REACTION SLAVE
soustraits aux charges féodales et publiques. Ce qui la révoltait aussi, c'était de trouver dans ses chefs naturels, dans les nobles, non des soutiens mais des oppresseurs, faisant cause commune avec les Allemands. Dans les villes, les artisans et tralicants slaves jalousaient le marchand et le banquier étrangers, maîtres de la place ^ : car la vie municipale était si bien calquée sur celle des communautés allemandes que, quand Charles IV autorisa l'emploi de la langue tchèque en justice dans les centres où le nombre des Slaves était respectable, cette mesure excita la colère des Allemands.
Toutes ces causes avaient exaspéré la masse des indigènes, traités en parias dans leur propre patrie. Elle se souleva, moins sous l'empire d'une passion religieuse que pour affirmer ses droits : la guerre des Hussites fut une guerre de races, une guerre du peuple élu, ainsi que Jean Huss proclamait les siens, contre les Philistins, Iduméens et Moabites. Un des premiers actes de Huss fut de provoquer la déchéance des nations étrangères de l'Université, en faisant attribuer trois voix aux Bohèmes contre une seule aux trois groupes étrangers réunis". Si l'on doit dans les luttes confessionnelles chercher les mobiles d'ordre temporel et politique, ici éclate, aussi fort que le fanatisme dogmatique, le sentiment de la nationalité'. Peut-être même avec excès : le tchèque devint la langue officielle, obligatoire et exclusive : le latin même fut supprimé dans les écoles. Un nationalisme jaloux interdit aux immigrés tout emploi puWic. La noblesse ignora
1. « La révolution du xv« siècle no fut pas seulement, comme l'ont prétendu quelques historiens, une revanche des Slaves ; mais comment n'y retrouverait-on pas la trace de cette haine de l'Allemagne qui est le trait principal de la vie du peuple bohème? La foi nouvelle et la nationalité tchèque se confondirent » (K. Denis. Huss et la guerre des Hussites, p. 27). Sur le sentiment national qui couve dans le clergé slave, Lippert, II, p. 89 suiv.
2. Le décrut de Kuttenberg, rendu par Wenceslas IV en 1400, eut pour conséciucnce l'exode du corps enseignant et des étudiants allemands.
3. Lippert signale pourtant (jue dès le Moyen .Age des colons allemands se slavisèrent volontairement, s'all'ublèrent de noms tchèques (F'ritz devint Fritzko ou Fridusch, etc.), et que les riclies propriétaires prirent rang dans la noblesse tchèque, qui fut ainsi contaminée [Buvgerlicher I.andbesitz im 14 Jahvluindcrl. Ver. f. Gcsch. der Deutschen in Cohmen, l'JO^).
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Tallemand de parti-pris, et s'associa de bon cœur au mouvement patriotique ; c'était un moyen décarter la concurrence des étrangers qui apportaient avec eux des idées d'indépendance ; ils furent exclus des fonctions et offices.
Le mouvement hussite servit efficacement la cause na-^ tionale, s'il n'entraîna pas pour le peuple tchèque des conséquences toutes heureuses : car la destruction de la bourgeoisie et du clergé allemands fortifia l'aristocratie féodale en lui enlevant tout contrepoids. Mais même au prix de libertés civiles encore prématurées, la nationalité tchèque s'était épanouie. La Maison d'Autriche, à qui la Bohême échut en lo26,ne reconnut que de mauvaise grâce et avec le ferme propos de n'en pas tenir compte la primauté de la langue et du droit de Bohême ^ Et dès lors la politique autrichienne à son tour menaça la nationalité tchèque : comme il fallut repeupler le pays dévasté par la guerre de Trente Ans, les souverains y appelèrent avec complaisance des Allemands, laboureurs, prospecteurs, tisseurs, pour contrebalancer l'élément indigène, que les Empereurs autrichiens avaient eu tant de mal à dompter. Chose curieuse ! cette politique ne fut pas desservie par la Réforme, qui répandit en Bohême des prédicants allemands : elle fut merveilleusement secondée par la Contre- Réformation, qui déchaîna sur la Bohême Jésuites et missionnaires de toutes robes, allemands, même italiens; le calvinisme tchèque fut traqué. 11 y eut bien quelques ressauts ou révoltes de l'àme slave. La Diète abolit les coutumes ou chartes urbaines de marque allemande; une loi de 1615 — encore aujourd'hui impardonnée par les Allemands — contraignit les Tudesques à faire apprendre à leurs enfants, à apprendre eux-mêmes Tidiome national les églises et les écoles usurpées par les Allemands leur
1. Ferdinand I", dès son avènement au tiône de IJohème, dut, par une lettre de majesté du 15 déc. Ib26, promettre de n'accorder d'emploi qua des natifs de Bolième. H i'ut requis en outre de ne correspondre qu'en langue bohème avec les Etats du pays. En l'ait, dès l'année suivante, la Chambre des Comptes, subordonnée à la Holkammer de Vienne, rédigea ses pièces en allemand. Et la chancellerie de Bohème eut une section allemande. Mais les protestations obligèrent Ferdinand en 1549 et Mathias en la79 à reconnaître le monopole du tchèque dans les documents du droit public et du droit municipal.