SUR 1.000 PERSONNES PARLAIENT
AI-LEMANU ITALIEN
Bozen (ville) . . 886,4 877,5 908,-1 937,7 111,1 120,3 88,7 58,4
Bozen (banlieue). 897,1 85«,9 871,2 893,8 102,7 140.2 125.2 103,1 ^
Brixen 986,7 972,9 11,3 16,5 21,9
Innsbruck . . . 956,7 950.1 967,7 20,8 43,8 19,8
11 apparaît toutefois que dans lensemblc de la province l'italien recule. De 1880 à 1890 il avait perdu 0,46 (un demi) p. 100; c'est un symptôme; lallemarid avait gagné 1,23. De 1890 à 1900, il a i-egagné 2.42, mais ce taux est inférieui' à celui de l'accroissement total de la population, soit 4,10 p. 100. que le progrès de l'allemand dépasse (5,36j. De 1890 à 1900, en etîet l'allemand s'est renforcé de plus de 23.000 suffragants, l'italien de 8.700 ; de sorte que l'idiome tudesque recrute aujourd'hui 554 confesseurs sur 1.000 indigènes, le roman 443, avec un déchet de 7 ou 8, en dix ans. De 1900 à 19J0, l'allemMud s'accroit de 13,9.'j p. 100, l'italien de 4.80 seulement. Des circonstances économiques ne paraissent pas étiangères à ces lluctuations. Les maladies de la vigne et du ver à soie ont [)rovoqué des départs de vigFJcrons et sériciculteurs italiens D'autre part, la propriété est plus morcelée chez les Italiens que chez les Allemands ; le régime agraire n'est pas sans intluence sur la natalité, la uuplialité. Mais 1 élément italien se réclame moins de sa foice numérique (son elfectif est de 92.0i)0 unités inféiieur à l'allemand que de sa foi'ce nationale, sentant derrière lui un Etat qui lui léserve sa place, une patrie qui l'appelle et l'attend.
1. Le recul peut ("tre uttiibué au rcniiilaceincnt par la niunieipalité de Bozen de colons italiens Jus(iu'alois établis sur 1l' douiaini' cunmiunal par des lermiers allemands (l't'aundler, p. (i).
Le raème éerivain est bien obligé de feconnaitre que l'inclusion des militaires dans le recensement fausse les données (Deutsche Erdo 11, I9l2!, p. loo).
l'REMlKRRS TENTATIVES DE !,' ITALIANISME 121
Les Italiens et la question du Trentin.
On s'imaginerait à tort que la nature a, dans le Tirol, malgré la netteté des traits géographiques, tracé aux nationalités en présence des cadres infranchissables \ Si Ton dressait une carte de la difTusion des idiomes à des époques successives, éclateraient aux yeux des oscillations de lignes dune certaine amplitude. Il en est ici comme de la lutte du flot marin contre une cote mobile et fluide : tantôt l'eau o:aone vers l'intérieur ; tantôt la va^ue
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a reculé et la terre ferme a reconquis plus que lespace perdu. En Tirol c'est la vague italienne qui donne l'assaut. On est Frappé de l'ardeur de propagande des Italiens, depuis des siècles, ai'deur inspirée déjà peut-être par des ambitions politiques — on voit poindre très tôt l'idée d'une nationalité italienne" — et de l'intensité de ce duel dont l'enjeu n'est pas toujours matériel ou territorial. C'est une civilisation plus raffinée, c'est la science qui s'épandent et triomphent avec l'italien. Cependant ce mouvement n'a pas été sans remous : il y a eu des flux et des reflux. De la tin du xiii*^ siècle à celle du xv*" (12H0i480), la région est euvahie par des traflcanis, des artisans d'Italie, des canuts de G.'ues, des capitalistes florentins, des pi'ofesseurs, interprèles de la culture italienne, des prêtres qui évincent les Allemands et remplissent en italien leur ministère. Les Allemands s'alarmèrent de ces entreprises, mais, au lieu de se déiendre de leur propre initiative, recoururent à l'intervention des princes : l'ar-
i. Bidermann. Die Italienev, p. 'l.W. 2o!i, préconise la nécessite d'une l'rontiére naturelle qui serait toute climatique : les habitants au sud de cette liyne, limite do 1 ancien département lu Uaut-Adiye et de 1 i.tscliviertel. lorujeiaient une circonscription particulière.
Battisti p. 9) essaie une dé..nition lu Trentin comme région natur(dlc dont le cœur est la vallée de l'A ii^"^ jusqu à la cluse de érone. L aire de drainage de la lirenta doit s'annexer à la énétie : celle du tJarca et du Chiese à la Lonibar lie. La vallée centrale de l'.Vdige a été désignée par Ascoli et le géographe Marinelli sous le nom de Venezia Irenlina.
2. Bidermann (Korscli. I, p. 401, note 4i. C'est au nom de I idée italierjne que semble travailler et intriguer Venise dans ces parages.
122 TIROL ET VORARI.lînRr.
chidiic Sigismond, les Empereurs Maximilien I" cl Ferdinand I", inquiets surtout des agissements vénitiens, tentèrent de réagir, en introduisant des prêtres allemands dans le Valsugana et le val Primor : ces pallinlifs furent peu efficaces. Au xvf siècle l'italien reprit roiïensive, moins pour servir une cause nationale que poui- le comple et au nom de rÉglise. L'allemand avaii été le véhicule de la Réforme ; l'italien fut, en Tirol, l'arme de combat de ridée calliolique; les archiducs d'Innshruck, la noblesse se détournèrent de l'Allemagne et demandèrent loiit à rilalie, au spirituel et au temporel; ce fut un engouement tel que nombre de localités furent italianisées*. L'italien devint la langue de la cour et de 1 "administra lion. C'est dans les cent ans qui s'écoulent du milieu du xviii- siècle jusqu'à la moitié du xix'' que la romanisation s'acheva. La tentative de germanisation de Joseph II n'aboutit pas : sous Léopold II et depuis, le gouvernement autrichien usa à l'égard des populations italiennes des ménagements les plus significatifs. En organisant l'administration (lu Trentin, en 1803. 1 Empereur François prescrit qu'il soit tenu compte autant de la langue que de la situation géographique ; que, dans le cercle de Brixen, l'idiome administratif sera l'allemand « à l'exception des quelques localités oii prévaut l'italien - ». La domination française de 1810 à 1813 et l'érection d'un royaume d'Italie surexcitèrent le patriotisme italien * ; la réunion du Trentin et de la Lombardo-
i. La contre-réforme ne lut pas «ans profit pour le germanisme: c'est ainsi qu'elle extirpa le roman ilu llaut-Vintschgau. du Paznaun et du Vorarlberg méridional et y substitua l'allemand pour rompre tout contact entre les habitants de ces vallées avec les Engadins et les Grisons calvinistes, l'cstés attachés à leur langue.
2. Bidermann, Die Italiener , p. 47. M. ^layr, prof. d'Histoire du Tirol à r Université d'innsbruck : Die politischen Rezielutngen Deiitschtirols zum ilalienischen Landesteile. Eine geschichtlich-slualsrechtliche Studie. Innsbruck, l'JOl. -^
3. Les Italiens furent incorporés dans le département du Haut-.X<lige. 11 semble qu'alors l'Autriche ait voulu llaller leur sentiment national '.la proclamation de l'archiduc Jean du H août 18Uj porte ces mots : llaliani, se Dio seconda V Imperalore Francesco, llaiia tornerà felice e rispetla in Europa. Una costituzione fondata sulla natUfVa e sulla vera politica renderà il suole italiano fortunato e inaccessibile a qiialsiasi f'orza s/raniera. Ce qui est curieux, c'est que ces paroles s'adressèrent aussi aux Italiens-
IDÉR SÉPARATISTE 123
Vénétio sous la monarchie autrichienrie lo slimiila encore; les souverains d'Autriche, pour faire contrepoids aux autres groupes ethniques, soutinrent le groupe national italien, — un peu comme la corde soutient le pendu. C'est à peine si Ton se permit quelques tentatives timides pour introduire l'enseignement de l'allemand dans quelques classes des lycées de Trente et de Roverelo; on autorisa que plusieurs cours delà Faculté de droit d'innsbruck fussent professés en italien — ce qui servit surtout aux étudiants allemands.
En dépit de ces concessions, l'idée séparatiste — ou autonomiste — s'affirma bruyamment *. En 1848, — année latidique — les Italiens du Tirol publièrent une déclaration où ils revendiquaient une constitution nouvelle pour le Tirol, attestant que depuis 181i les deux nationalités n'avaient pu s'accorder; leurs députés ne parurent pas à la Diète et ceux qui se l'endirent au Parlement de Francfort protestèrent contre la convocation qui les citait comme membres de l'Empire germanique-. En 1861. quelques-uns des leurs seulement siégèrent à l'assemblée provinciale et y portèrent le vœu d'une séparation politique : les sessions suivanjes, où la représentation italienne ne fut toujours que partielle, furent très agitées, quoiqu'on eût concédé l'emploi des deux langues dans les débats et les procès-verbaux ^ En 1866, les Allemands accusèrent les Tiroliens du sud d'avoir soupiré après le même sort que les Vénitiens, et un peu auparavant les Lombards*. Mais si le Trentin restait
(lu Tirol. C('ux-ci furent nijaniiioins, aprùs la disiolulioii du royaume (l'Italie, réannexés au Tirol, et en ISlfi, ils envoyèrent leurs députés à la Diète de cette provinee (Biderniann, p. rJ6).
1. Le nom de Trentin aurait été lancé, entre 1841 et 1850, par un professeur de Trente, Frapporti, grâce à des falsilications de documents, assurent les .Mlemands (RoliiiK'di'i-, JJer (iebrauch deiitscher Orlsnamen in W'elschtirol und in clen spracldichen Gvenzfjehielen . Deutsche Krde. XII, l'Jlo. p. 16).
2. l'n des trois protestataires, Gazzoictti, depuis député au Pari(!m(mt italien, a publié en 1861, à Paris, chez Dentu, sous le titre de La question du Trenlin. une brochure, traduction' abréyéc d'un Mémoire original « i[u[ a été placé sous les yeux de personnes augustes ou éminentcs ».