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CHAPITRE III

FORMATION DES MOTS ET STRUCTURE" DES LANGUES

Les expédients du Monosyllabisme : exemples tires du chinois. — Les racines pleines et les racines vides. — Procédé des langues agglutinantes : subordination de racines affixées, modificatrices du sens, à une racine fondamentale, significative et inaltérée. — Erreur de Fr. Schlegel sur la nature des désinences casuelles ou verbales. — Exemples tirés du turc, de l'eskiman, du mexicain. — La Flexion : fusion intime des racines, pleines et vides; variation de la voyelle radicale dans les langues sémitiques; altération totale de la racine significative, dans le groupe indo-européen. — Analyse des mots apercevoir, respectable, recueillement, rapprochement. — Apposition, suffixation, composition. — Marche parallèle de l'intelligence et du langage.

Ayant, sinon résolu, du moins éclaircile problème des origines, nous quittons maintenant un domaine où l'induction ne peut atteindre qu'à des certitudes générales, et nous entrons en des régions ouvertes à l'observation directe. De la genèse du langage, nous passons à la formation et à la structure des langues.

Le groupe chinois s'est contenté des matériaux bruts, des sons démonstratifs d'une part, attributifs de l'autre, pour former, en les groupant, mais sans composition et sans altération des syllabes, plus de 40 000 mots, heureusement peu nécessaires à la majorité des habitants du Céleste Empire. 15 000 suffisent aux lettrés ordinaires. Les racines fondamentales du chinois n'atteignant qu'au nombre de 450, il se trouve que la même émission vocale est susceptible de sens nombreux et différents. Ainsi la forme tao signifiera indistinctement : ravir, aileindre, couvrir, drapeau, froment, mener, chemin, etc.; la forme lu : pierre précieuse, rosée, forger, véhicule, détourner, chemin. Comment donc s'y reconnaître? Assez ordinairement, par un procédé un peu naïf, mais très exact, les Chinois déterminent le sens en accoUant deux synonymes; l'un certifie l'autre. Tao et lu ont chacun plusieurs acceptions, mais too suivi de lu ne pourra signifier que chemin. Quant au rôle de ces syllabes dans la proposition, il est indiqué par leur place

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respective. Ta^ impliquant l'idée de grandeur, sera adjectif ou adverbe devant un mot, et, après, verbe ou substantif abstrait : ta jin, « un grand homme », jin ta, « l'homme grandit », ou « l'homme est grand », ou « grandeur de l'homme ». — De même, chen signifiera tour à tour vertu, vertueux, approuver, bien.

Le sujet précède le verbe : 7%gô ià ni, je bats toi; ni ta ngo, tu bals moi. Les relations casuelles, ce que nous appelons possessif, datif, accusatif, etc., sont rendues, soit par la position des mots, soit, plus volontiers, par des racines subordonnées — pronominales ou attributives, — qui perdent ou oblitèrent leur sens propre. V, se servir, placé avant tchâng — y-tchang, — voudra dire avec : avec un bâton. Li veut dire « intérieur » : u6-U, « à la maison ». Tchi (droit, possession, le pronom il) : jin-tchi-kiun, « prince des hommes ». Yu (donner) : sse yen yu jin, « donner argent à homme ». Pa ettsiang (saisir, prendre), i, lu, hou (employer), indiquent souvent le régime direct. Pa tchoung jin teou kan; « il regardait furtivement la foule des hommes »; joao hou min, « protéger le peuple » ; i jin tsun sin, « il conserve l'iiumanité dans son cœur ». Thsong, yeou, tseu, hou, marqueront la provenance, le point de départ, l'ablatif : thsong thien laï, venir du ciel; te hou thien, obtenir du ciel. Les genres seront déterminés, comme de juste (nous le faisons encore), par les termes mâle et femelle, nan et niu : nan-tse, fils, niun-tse, fille, niu-jin, femme. D'assez nombreux mots signifiant faîte, multitude, totalité, pourront indiquer le pluriel, — bien que, le plus souvent, le nombre doive être deviné sur l'ensemble de la phrase; citons to jin (beaucoup hommes), les gens ; jin-kiai (homme tout), « les hommes » ; i-péi (étranger classe), « lès étrangers ».

En dépit de tendances déjà sensibles vers l'agglutination et l'organisme grammatical, le chinois, sauf dans certains sous-dialectes méridionaux, est demeuré obstinément fidèle au monosyllabisme; ses associations de mots ne forment point de composés véritables; et les syllabes, pour ainsi dire neutralisées, dont il fait précéder ou suivre ses substantifs, gardant leur forme intacte, ne deviennent jamais des désinences de cas, de genre ou de nombre; mais elles en tiennent lieu. « C'est, dit M. Hovelacque, un fait que les Chinois ont remarqué avec une sagacité surprenante, lorsqu'ils classèrent les racines en deux groupes distincts : les mois pleins et les mots vides. Par les premiers, ils entendaient ks racines dont la signification restait dans toute sa plénitude et son indépendance, les racines que nous rendons dans nos traductions par des noms ou des verbes; ils appelaient vides les racines

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dont la valeur propre s'était obscurcie par degrés et qui, peu à peu, recevaient la mission de déterminer, de préciser le sens et d'indiquer le rôle des mots pleins. — «Qu'est-ce que la grammaire? demande à son élève l'instituteur chinois. — C'est un art très utile, qui nous enseigne à distinguer les mots pleins et les mots vides. »

Or, dans toutes les langues, agglutinantes ou flexionnelles, les éléments constitutifs du mot sont pareillement des syllabes pleines, dites radicales, et des syllabes vides, que nous appelons préfixes, afiixes, infixes ou, en général, suffixes et désinences. Seulement ces suffixes, altérés dans leur forme aussi bien que dans leur sens, font corps avec le mot; ils sont soudés avec la racine centrale et amalgamés entre eux. Ils ne difTèrent pas, en nature, des racines auxquels ils sont attachés; quand on arrive à les en dégager, on reconnaît en eux des racines, soit attributives, soit pronominales, très capables de commander à leur tour à un groupe de suffixes, et qui d'ailleurs existent à l'état libre ; seules ou à peu près, les désinences, et les syllabes préfixées, échappent souvent à l'analyse ; et cela se comprend : dans leurs contacts et frottements réciproques, les mots se sont usés sur les bords. Bien plus, les suffixes terminaux, à force d'être oblitérés et défigurés, ont parfois disparu totalement, même dans les langues anciennes; tantôt ils s'écrivent encore, mais ils s'élident aisément et ne se prononcent plus ; tantôt l'allongement, plus ou moins durable, de la syllabe qui les précédait, décèle seulleur passage ; puis, cette syllabe qu'ils protégeaient, maintenant sujette à l'usure, s'effrite à son tour el tombe. Le mot se raccourcit et se contracte, mais, chose curieuse, ce qui en reste garde les sens accessoires qu'avaient ajoutés à la forme complète les syllabes disparues, et la valeur grammaticale, le rang que ces syllabes lui avaient assigné dans la déclinaison et la conjugaison. C'est ainsi que le sanscrit asanti est représenté en latin par sunt, que le latin amavei^unt s'est altéré en amavere ou amarunt; que la forme primitive palers, est devenue le grec paièr; que dominum s'est peu à peu changé en dommu, domino, domno, d'où le moderne dom, don (dom Brial, dom Calmet, don Juan) ; que le bas latin dominiarium (suzeraineté) après s'être dépouillé de sa terminaison um, a pu se contracter en domgier, notre mot danger — qui renferme en lui toute la philosophie du proverbe de La Fontaine : « Notre ennemi c'est notre maître ». De pareils faits sont innombrables et caractérisent suffisamment ce qu'on a nommé l'altération dialectale. Ils appartiennent à une série qu^on a rangée sous une formule commode : la loi du moindre effort.

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Dans les sciences, on le sait, les lois ne régissent rien ; elles résument un certain nombre d'observations concordantes et permettent de classer et de prévoir les Tails similaires. C'est ici le cas. L'intelligence, en prenant des forces, a peu à peu réduit et rejeté les moyens et les appuis dont elle avait eu besoin pour guider la pensée et pour en assurer l'expression. Elle a renoncé aux efforts inutiles. Voilà le sens et la valeur qu'il faut attacher à la loi du moindre effort.

Avant qu'une analogie presque invincible eût révélé l'origine des suffixes, l'obscurcissement des désinences casuelles et verbales avait abusé l'un des précurseurs de la grammaire comparée, Frédéric Schlegel. Schlegel considérait les désinences comme sortant du corps des mots par quelque évolution mystérieuse, ainsi que les branches sortent du tronc de l'arbre, ou bien comme des éléments dépourvus de signification propre, mais employés arbitrairement et conventionnellement pour modifier le sens des mots. Cette conception mystique de la vie du langage a été fort bien jugée et écartée par Max Mùller. Voici le passage :

« Certains penseurs ont pris le langage comme un tout organique, doué en quelque sorte d'une vie propre, et ils ont ex^Dliqué ses éléments formels comme étant produits par une végétation intérieure et naturelle. Les langues, disent-ils, doivent être comparées, non à un cristal qui se forme par agglomération autour d'un noyau, mais à un germe qui se développe par sa force intime ; toutes les parties essentielles du langage existaient dans le germe primitif aussi réellement, quoique seulement à l'état embryon- I naire, que les pétales existent dans le bouton, avant que la fleur : s'épanoui6se à l'air et au soleil... La science du langage n'adopte I point ces hypothèses. Quant à celle qui nous représente un groupe I d'hommes discutant ensemble sur les exposants qu'il conviendrait (d'employer pour exprimer les rapports marqués par le nominatif, Ile génitif, le singuHer, le pluriel, l'actif et le passif, le simple bon isens semble nous dire que si des questions aussi abstraites avaient ipu être traitées dans une langue dépourvue de flexions, on n'avait i plus de motif pour imaginer un moyen de communication plus 1 parfait. (Ainsi ont pensé les Chinois.) Quant à la supposition (d'après laquelle il existerait dans le langage, c'est-à-dire dans les inoms et dans les verbes, un principe de végétation intérieure, t tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'uue telle conception s'évainouit dès qu'on y regarde d'un peu près. La science recueille des 1 faits. Au lieu de regarder les flexions en général comme des signes de convention où des excroissances naturelles, elle prend chaque

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désinence séparément, et quand, au moyen de la comparaison, elle en a rétabli la forme la plus ancienne, elle traite cette syllabe primitive comme elle traiterait n'importe quelle partie du langage, c'est-à-dire comme un mot qui a eu dans le principe sa signification propre. »

Deux faits nous apparaissent comme certains : c'est d'abord qu'à un moment quelconque de leur existence, bien avant l'histoire, les milliers de groupes humains épars à la surface du globe se sont trouvés — nous avons vu par quelle genèse probable — en possession de deux éléments vocaux articulés et significatifs , les racines démonstratives ou pronominales, les racines attributives, nominales ou verbales; ensuite, que ces deux classes de racines sont les seuls éléments du langage, qu'il n'y en a point d'autres, et que toutes les langues sont issues de leurs diverses combinaisons , d'après les différentes aptitudes cérébrales et vocales de races ou sous-races distinctes, — soit par simple juxtaposition de syllabes inaltérées, comme en chinois, soit par agglutination de plusieurs syllabes subordonnées à l'une d'entre elles, ce qui se produit dans toutes les langues dites agglutinantes; soit enfin par fusion et contraction en un seul tout des syllabes juxtaposées ou subordonnées : c'est l'artifice constant des langues à flexion.

Nous avons cité quelques exemples du procédé chinois; nous analyserons maintenant quelques formes empruntées aux miUiers de vocabulaires qui appartiennent à la classe agglutinante.

« Aimer », dans le sens le plus général du mot, est, en turc, sev, la racine subordonnée er formant des adjectifs ou des participes, sev-er signifiera « amant, aimant »; joignez-y le pronom « tu » sen, ou « vous » siz : scver sen, sever sis, aimant toi, aimant vous, c'est-à-dire tu aimes, vous aimez; d'autres syllabes, dont on ignore le sens originel, gu, i, formeront sevgu ou sevi, l'amour; di, intercalé entre le thème sever et la désinence personnelle abrégée ou altérée, caractérisera l'imparfait : sev-er-di-ii, sev-erdi-niz, tu aimais, vous aimiez. Mek, signe de l'infinitif, nous donnera seu-me/c. Ce n'est pas tout; entre les deux parties du mot, nous pourrons insérer les idées de retour, de réciprocité, de causalité, de passivité, de négation, et renfermer dans un seul mot toute une phrase. C'est là un des vices où sont tombés beaucoup d'idiomes de cette classe. L'incorporation et le polysynthétisme, sous prétexte de saisir les nuances et la succession des idées, produisent des mots difficiles à manier, encore plus difficiles à interpréter. Le verbe sev-mek peut se présenter à nous sous

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trente-six formes, telles que sev-in-il-mek, être réjoui, sev-ishdir-il-mek,étre amenés à s'aimer l'un l'autre; sev-ish-dir-il-he-memek, ne pas pouvoir être amenés à s'aimer l'un l'autre. C'est le cas de rappeler le turc de Covielle,dans le Bourgeois gentilhomme, ce turc qui dit tant en si peu de mots.

Beaucoup des formes que nous venons de citer sont rarement employées, et le turc, qui est en vérité une langue très belle et très correcte, sait fort bien ne pas abuser de ses ressources. Les inconvénients de l'agglutination à outrance nous deviendront surtout sensibles dans le basque ou escuara, qui incorpore dans son verbe non seulement les pronoms possessifs (comme font les langues sémitiques elles-mêmes), mais jusqu'aux régimes indirects, et dans les langues américaines, oii des mots tout formés déjà, capricieusement amputés de leur tête ou de leur queue, bourrent de leurs débris méconnaissables des composés sans fin. Le groënlandais aulisar-iartor-asuarpok (il s'est hâté d'aller pêcher) renferme aulisara pêcher )),pea?^^oî^ « faire quelque chose», pinnesuarpok « il se hâte ». Le mexicain iw-tlazo-mahuiz-teopixcatâtzin (ô mon père, divin protecteur vénéré) contient no « mon », tlazontli « estimé », ^nahuiztic « vénéré », leotl « dieu », pixqui « protecteur », tatzi « père ». 11 existe dans la classe agglutinante une extrême variété. Il y a des langues simples, comme le japonais, comme toutes celles qui appartiennent a la grande famille malayo-polynésienne, ou encore le finnois et le magyar; d'autres bizarrement compliquées, comme le basque et les idiomes améri- > Gains ; il y en a d'infmiment pauvres et frustes, comme les dialectes ; guinéens ou bochimans; d'autres riches et régulières, comme le I turc et le suomi (la langue du Kalévala); certaines préfèrent les I postpositions, d'autres, comme le cafre et tout le groupe bantou, les préfixes; ici manque le genre, là le nombre. Quelques-unes : sont à ce point variables, qu'elles changent de dictionnaire et de I physionomie en cinquante ans. Ces langues, qui forment la^ : grande majorité des idiomes connus, procèdent d'un grand nombre I de souches indépendantes et n'ont qu'un caractère commun : la •subordination d'une ou plusieurs racines altérables dans leur I forme, et vidées de leur sens propre, à une racine pleine, inaltérée, qui porte l'idée principale, fondamentale du mol.

Seuls, deux systèmes, deux familles de langues — sémito-khaimitiques, indo-européennes —, très riches, très variées, mais qui 'du moins peuvent être ramenées chacune à une unité organique, ;à un vocabulaire et à une grammaire, ces deux groupes, disonsinous, ont seuls dépassé l'étage agglutinant. A l'agglutination.

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qu'ils possèdent, qui est leur raison d'être, et dont ils appliquent tous les procédés — y compris l'incorporation et le polysynthétisme — , ils ont ajouté la flexion.

Qu'est-ce que la flexion? bien peu de chose au premier abord : l'altération possible de tous les éléments de la syllabe radicale, aussi bien que des syllabes suffixées. La racine n'est pas nécessairement modifiée; elle demeure parfois telle quelle, à l'état pur, comme dans la phase de l'agglutination; mais elle peut être modifiée. Cette latitude insignifiante permet aux langues inflectives d'exprimer les relations que les mots afTectent entre eux. non seulement par l'annexion de suffixes et de préfixes, maiencore par de nombreuses variations dans les éléments de la racine elle-même. De là une richesse et une clarté extrême dans la dérivation, une délicatesse particulière dans la notation grammaticale des cas, des genres, des nombres, des personnes, des temps et des modes verbaux (le paradigme d'un verbe grec complet peut comporter treize cents formes), et en même temps une simplification remarquable dans le mot; enfin dans le discours une netteté, un ordre, qui assurent la suite dans le raisonnement, la proportion dans l'expression de la pensée.

Avant d'analyser quelques mots (qui nous sont familiers à tous) — car les exemples sont plus probants que les assertions même les plus justes — j'insisterai sur un point capital : firréductibilité des deux familles de la classe flexionnelle à une origine commune. « Ce n'est point seulement par leurs racines, dit M. Hovelacque, que les langues sémitiques et les langues indoeuropéennes sont totalement distinctes les unes des autres; elles diffèrent encore en ce qui concerne leur structure. La flexion n'est pas chez les unes ce qu'elle est chez les autres. »

Dans les idiomes indo-européens — à savoir : le sanscrit, Féranien, le grec, le latin, le celte, le germain, le slave, le lettique et leurs très nombreux dialectes anciens et modernes — ,1a flexion s'attaque aux consonnes comme aux voyelles.

Dans le groupe sémitique : assyrien, phénicien, hébreu, chaldéen, syriaque, arabe, himyarite et ghez d'Abyssinie, les consonnes radicales sont immuables.

Les racines indo-européennes peuvent être constituées par une seule voyelle brève ou longue, nasalisée, diphtonguée, par une voyelle et une, deux et trois consonnes et vice versa, pourvu qu'elles se prononcent d'une seule émission vocale.

Les racines sémitiques sont formées de trois consonnes (au moins, elles n'ont pas encore été décomposées).

l'Or.MATlOiN DES MOTS ET STliUCTUr.E- DTîS LANGUES

(( La caractéristique du sémitisme, dit Wliituey, réside dans la l'orme trilittère de ses racines : celles-ci sont composées de trois consonnes, auxquelles diderentes voyelles viennent s'adjoindre en tant que formalives, en tant qu'éléments indiquant les relations diverses de la racine. En arabe, par exemple, kl/j renferme le sens d'écrire, dbr celui de parler, kll de tuer; qall sera le meurtrier, qitl l'ennemi; kaiala veut dire il tua, kuLila il fut tué, etc. A côté de cette flexion due à l'emploi de différentes voyelles, le sémitisme forme aussi des mots en se servant de suffixes et de préfixes, parfois également d'infixés. Mais l'agrégation d'affixes sur affixes, la formation de dérivatifs tirés de dérivatifs lui est inconnue. De là la presque uniformité des langues sémitiques, qui demeurent aussi voisines l'une de l'autre que l'italien peut l'être de l'espagnol. Le nom sémitique n'est susceptible que de trois cas; encore manquent-ils à presque toutes les langues du groupe. Le verbe sémitique, à la seconde et à la troisième personne, distnigue le genre du sujet : qalala, il tua; qa.lalat, elle tua. L'antithèse du passé, du présent, du futur, qui est si essentielle, si fondamentale dans les langues indo-européennes, n'existe point pour le sémitisme; il n'a que deux temps répondant l'un à l'idée de l'action accomplie, l'autre à celle de l'action non accomplie. »

Ces quelques traits suffiront pour écarter toute tentation de rapprochements entre l'hébreu et le latin ou le grec. Ces langues ne sont point sorties du même Paradis terrestre : elles ont pu et dû s'emprunter des mots dans les temps historiques; elles n'en ont pas fabriqué un seul en commun.

Maintenant venons aux exemples promis ; en les analysant, nous serons initiés au mécanisme indo-européen. Je prends, à peu près au hasard, un verbe, un adjectif et un couple de noms.

Apercevoir. En latin la forme correspondante serait ad-pcr-cipe-re. Où est la racine centrale? et quelles flexions a-t-elle reçues? La racine est cip, rendu par cev. Les labiales latines s'adoucissent volontiers en v français : habere, avoir, sapere, savoir, rapere, ravir. La forme première est cap, avec le sens de « saisir » (ici, prendre avec les yeux); en composition elle devient cip : accipit, incipit; cep : inceptum, accepi - cup : aucupium, art de prendre les oiseaux, à côté de auceps « oiseleur » ; quant au c, il était dur en latin classique; on prononçait kap, kip, kep; les langues romanes l'ont changé en sifflante ; c doux; et même en palatale : cMi/ (italien caltwo, latin cap-lf-v-us). Notez la parenté de reçu {recepl, recevL, recëuL) et recelle {recepia).

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L'idée de saisir peut fort aisément s'entendre de l'ouïe, de la vue et de la pensée, capis ne, capin'? « saisis-tu, comprends-tu »? Comparez l'italien capisco «je saisis, je comprends ». Mais cette idée de saisir peut être aussi renforcée, c'est ici le cas, par des suffixes de direction et de mouvement. A, latin ad, qui se sent encore dans la vieille orthographe appercevoir, et dans appeler, appartenir (où le premier p témoigne d'une action — très bien constatée — de la labiale sur la dentale), a implique le mouvement vers, jusqu'à. Per est une de ces particules au sens indécis (en grec : para, à coté, près, contre; en latin, dans la composition, quelque, environ : parumper, paulisper, quelque peu), (en italien pour); mais en latin, comme en français, le sens le plus ordinaire esl par, « par une route, à travers, au moyen de »; nous trouvons ainsi pour les trois premiers éléments du mot que nous analysons : « saisir — à travers — jusqu'à, saisir à distance, de loin ». Il nous reste la terminaison, qui est fort obscure. Remarquons d'abord que oir représente très souvent en français le latin ère, non pas seulement long comme dans habere, avoir, apparere, apparoir, mais bref, comme dans capere, sapere, « recevoir, percevoir, savoir ». Rien n'est plus fréquent que la substitution de la diphtongue oi à e latin, comme à o et à i (rnoisson, messi-o; moi, toi, soi, me, te, se; mois, meiisis ; loi, lex; roi, rex; poison, polio; poisson, pisci-o, etc.) La science du langage est ainsi pleine de menues énigmes dont la solution est impossible, parce qu'il aurait fallu observer sur un gosier gallo-romain vivant le point de contact, de rencontre, entre les deux mouvements sonores qui aboutissent à oi et a è. Force est bien de se borner à la constatation du fait, qui est certain. Presqu'aussi embarrassante est la forme latine infinitivc e-re. On sait que ë représente le ï de leg-i-mus, cap-i-mus, commun à tous les verbes de la troisième conjugaison, et que cet ï ou ë, suppléant d'un ancien u (sanscrit bhar-a-li, il porte) s'adjoint à une foule de racines, comme lettre de liaison, lettre formative ou thématique, pour recevoir la désinence ou un suffixe nouveau. Mais il s'en faut qu'il soit toujours présent. Appartient-il à un antique état du langage, où aucune consonne ne pouvait se passer d'une voyelle d'appui, état qui persiste dans de nombreux idiomes africains, et dans presque toutes les langues malaises? Ou bien est-ce l'accroissement le plus simple qu'ait pu suggérer le besoin du nom et de l'adjectif : Rac. bhar : bhar-a « porteur ou portant, celui qui porte »? A serait alors le plus léger, le plus instinctif des profioms. Et, bien que la racine nue gardât le pouvoir de s'annexer directement suffixes-

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et désinences (latin fers, fer-l, legs, lec-lus, regs, mes, etc.), la voyelle de liaison se répandit de proche en proche entre les racines terminées par des consonnes et les suffixes commençant par des consonnes, préservant les unes et les autres des heurts trop rudes et des assimilations les plus difnciles. Reste l'extrême désinence re, qui marque l'infinitif présent latin, et qu'on retrouve partout en français : aime-r, ravi-r, li-re, îonà-re, résoud-re, avoi-r. On l'a comparée à l'infinitif passé meminisse , cessisse, hahuisse; et, considérant que presque toujours le R latin entre deux voyelles tient la place d'un 5 primitif (/loris, honoris, gencris, etc., pour flosis, honosis, genesis), on a assimilé les deux terminaisons infinitives et conclu à une forme unique se, sorte de personne indéfinie, neutre, accolée à un substantif verbal indéclinable. En sorte que, du mot apercevoir, on peut proposer la traduction suivante : « fait ou état ou action de saisir à traversjusqu'à ». Et c'est bien le sens contenu dans les cinq éléments amalgamés.

L'adjectif « respectable », respec-ta-b-le est digne d'attention, parce qu'il renferme, d'abord, une de nos racines attributives les plus fécondes, puis des suffixes d'un usage vraiment universel (dans la famille latine).

Spec, spic « voir, regarder », qui se reconnaît dans le sanscrit védique spac, « gardien » dans le germanique spëh-ôn, « voir, épier », spëh-a, anglais spy « espion », a pris en grec les formes skep et skop. Dans notre premier chapitre nous avons signalé cette confusion des labiales et gutturales fortes.

Cette vieille syllabe se montre et se cache dans suspic-io, fr. sou-pçon, haruspex, « celui qui regarde et consulte les éclairs et les entrailles des victimes », au (avi) spicium, «observation du vol des oiseaux », dans spéculum (d'où speculari, « spéculation, spéculateur », etc. ; ital. specchio, allem. spiegel, « miroir »), et dans le français espiègle, corruption de l'allemand Uhleji spiegel (miroir des chouettes), héros fictif d'un recueil de facéties. Le grec, de son côté, tirait de scop : épiscopos, surveillant, évêque, anglais bishop, ital. vescovo, espagn. obispo.

Species, « ce qui se regarde, la beauté, la forme, la caractéristique », d'où, spécial, spécifique, spécifier, a donné naissance aux espèces monnaies à figures, à l'espèce et aux épiées {substances spéciales; anglais spices, allem. spezerien), aux mots italiens spezialeet spezeria, « pharmacien, pharmacie », au français épicier, épicerie, pain d'épices, épicé, parents inattendus certes, mais indéniables, d'évêque. Ad, circum, pro, per, su, in, de, respic-ere forment

'2 I,'liVOLUÏION MNGUISTIQUK

nulanlde verbes, aulanl de familles dérivées, qui répondent à diverses façons de regarder.

Le suffixe démonstratif / suivi d'une voyelle, qui existe à l'état indépendant en sanscrit la, tad, en grec lo, la, en latin lam, lurn, torme, en se joignant directement aux racines consonantes, une foule de dérivés, substantifs, participes, adjectifs (souvent calqués purement et simplement par le français, comme dans respecl, suspexl, aspecl, iuspecleur, prospeclm, per.spcclive). Le latin, ajoutant à ce nouveau thème la désinence de sa première conjugail^on, <ire, a créé toute une série de verbes dits fréquentatifs, aspecfare, respeclarr, d'où un nouveau radical specla, origine d'autres adjectifs et noms. Ex. : speclalor, speclaliis, speclalAlis.

Laissons le S, désinence casuelle, qui n'ajoute rien au sens.

Le double suffixe bili, notre ble, qui a formé en latin et qui forme encore, en français et en italien, d'innombrables adjectifs, doit être réduit à U, démonstratif qu'on reconnaît dans Ù-le, et dans les diminutifs en l-us, annu-lus, belhis, bel, nouvel, ele! Bi serait dû à l'analogie de formes comme habi-l-is où il fait partie de la racine.

Je crois qu'il ne reste plus rien d'obscur dans notre mot respectable. Le respecl est le regard jeté en arrière, à deux fois, sur une chose ou une personne considérable. La vieille forme répit était le temps nécessaire pour regarder, examiner à nouveau, le dossier d'un accusé; le dépit {despectus), le regard jeté de haut sur un objet désagréable.

Nous allons serrer de plus près le sens de la particule re, dans un autre exemple, un substantif, recueillement, où il représente d'ailleurs la même idée de retour en arrière ou sur l'objet, ou sur soi-même.

Mais dégageons d'abord la racine centrale, dont il ne subsiste dans notre exemple qu'une seule lettre: L. Dans sa forme complète, si elle existait, recueillement correspondrait à re-cum-leg-i-me-nt-um. La racine leg, lig, en grec leg, log, n'a pas moins d'importance pour nous que les racines cap et spec, puisqu'il s'y rattache des mots tels que é-lire, é-lite, élection, sélection, collège, collection, peut-être lier, lien, obligation, certainement loi (legs), religion; lire, leçon, lecteur; légère, logos; et ces suffixes précieux, logue et logie, que nous avons empruntés directement au grec : enfin ce monde immense d'idées qui va de « choisir », à « répéter, lire ». de « parler », à « raisonner » et à « penser ».

L'origine est humble. Leg (que l'on pourrait peut-être décomposer encore) avait et a toujours le sens de « prendre, ramasser »,

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(avec le préfixe e, ex ou dis « prendre parmi, choisir, tirer de la foule », e-ligrre, di-llgcri, dileciion, amour).

Cum (préposition, conjonction et adverbe) est la forme déclinée d'une racine démonstrative et relative, ka, pa, ta, kv (en grec pos, kos, li, tis) qui a donné à l'ombrien po-ei, au latin qui, quse, quod et quum. Comme il lie les propositions et les idées, il a pris facilement le sens de avec; ici le m final s'est allitéré à L de leg ; coUeg renferme donc l'idée de prendre avec, d'assembler; ajoutez la lettre formatrice e, dont nous avons retracé l'histoire, et la désinence re; vous avez le latin colligere, le français cueillir d'où, par apocope, cueil, notre mot recueil. L représente seul la racine, mais il en a gardé le sens tout entier.

Dans VL mouillée, je serais tenté de reconnaître une fusion intime de la liquide avec la gutturale et Vi formatif; de sorte que ce son, particulier aux langues romanes, et qu'il ne faudrait pas prononcer comme y (tendance parisienne), représenterait entièrement le thème legi.

Les suffixes qui terminent le substantif sont au nombre de trois, ma, na, ta — nous omettons le M casuel. Ce sont trois démonstratifs qui s'emploient séparément : ulii-mu-s, do-nu-m, dic-tu-s, ou par deux : màna-s, grec méno-s; docu-men; mais déjà réunis dans un suffixe mant, ment, qui forme des participes et des noms. Peut-être 7na, racine attributive de menos, mens « pensée », dont l'ablatif mente se retrouve dans la plupart de nos adverbes, est-il identique à ce démonstratif ma. C'est une question que nous étudierons plus tard. Quoi qu'il en soit, cueillement n'a plus de mystère pour nous.

Enfin re qui emporte retour, répétition, insistance nous permet de traduire recueillement en « réflexion sur ce qui a été rassemblé, colligé » par l'esprit. Mais une petite particularité nous fait faire un pas encore vers le sens original de re, c'est le t qui dans re-tro le lie au suffixe comparatif ro : rétro, plus en arrière, plus profondément. L'ablatif latin se terminait par un d, qu'on lit sur les inscriptions et qui est tombé dans le latin classique. Ce d, durci et préservé par le voisinage de r, afî"aibli en / dans reUigio, serait donc un débris casuel. Re se serait décliné, red serait un cas de res, la chose, un de ces mots indécomposables, à la fois généraux et positifs, que M. Bréal incline à regarder comme un des plus vieux termes du langage indo-européen. Cette syllabe, si souvent abrégée, et réduite à la lettre R, dont nous usons et abusons, serait donc un témoin vénérable de cet âge où l'homme, incapable de distinguer les objets par des noms, les aurait désignés par un

l'évolution linguistique seul et même geste vocal : l'objet, la chose. De là lui viendrait cette loi-ce, qui n'est pas épuisée, cette valeur implicite de rappel à la réalité, au fond des choses, dangereuse quand elle produit la réaclion, le retour obstiné vers les choses bien ou mal acquises Encore un exemple, qui ne nous retiendra pas longtemps; nous en connaissons déjà presque tous les éléments. Il n'a d'autre objet que de montrer une ou deux racines pronominales jouant le même rôle que les racines verbales ou substantives. C'est' le mot rapprochement, décomposable en re-ad-pro-pe-(imo-m.enlum. Prop-limo, altéré en proximo, est le superlatif de la préposition adverbiale prope ; il s'est réduit en français à proche (d'où « rapprochement «). Pro-pe, composé, ce semble, de pro et de per, d'où properare, se hâter en avant, au plus prés, signifierait «par là en avant ». Pro est, comme ;3me {praeire) et pri [pri-mus], un cas d'une racine pra, que nous trouvons dans nos mots premier, prince, profond, et qui implique priorité, proximité, marche en avant, progrès.

Ces leçons de choses ont leur philosophie. Elles montrent," chez les nations assurément les mieux douées et les plus perfectibles, le développement parallèle de l'intelligence et du langage, la combinaison des sons répondant à l'association des idées, la métaphore pliant les racines vagues aux sens plus précis, aux expressions plus variées qu'exigent les notions et les concepts acquis par l'expérience et la raison.

Nous venons d'assister, pour ainsi dire, à quelques-uns des épisodes les plus communs, les plus ordinaires, de la vie du langage : le passage du son expressif au mot, du sens propre au sens figuré, la formation du verbe, du nom, de l'adjectif, par la suffixation et la puissance indéfinie de la dérivation. Je dois mentionner encore deux autres procédés, secondaires en ce sens qu'ils rentrent dans le cadre du monosyllabisme et de l'agglutination : ce sont l'apposition {essuie-main, tire-botte, ronge-lard), dont l'anglais et le français font un fréquent usage, et la composition {néphélégéréta, « assemble-nues »), si largement pratiquée par le sanscrit, le grec et l'allemand. Celle-ci consiste à traiter comme des suffixes deux ou plusieurs mots dépouillés de leurs terminaisons et à les rattacher par une seule et même désinence. Le polysynthétisme des langues américaines n'est, au fond, pas autre chose. L'apposition ressemble fort à la construction chinoise, à cette difi'érence près qu'elle opère sur des mots tous faits, façonnés par la grammaire, au lieu de juxtaposer des monosyllabes. Apposition, composition, suffixation: trois procédés qui ont dominé tour à tour dans l'une des phases linguistiques; mais le second n'ex-

FORMATION DES MOTS ET STRUCTURE DES LANGUES 4'o

dut pas le premier; le troisième n'élimine pas le second et sait manier le premier. Les vocabulaires se maintiennent par l'hérédilé, se diiïërencient par la sélection et l'adaptation, c'est-à-dire par l'altération phonétique et la variation dialectale. Le langage commence par la proposition confuse, sans liens apparents, continue parla syntaxe (par l'ordre des mots), atteint à la grammaire par l'emploi des relations désinentielles, et, quand la construction et les frottements ont fondu le mot et détruit les désinences, tend à revenir à l'ordre purement syntaxique, bien plus, à la proposition rudimentaire, au style télégraphique, qui est la tachygraphie, la sténographie de la pensée.

Mais quel abîme entre le point de départ et le point d'arrivée! C'est pour le franchir, cet abîme, que le langage a inventé toutes ces combinaisons, toutes ces copules qui aident la pensée, tous ces artifices de la déclinaison et de la conjugaison, qu'il abandonne à mesure que l'intelligence n'en sent plus le besoin. Il dépose chemin faisant les outils hors de service, mais il garde tout ce qu'il leur a dû.

Toute cette évolution ou plutôt toutes ces évolutions particulières, inégales, de langues innombrables, se sont accomplies en vertu des aptitudes cérébrales et vocales fort diverses, sous l'empire des mille circonstances naturelles et historiques qui déterminent la marche des sociétés, pour ainsi dire en dehors de la volonté humaine. Aussi en a-t-on été amené à traiter le langage et les langues comme autant d'organismes qui s'accroissent, s'améliorent, végètent ou dépérissent par leurs propres qualités ou leurs propres vices. C'est une comparaison séduisante; mais il ne faut pas oublier que les langues sont aussi, sont avant tout, les produits de facultés humaines. La part de l'intelligence et de la raison n'y sauraient être méconnues. Intelligence collective, dit-on; raison impersonnelle. Je le veux bien; mais de quoi est faite la raison collective? c'est la moyenne des raisons individuelles. La vie du langage est inconsciente; mais, à partir du cri animal, du cri de l'espèce, il n'est pas de modification dans le son, et dans le sens correspondant, qui n'ait commencé par une émission vocale d'un individu, acceptée, imitée et comprise par deux ou trois autres, puis par des centaines et des milliers d'autres. C'est là, je crois, un fait indubitable, quoi qu'il n'ait pu et ne puisse être constaté. La science du langage est donc non seulement une science naturelle, mais tout particulièrement une science anthropologique et ethnographique.

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