble qu'un stade nous sépare encore de cet état dernier, celui des diphtongues consonantes; déjà nous y sommes entrés avec les groupes kv, bv, du, sv, sr, gn, mais il en est d'autres, qu'on présente souvent comme des contractions de syllabes et des rencontres d'explosives déjà distinctes. Rien n'est plus exact, et il est facile de constater et d'admettre que la suffixation met continuellement en rapport les diverses classes de consonnes et les oblige à de perpétuelles combinaisons, qui changent au gré de certaines préférences euphoniques. Toutefois, quand des alliances de ce genre se montrent dans la racine ellemême, sous sa forme la plus ancienne, quand les groupes nés de ce concours de consonnes sont diversement entendus et prononcés par les divers idiomes, quand surtout on observe, à côté de ces groupes, dès la phase indo-européenne commune, de nombreuses formes qui en sont issues par la perte ou l'afl"aiblissement de quel-

qu'un de leurs éléments, il y a lieu de se demander, premièrement, si ces groupes ne sont pas antérieurs à l'émission pure des consonnes isolées; puis, s'ils n'appartiennent pas à l'âge oîi la gutturale, la labiale, la dentale primitives se confondaient encore; enfin, s'ils ne permettent pas de ramener à cent ou à vingt types primordiaux les quinze cents racines sanscrites, les cinq cents racines dites indo-européennes. Telle est bien, si nous ne nous trompons, la pensée d'un éminent linguiste, M. Paul Regnaud. Il s'y attache avec une ardeur, sinon convaincante, du moins séduisante; et, tout en laissant aux spécialistes le soin de contrôler par le menu les innombrables rapprochements proposés et savamment défendus par M. Paul Regnaud, nous ne pouvons refuser à sa doctrine, à sa méthode, une adhésion générale.

Il nous est arrivé de citer quelques-unes des séries qu'il propose, et où, faisant alterner, avec une hardiesse ingénieuse, les consonnes des trois ordres, il suit à la fois la variation phonétique et l'ondoyante évolution de l'idée. Voici par exemple, dans la fameuse classe hrûlcr, briller, ce qu'on pourrait appeler une espèce, dérivant d'un type ksliar, type que M. Regnaud reconnaît sous vingt déguisements : kshai\ kshir, krch, kar, kra, har; gharsh ou ghrsh, ghar, glirâ, gaûr; Ichar; djurv, djûr, djval; darç; star, tarsh, ti^ish; sphurj , sphur, sphul, sphut (pour sphurt); sphar; priksh, prish; plush; pal; bhru; bhradj, bharg, vark, ark; smarg, marg, mardj, mark, mar; svar, sûr, etc. Et chacune de ces racines, qui vont s'éloignant du type, donne naissance à une famille de mots, tous relatifs h l'impression de brûlure, de chaleur ou d'éclat. Nous laisserons le sanscrit; mais le grec et le latin, qui sont plus près de nous, ont dû à ces variantes quantité de termes auxquels on pourrait attribuer une parenté, au moins collatérale. Ainsi rentreraient dans la première sous-race, gutturale , des mots tels que : khrusos , khrôs , « carnation » et « couleur », khrôzô et khrônnumi « colorer » ; khlôros « vert, pâle », khloè « gazon, feuillage »;kallos {karsos) « éclat, beauté »; keraunos « foudre » ; glaukos « brillant, vert » ; glausso « briller, voir », à rapprocher de leusso, leukos, luchnos et, par suite, de la racine rukch; glag, galak « lait » et galaxios « laiteux » (la vole lactée), galeros « riant », galène « sérénité », glukus, gleukos « doux, vin doux », glênos, glênè « lumière, prunelle ». En latin, croc-us, corusc-us, col-or, cal-or, calidus, {M)aridus, ardor, areo, area, arena; clarus; carbo; galbus, gilvus « vert, jaune »; {g)viridis; {g)lact. A la sous-race dentale : ihallô, ihalpos, Ihérô, thermos,

Lefètre. i n

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daidallô (pour dardarsô) « faire briller, embellir » ; slellô « briller, luire, étinceler » ; derkomai « voir »; tersô « chauller, sécher tranès « brillant, perçant »; iéms « astre, prodige, monstre »; torreo, torridus , iersus « clair, propre », sterla, sleAla, astrum. A la variété labiale : purs-os « torche », purrhos « roux ardent », pûr « feu », purétos « fièvre »; ■polios « blanc »; latin : splendor\ pallor; palam; pareo; purpura, purus, purg-o, pulch-er, pol-io^ burrhus; grec : phrugo « faire griller », phlox « flamme », phlegô, porphura, porphurô « teindre en rouge, rougir, s'agiter » ; prèthô « brûler », presLèr « météore, orage »; pimprèmi « embraser»; latin : fulg-or, fulg-ur^ ful{g)men, fulvus, formus « chaud » ; fornus, fornax « four »; frond-is, fias, flag-ro, flag-ma, flag-men « qui allume », flav-us; far et far-ina, haru « éclair »; grec smaragdos, smurizô « polir », margaros « nacre », marmaros « brillant, marbre », marmairô « briller », marilè « braise »; latin : margarita « perle », marmor, merus « pur », mirus « éclatant, admirable »; enfin, tous ces mots que nous connaissons bien : Seirios, sélas « éclair, feu », sêlénè, éirené (pour sveirènè) « la paix », Bermès (pour svermèsl) « l'éclair », Hélénè u la belle », etc. ; serenus (comparé à Sirène); en latin sol; Soracte (cime éclatante).

Tout cet embranchement admet sans doute plus d'un membre étranger, mais il semble cependant qu'un fil en relie tous les rameaux. Sur des milliers de mots, M. Paul Regnaud s'est livré à ce travail, ne rangeant une forme dans telle ou telle catégorie qu'après l'avoir retournée en tout sens, démontée, disloquée et recomposée. A la suite de ces longues opérations, il a entrevu, il a vu, avec la foi d'un chercheur, le groupe premier d'où sont nées les consonnes. Ce microcosme est SKA, très répandu dans toutes nos langues, skand monter, skarp creuser, graver, et que l'on voit en bien des cas alterner avec kcha, ça, gha. Bien entendu, pour M. Regnaud, SK= ST = SP = KS = TS = PS. La foi, quant à nous, ne nous a pas encore gagné; mais l'antiquité du groupe confus ska , kcha ou tcha est manifeste , et cette vieille syllabe a éprouvé les fortunes les plus divei'ses.

11 existe dans les langues romanes un mot pecho, petto, poitrine^ poitrail, qu'il est facile de rapporter kpectus, pectorina, pectorale. Ce mot, tous les langues indo-européennes l'ont perdu, sauf le sanscrit, où il se présente sous la forme pakchas, « flanc, côté, aile d'oiseau, d'armée, parti, opinion ». Notez combien l'espagnol se trouve ici voisin du sanscrit, qui a comme lui palatalisé l'un des éléments de la syllabe complexe où le latin a cru saisir une gutturale et une dentale. Le même groupe existait évidemment dans le type

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