‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 11 sur 375 · DIFFICULTÉS DE DÉFINITION XIII · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS DE DÉFINITION XIII

vage, les invasions violentes comme les colonisations pacifiques ont trituré d'un bout du globe à l'autre et hybride la matière humaine ^

En dépit de cette indéniable vérité, les agglomérations d'hommes les plus hétérogènes usurpent le nom de race, non point toujours par une inconsciente méprise, mais en jouant sur l'équivoque, pour les besoins de causes plus ou moins respectables. C'est une simple absurdité que de parler, au sens ethnique du mot, de races latines : ni les Espagnols, ni les Français, ni les Italiens, qui se croient les fils de Romulus, ni les Roumains très fiers de leur nom générique^ n'ont de titre sérieux à ce qualificatif; dans les veines de ces peuples il coule du sang de toutes provenances, et peut-être un petit filet de sang latin -. Mais voici des erreurs moins inoffensives : sous des vocables tels que pangermanisme ou panslavisme — vocables qui ne font allusion qu'à la solidarité ethnique — les Allemands et les Russes aspirent à réaliser l'union de leurs congénères épars, souvent contre la volonté de ces frères rebelles à une prétendue parenté du sang.

Cette parenté anatomique et physiologique, en admettant qu'elle se rencontrât dans une race vierge de tout métissage, peut-elle être la source d'un droit? Le droit de la race découle-t-il de ce que la race aurait fondé dans l'ordre politique ou social? Mais on cherche en vain l'État, la nation, l'institution qui repose sur une base purement ethnique. En réalité, le droit de la race est un argument et un instrument au service du plus fort et du plus brutal '. Mais la formule est d'autant plus spécieuse qu'elle se

1. Même chez les populations mélangées, il s'est dessiné, accusé un type physique reconnaissable : par exemple chez les Juifs, chez les Allemands, les Anglais, les Nord-Américains, etc. Mais ce type signalétique ne s'observe que sur un nombre restreint d'individus, et ne s'est pas généralisé dans tout le groupe ethnique. C'est ce type, avec les particularités du costume et de la tenue, que saisit et met en relief la caricatui-e.

2. G. Paris [Romania, I, 1872, p. 20) s'exprime ainsi : « Il n'y a pas de races latines. La langue et la civilisation romaines ont été adoptées plus ou moins volontairement par les races les plus diverses. Ligures, Ibères, Celtes, Illyriens, etc. C'est donc sur le sacrilicc de la nationalité propre et originelle que repose l'unité des peuples romans. «

3. Il y a lieu de rappeler ici la formule de l'écrivain autrichien Gjillparzer : « Von der Ilumanitàt durch die Nationalitit zur Bestialitât ».

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