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CHAPITRE V BOHÊME, MORAVIE, SILÉSIE

Les colonisations et la formation des nationalités en Bohême.

L'Autriche est comme un corps dont chaque membre, chaque organe est malade, parce qu'aucun n'a ni la même fonction ni le même mouvement que le membre ou l'organe voisin. Mais la partie la plus atteinte, toujours sujette à une crise aiguë, est la Bohême. C'est là surtout que le conflit entre Slaves et Germains est entré dans la période morbide. Cela tient à ce que les Slaves de Bohême n'ont ni la faculté ni le temps de patienter; aventurés au milieu du monde allemand, jetés en avant-garde, il leur faut vaincre ou mourir. Du reste, ce n'est pas contre les seuls Allemands d'Autriche qu'ils ont à combattre, c'est encore, en vertu de leur position géographique, contre les Allemands d'Allemagne. /Vussi ces enfants perdus du slayisme en sont les enfants terribles.

Il semblerait, à première vue, que le losange bohémien, cette individualité géographique si indépendante, dût servir dhabitat, de forteresse naturelle à un seul peuple. De trois côtés un rempart montagneux qui se dresse contre les pays allemands ; du quatrième côté, un palier en contrebasque les possesseurs de la Bohême dominent etsur lequel ils débordent aisément : donc ce front n'est pas moins sûr. A l'intérieur de ce bassin si nettement circonscrit, des

1. Voir dans le Gcographischer Sahresbericht (I, 1894; 11, 1895; III, 1896) le chapitre Sudelenlânder, et dans le l'asc. Vil, U' Lorenz PulTer Die landeskuiullic/u; LilevaUir der bojischen Liinder Oesterreichs... in den Jafiven

1897 bis 1907.

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lignes directrices qui, par leur simplicité et leur symétrie, commandent la cohésion.

Par un démenti intli^^é à la nature des choses, la Bohème ne connaît pas l'unité ethnique à laquelle elle semblait prédestinée. Et pourtant la haute et rébarbative enceinte du pourtour, toute héi issée de fourrés sombres, n'est percée que de rares coupures, jadis rayées par des sentiers à peine praticables aux animaux de bât (de Cliamb sur Taus à l'ouest; de Linz sur Hohenfurt au sud; le pas de Chlumetz ou Kulm au nord ; celui de Nachod à l'est). La frontière pouvait être surveillée; elle fut à une certaine époque marquée par une sorte de piste jalonnée d'abattis {prezoka, inlercisio) '. Or elle fut constamment violée; jamais les maîtres de la Bohème n'en ont pu garder les abords. Les trouées ont été forcées, à travers la mystérieuse et redoutable forêt hercynienne, hantée par les bêles fauves et les génies malfaisants.

D^ailleurs le massif bohéaiien. pour rigidement délimité qu'il soit, n'est point fermé; sa façade orientale descend sur la dépression morave, par dessus laquelle les Slaves de Bohème et de Moravie se donnent la main; c'est une allée a double issue. Il est au nord atïecté d'une fissure, qui est pour la nationalité slave, comme une blessure béante; c'est le défilé de l'Elbe Les eaux de la Bohème sont drainées au dehors Celles qui rallient la Morava par les terrasses [ge^nike) vont au Danube, dans le bassin de Vienne, lieu de rendez-vous commun et banal où se rassemblent et se confondent les eaux de diverses régions de l'Autriche Mais l'Elbe qui emporte le tlux de la Moldava, de la rivière nationale, l'Elbe qui usurpe le lit de cette rivière et l'exproprie de sa dignité d'attere maîtresse, l'Elbe se dénationalise presque aussitôt. El cet incident géographique a toute la valeur d'un argument politique. Par sou hydrographie la Bohème est une annexe de ^Allemagne^

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