‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 108 sur 375 · AIRES GÉOGIUPHIOUF.S ET ETHNIQUES · texte numérisé non relu

AIRES GÉOGIUPHIOUF.S ET ETHNIQUES

Les géographes allemands s'ingénient à confirmer cette thèse, en délimitant les aires dévolues, par une sorte de droit naturel, à chacune des nationalités. A vrai dire, il semhie, si l'on compare la carte linguistique à la carte topographique, que la répartition des peuples se soit moulée sur le relief: le phénomène, qui n'a rien de fatal ni d'immuable, puisque les frontières ne cessent d'osciller, le phénomène frappe le regard.

Un socle de gneiss, décapé, aplani, forme le noyau du pays; terroir maigre, hospitalier à la seule forêt; soussol dépourvu de minéraux exploitables; âpre climat : un géographe allemand insinue que ce cadre est approprié aux Tchèques, qui d'ailleurs s'en évadent par l'émigration V ïl est vrai qu à ce terre-plain central, pauvre etingrat, s'adossent des contrées plus avenantes qui dessinent jusqu'fiux rampes du pourtour montagneux une zone plus riche et plus animée de colonisation slave.

L'aile méridionale de la Forêt de Bohème, dont les halliers sauvages n'ont pas rebuté les défricheurs allemands, surplombe un paysage nové d'étangs, mais où alternent champs, vergers et vignobles; c'est la dépression de Budweis à NVittingau; les Tchèques y prospèrent, jusqu'à évincer peu à [)eu les Allemands de l'îlot de Budweis.

Et de même, les Allemands sont débusqués du plat pays, dont Pilsen est la ville maîtresse, sur un ancien fond de lac où la culture et l'industrie se développent parallèlement. Les Slaves tiennent aussi les terrasses qui s'abaissent vers le nord, dont une, étoffée de grès (Elbsands(einp/a/fe), a dans léconomie de la Bohème une éniineule dignité : c'est là en etfel que s'est placée la ca|>itale historique et (jue la Moldava recueille l'Elbe. Vers le nord, des

nale de la Boti'mc, mais no la ilraine pas (cette enceinte). La Mulde issue de I lirzyebii'go, 1 iJstor .N'oirc et la 8pree, originaires de la Lusace, no deviennent tiibutaiies de I hlbe que dans la plaine allemande. » l'eiick consi 1ère la vallée de l'IJbe en amont de Dresde comme icrmée, entourée de hauteurs, dont elle ne rei;oit que des alTiuenls insigni..ants ; elle rappelle la plaine lu liaut-Hhin (I. 'nder Lande von Europa, hrsg., von A. Kircliod', I, p. 4 i7). tSui l'usurpation de i KIbe, voir B. Auerbach. Le régime de l'Elbe (vnnales de liéogr. vl, \ jiM, p. -.ti).

1. Karl .Schneider. Zur Oruc/ruphic und Morpholu'jie Rohniens (Prague, 4908, p. toi).

plans inclinés à soubassement calcaire, régions de Dauba, de Nimburg, s'enfoncent jusqu'au pied et jusqu'au cœur des Sudètes, entraînant l'élément tchèque vers les confins du o'olfe silésien.

Le bloc cristallin avec ses annexes couvre l'aire slave, oii s'épanouit la vie agricole. Laceinturemontagneuse, avec les paliers qui la flanquent vers l'intérieur, est allemande. C'est d'abord la Foret de Bohême, rempart sauvage où des Bavarois ont grimpé, semant dans la solitude des fourrés des fermes maussades; mais, grâce à l'humidité de ces hauteurs boisées, sommets et versants sont tapissés de prairies. Entre les hautes crêtes, qui déclinent vers le col de Taus, et la plate-forme plus rétrécie qui porte le nom d'OberpfàIzer Wald, les Tchèques ont entaillé, sinon coupé, la frange germanique. Celle-ci s'élargit et festonne à travers un pays d'ondulations granitiques, trempé d'étangs, où ont pris gîte des Allemands d'origine plus septentrionale que les Bavarois.

Depuis l'angle où se rencontrent sans se souder le Bôhmerwald et l'Erzgebirge, le domaine allemand s'étale jusqu'au delà de l'Elbe. Ce qu'on dénomme l'enceinte nord de la Bohême [iiôrdliche Umwallung) est une citadelle du germanisme : Eger en est un actif foyer, et les stations balnéaires contribuent à la fortune de cette région richement dotée.

Le faisceau des Sudètes est aussi une terre d'élection et d'emprise allemande.

Enfin, par une habile stratégie, les Allemands se sont intercalés centre les Tchèques de Bohème et ceux de Moravie : ils jalonnent la ligne de contact des postes qui, comme le petit pays de Schonhengst ou l'enclave d'iglau, maîtrisent les communications entre Prague, Briinn et Vienne.

Aussi la masse tchèque, ramassée, est cernée par les Allemands: l'image est saisissante, et le contraste éclate entre la terre slave, à la physionomie paisible et monotone, piquée de petites agglomérations rurales (sauf autour de Prague), et la périphérie allemande, au décor pitloresque, avec son arrière-plan de grandes futaies, les

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