XII RACE ET NATIONALITE
enquête est dévolue^ — combien la race est une rubrique imprécise, élastique, qui s'amplifie ou se resserre ad libitum. On l'applique à des fractions très inégales et diverses de l'espèce humaine, et d'après des indices non moins divers : suivant la teinte delà peau (races blanche, noire, jaune, rouge), la conliguration de la tète (races dolichocéphale, brachycéphale), suivant la généalogie présumée (races aryenne, sémitique, hamitique), d'après le berceau (races caucasique, méditerranéenne, alpine, iranienne). On l'applique encore plus arbitrairement à des groupes qui ne sont que des rameaux d'une même souche ethnique : races germanique, slave, latine, et à leurs subdivisions même, races anglo-saxonne, Scandinave, etc. Il paraîtra de piime abord très hasardeux de tirer d'un concept aussi flottant' un élément juridique ou moral, et de proclamer le droit de la race.
Mais ce droit une fois proclamé, il est de toute justice que la race — de quelque façon, sous quelque format qu'on la conçoive — possède l'attribut essentiel, authentique, sans lequel elle ne serait pas une race : la pureté. Or si, à la genèse de l'humanité, il a existé des races pures, ni les anthropologues ni les ethnographes les plus perspicaces ne sauraient montrer aujourd'hui une communauté humaine, peut-être même pas un seul individu auquel ils oseraient assigner une filiation inaltérée. Les sociétés barbares comme les civilisées ont subi des croisements et des amalgames incessants : le rapt, l'escla-
1. Nous employons ici le mot ethnographie dans une acception très large et d'ailleurs conventionnelle : on pourrait y substituer le mot ethnologie ; ces subtilités terminologiques qui passionnent les Allemands (Fr. Millier, Geogr. Jahrbuch, III et V) importent fort peu.
2. Malgré la confusion de la terminologie,, nous ne pensons pas qu'on doive dans l'emploi du mot race s'écarter du sens ethnique. IS^ous considérons comme abusif l'emploi qu'en fait Gumplovicz [La lutte des races, trad. Ch. Baye. Paris, Guillaumin, 1893) quand il désigne par là non plus un groupe ethnique, mais une communauté historique et sociale. Il écrit par exemple (p. 339) : « le moyen qui transforma les tribus en peuples, les peuples en nations, les nations en races... c'est la lutte des races pour la domination, âme de l'histoire ». L'auteur convient du reste (p. 184) de l'incertitude de la nomenclature. M. Gustave Le Bon, non moins arbitrairement, délinit les « races historiques » « cré/cs par les hasards des conqurtes, des immigrations, de la politique, etc., et formées par conséquent du mélange d'individus d'origines diiférentcs ». [Lois psychologiques de l'évolution (les peuples, Paris, Alcan, 12° éd. l'J16, p. b7).