ÉVEIL DE LA CONSCIENCE NATIONALE TCHÈQUE
Le conflit des nationalités allemande et tchèque.
Les deux nobles mouvements qui avaient secoué le peuple tchèque au nom de la liberté religieuse et de Tindépendance nationale, la guerre des Hussites et l'insurrection contre l'Empereur au début du xvii" siècle, l'avaient épuisé, mais non abattu : il ne se résigna pas stupidement au régime décompression que les souverains de la Maison d'x\utriche firent peser sur lui ; à plusieurs reprises les paysans mêmes se soulevèrent contre le servage et les charges féodales. 11 n'en est pas moins vrai que la proscription des hérétiques, les passages et quartiers de troupes, les dévastations de la soldatesque, avaient amoindri et appauvri la population slave : les vides furent comblés par les Allemands.
Au milieu de leurs misères, les Tchèques ne s'abandonnèrent pas et ne crurent pas à leur déchéance. Il leur restait leur langue, que Jean Huss avait vivifiée et ennoblie, comme Luther avait fait l'allemand. Mais cette langue vécut longtemps d'une vie obscure et triviale, demeurant livrée au seul populaire. L'élite s'était engouée des productions de l'esprit allemand. Les Jésuites, maîtres de renseignement, avaient deux bonnes raisons pour ne point favoriser l'idiome slave : d'abord parce que cet idiome pour eux sentait en quelque sorte le fagot, et aussi parce que toute manifestation de la nationalité contrariait leur œuvre cosmopolite. C'est pourquoi durant le xvii® siècle et la première moitié du xviii", l'esprit slave semble sommeiller en Bohème, alors que parmi les Moraves et les Slovaques il vibre encore un peu : en Bohême, la langue intellectuelle est le latin; on n'écrite' en tchèque que des ouvrages destinés à l'instruction élémentaire, surtout à l'instruclion religieuse, des gram-
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maires, qui montrent le déclin de cette langue % des chroniques insignifiantes.
Avec la seconde moitié du xviif siècle la résurrection s'annonce : en 1773, l'Oidre de Jésus est supprimé. Mais un autre danger menace aussitôt : c'est la germanisation. En 1774 une ordonnance scolaire élève l'allemand à la dignité de langue de l'enseignement. Alors paraît un écrit décisif : Avertissp^nent sur un sujet d'importance, par un Bohémien, où étaient proclamés la nécessité et le droit de cultiver l'idiome national. L'auteur était le comte François-Joseph Kinsky, alors général-major (plus lard feld-maréchal et commandant de l'Académie militaire de Wiener-Neustadt). Et aussitôt se succèdent des « apologies » de la langue tchèque.
Certes il faut voir dans cette manifestation un réveil du sentiment national. Peut-être aussi l'on y soupçonnerait une opposition politique de la noblesse de Bohême contre les tendances de centralisation et les velléités libérales de Joseph II : la Société royale tchèque fondée en 1784 compte, outre les savants et écrivains, des aristoci'ates de marque ; la Diète de 1790 sollicite de Léopold 11 l'introduction du tchèque dans les gymnases, vœu auquel s'opposa le « gubernium » qui conclut simplement à l'érection d'une chaire de langue bohème à l'Université de Prague. Quant à la Commission aulique des Etudes, elle se prononça contre la campagne en faveur de « la langue de Rome et le dialecte provincial », au nom de « la langue nationale commune dans cet Empire allemand » qu'est la monarchie des Habsbourg. Elle déclara même qu'à Vienne une chaire de tchèque pouvait avoir son utilité; qu'à Prague elle serait superflue. La chaire fut inaugurée cependant en 1793 par une leçon de Pelz" sur les avantages et l'importance de la langue bohème.
Dès lors tout le mouvement intellectuel alimenté par des sources lointaines, surtout de la pensée française, se mit au service du patriotisme tchèque, et toute une