‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 180 sur 375 · REACTION NATIONALE DES RUTHENES · texte numérisé non relu

REACTION NATIONALE DES RUTHENES

de Constantinople, et où figurèrent les évoques de Lvow, de Premysl, et plus <le 19.000 fidèles, lancèrent une protestation et un anathème^ Mais l'acte d'Union n'en porta pas moins ses conséquences : grâce à la propagande du clergé uniale, grâce aux vexations qui ne furent pas épargnées aux réfractaires, il suffit de quelques années pour avoir raison d'un peuple épuisé! le tsarMikhail que les Ruthènes implorèrent n'osa pas les secourir (1023).

L'année 1648 fut une ère de revanche. L'hetman des Cosaques de l'Ukraine, Bogdan Chmelnizkyj, né dans la province de Kiew, ancien élève des Jésuites en Galicie, tenta de restaurer la patrie ruthène et la foi orthodoxe. Dès qu'il s'ébranla à la tête de ses Cosaques, ce fut le signal du soulèvement des paysans ruthènes, d'une jacquerie nationale, contre les seigneurs laïques ou ecclésiastiques polonais; tandis que Chmelnizkyj battait l'armée royale, s'emparait des villes et même de Lvow, les bandes pillaient, massacraient les maîtres détestés. Ces victoires valurent à la cause ruthène de sérieux appuis, celui de Rakoczy, prince de Transilvanie entre autres et celui du tsar : en 1634, une assemblée de Ruthènes, convoquée à Perejaslawl par Chmelnizkyj, proclama l'union des pays ruthènes (Ukraine, Kiew, Podolie, partie de la Wolhynie) sous le sceptre du tsar Alexis Mikhaïlowitch. Mais les Ruthènes de Galicie furent laissés à la Pologne.

Les Ruthènes, livrés à la merci des boïars moscovites, se soulevèrent en une dernière convulsion, et leur hetman, Jean Mazeppa, invoqua le secours de Charles XII; on sait comment Pierre le Grand défit l'armée suédoise et asservit plus durement encore le peuple ukrainien".

1. Kupczanko, Die Schicksale der Ruthenen (Loipzig, 1887, p. 38). L'auteur appartient à la religion grecque unie; il a été un des adversaires les plus agressifs du polonisnie. Cf. Likowski, Le prince Os(roJs/,i et itinion (le Drzesc (Bulletin internat, ilo l'Acad. de Cracovie, mai 1896). Ce dernier travail est de tendance catiiolii[ue et polonaise.

2. Sur le sort des Ruthènes, en Russie, à signaler un résumé historique de Kavclin, membre de l'Acad. des Sciences de St-Pétersbourg : Ursachen die seit der Kataslrophe von l'ullaua 1708 zur Enlwicldung der ruthenischen Nationaliliitdas Meisle beigelragen luiben Isans lieu ni date, Biblioth. Nationale, 8» M. 13.567, 80 p. carte ethnographi(iue et confessionnelle de la Russie et des pays voisins) ; aperçus intéressants sur le rùle de la France.

Alors ce qui restait de la nationalité ruthène dépérit; les plus désespérés s'enfuirent dans les montagnes, aux confins de la Hongrie et de la Valachie; ces « libres compagnons », qui formèrent sans doute une tribu des Houtzoules, se livrèrent au brigandage à la faveur de l'anarchie qui régna en Pologne aux xvii^ et xvii^ siècles, et avec la connivence de leurs compatriotes.

Lincorporation à lAutriche, qui possédait déjà le coin ukrainien des Carpathes rattaché à la Hongrie et qui annexa bientôt la Boukovine avec ses colonies ukrainiennes, marqua pour les Ruthènes un renouveau. Joseph II autorisa la création d'un séminaire orthodoxe à Lvow, l'enseignement de lidiome national.

Après la réintégration de la Galicie dans la monarchie des Habsbourg en 1815. pour punir les Polonais de leur défection — ils avaient avec une loyauté chevaleresque suivi la fortune de Napoléon qui les leurrait — la Cour de Vienne montra une particulière tendresse aux Ruthènes, d'autant [)lus méritoire, qu'elle favorisait l'église grecque unie, dissidente et un peu suspecte. L'instruction reli' gieuse dut être départie à la jeunesse catholique grecque en langue ruthène, même dans la partie polonaise de la province; et le ruthène fut traité sur le même pied, dans l'enseignement,, que le polonais'. Il suffit même, pour remplir une fonction en Galicie, de posséder une seule langue slave, ce qui évinçait les Polonais de la région orientale-.

Le peuple ruthène s'attacha d'autant plus fidèlement à l'Autriche que ses frères en Russie soutiraient des brutales persécutions du tsar Nicolas P'". Il se sentit encouragé contre ses oppresseurs polonais; et, lorsquen 1846 « après avoir si longtemps servi d'enclume, il se mit à jouer comme marteau », contre les féodaux de la szlachta, on ne lui en sut pas mauvais gré en haut lieu.

La nation ruthène arriva aux jours critiques de 1818

1. Résolution du 16 avril 1818 pour la Galicie et la Doukovine iFischel Sprac/ienrecht, 124^ , p. 66) .

Page 1