FORMATION DES NATIOXALITÉS XV
terminologie qu'il faut accuser ici '■ : l'idée de nationalité est encore ondoyante pour ceux-là mêmes qui la servent, encore en voie d'élaboration, et n'a pas trouvé son expression définitive.
C'est que les nationalités dont nous avons mentionné plusieurs sont elles-mêmes en formation, beaucoup dans la crise de croissance, toutes en pleine lutte pour la vie. Ce dernier siècle a vu éclore, comme par générationspontanée, des groupes historiques ^ presque insoupçonnés de l'histoire, et qui, à peine sortis des limbes, ont revendiqué leur droit à l'existence avec une énergie d'autant plus bruyante qu'elle était plus fraîche; et ces individualités se sont refait ou improvisé une langue, une littérature, une tradition, une conscience communes. Pour ces groupes qui n'avaient point fait ligure dans la vieille Europe politique^, qui n'y avaient point créé d'établissements autonomes, pour les opprimés, pour les irredeiiti, le mot de nationalité a été le signe rédempteur.
Ce signe, on veut que la Révolution française l'ait brandi devant eux. Jusque-là, il semble bien que les peuples ni les gouvernants n'en aient eu la perception.
1. La nomenclature des groupes ou formations politiques est des plus incertaines. Ainsi les termes de nation et peuple sont tantôt synonymes, tantôt divergents; la Constitution suisse contient des variantes, qui d'ailleurs ne prêtent pas à équivoque. « La constitution fédérale sera soumise à la rotation du peuple suisse. La confédération suisse voulant accroître la force et 1 honneur de la nation suisse. Les peuples des ±± cantons forment la confédération suisse w. On connaît un peuple autrichien, mais non une nation autrichienne, un peuple chinois et non une nation chinoise. Les Allemands, qui puisent tantôt dans leur propre fonds, tantôt dans le vocabulaire latin, distinguent Volk elXation, mais ne s'accordent pas sur celui des deux mots qui représente le groupe naturel ou le groupe historique (F. Rosenblùth, Zur Begriffsbeslimmung von Volk and Sation. Diss. inaug. Heidelberg, lUlu, p. 31).
2. Otto Baucr (Die NationalitUtenf'rage und die Sozialdemocratie. Vienne 1909, p. 188), établit une singulière distinction entre les nations « historiques « de la monarchie autrichienne, les Allemands, les Italiens, qui avaient une noblesse et une bourgeoisie, les Polonais, à qui leur aristociatie suKisait à donner ce caractère historique, et les nations sans histoire igeschichlstose Nationen) Tchèques, Ruthènes, Slovènes, Serbes, dont la noblesse s'était dénationalisée, et qui manquaient d'une culture nationale.
3. Il s'ébauche des nationalités aussi hors de l'Kurope, des nationalités coloniales, si Ion peut dire, mais dans des conditions et suivant un processus tout autres.