XVI RACE ET NATIONALITE
Les Alsaciens n'ont jamais protesté contre leur incorporation à la France au nom de leur conscience nationale allemande \ La Déclaration des droits de Thomme et du citoyen a en quelque sorte révélé le sentiment national à ceux qui en étaient obscurément travaillés, si bien qu'au lendemain de la Révolution — comme on le racontera — toutes les communautés ethniques de la monarchie des Habsbourg, qui devaient se proclamer des nationalités, en revendiquèrent le bénéfice immédiat". On a énoncé que « sans respect pour tout élément historique, ne basant tout l'édifice politique que sur la liberté et l'égalilé de l'individu, la Révolution française ne pouvait arriver jamais à la reconnaissance du principe de la nationalité" ». Il est vrai que si ce principe a été si actif et même virulent, ce n'est pas seulement parce qu'il s'inspirait de l'esprit révolutionnaire; c'est parce que cet esprit révolutionnaire a su se marier au traditionalisme le plus conservateur parfois et le plus rétrograde : cela explique que l'Eglise se soit faite presque partout la servante de cette cause. En effet, la résurrection d'une nationalité est, pour une part, une restauration du passé : c'est, historiquement, un mouvement en arrière. Mais le moteur, c'est le sentiment de la liberté et du droit des peuples de disposer d'eux-mêmes *. Le principe s'affirma et se précisa dans les écrits de Heeren « sur le maintien de la nationalité chez les peuples vaincus » (1810), et surtout dans les discours de Fichte
1. L'on peut dire inversement que Louis XIV annexa les Pays-Bas et la Franche-Comté, pays de langue française, sans tirer argument de la nationalité.
2.11 esta remarquer que la Révolution française non seulement n'a'point provoqué en France de revendications de ce genre ni chez les Alsaciens, ni chez les Flamands, ni chez les Bretons, mais qu'elle a au contraire achevé la fusion morale de ces groupes dans l'ensemble de la nation.
3. Gumplovicz, Dos Recht der Nationalitâlen und Sprachen in Œsterreich-Ungarn Innsbruck, 1879, p. 36.
4. On ne saurait mieux; faire que citer ici le jugement d'Albert Sorel (L'Europe et la Révolution française, I, p. 7). « Les principes de la Révolution française étaient abstraits et universels, c'est ce qui fait qu'ils se propagèrent si aisément ; mais c'est ce ijui fait aussi qu'ils portèrent dos conséquences si différentes selon les milieux où ils se répandirent... Les Français et les autres peuples de l'Furope interprétèrent ainsi les principes de la Révolution, et les adaptèrent aux traditions de leur passé. » (Cf. p. 185).