‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 208 sur 375 · LE PAYSAGE · texte numérisé non relu

LE PAYSAGE

de prés, de champs ; mais la roche qui affleure répand une tonalité jaune ou grisâtre : c'est Vhtria grigia ou gialla.

Le contraste éclate entre cette zone avenante et le palier qui se hausse vers la racine de la presqu'île : dis-i trict particulièrement minable, à 5 ou 600 mètres d'altitude, sur une longueur de 50 kilomètres environ, sur une largeur de 18 à 20 ; c'est comme un champ de ruines, avec des blocs rongés, un sol couturé, feutré de taches d'herbes comme moisies et d'arbustes rabougris ; les dolines, les trous d'eau sont cernés de murs bas, qui protègent contre la dent des moutons et des chèvres les quelques arbres, chênes, charmes, érables, les carrés plantés, qui poussent dans cet enclos humide. C'est le pays des Tchitches, une des landes les plus désolées du karst, où la populalion se disperse dans des masures de pierre couvertes de tuiles cimentées, afin que la boia ne les enlève pas.

Vers l'Est, les terrasses se resserrent et se renflent en croupes hérissées de bois, domaine des charbonniers ; ces vagues rocheuses déferlées vers le Sud-Est se tassent et culminenidans leiMonleMaggiore, à près de 1.400 mètres, dont lescarpement oriental plonge dans legol fe de Quarnero.

La terre des Tchilches se piolonge au Nord-Ouest dans le hautkarsl triestin, dontla paroi abruplebarre en quelque sorte le quai du port: c'est ici l'istiie blanche, d'une blancheur d ossuaire, désert rocailleux, criblé d entonnoirs, qui ne connaît qu'une courte période d'enchantement, de parure, de senteurs parfumées a« printemps oii les fleurs éclosent, mais qui est tantôt calciné par le soleil à la réverbération cuisante, tanlôl enseveli sous la neige et toujours cinglé par la bora brutale.

Tout cet ensemble traduit lépanouissement de la zone calcaire des Alpes, affligée ici comme d'une véritable hypertrophie. Ce qui ajoute à la disgrâce de ce socle abiasé, c'est la déforeslation par des pâtres incorrigibles; jadis les forêts du karst défrayaient les marines de Home et de Venise. Aujouid hui subsistent des massifs que l'Etat surveille jalousement.

Deux lisières, que le flysch a étoffées, et que soulignent

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les sillons de la Wippach et de la Reka, séparent le karst des faisceaux montagneux de 1 arrière-plan, qui ferment le décor : là se dresse la chaîne dinarique ou illyrienne, contrefort des Alpes, assurément, mais qui brise avecJe maître tronc, le long de la dépression tectonique de Goriz à Ljubljana ; la nature a ébauché là comme la frontière de la Sud Slavie. Les plis s'infléchissent plus décidément vers le Sud-Est, dessinant Fossature des provinces croates et serbes ; mais môme le long de l'axe le plus ardu, oij culminent à plus de 2.000 mètres la Bielasnica, qui couvre Serajewo, le Maglic, et le maître pilier, le Dormitor monténégrin, la montagne ne se profile pas en saillies aiguës, en pitons; elle s'aplatit en croupes presque rigides. Tout ce faisceau, compris entre deux champs de dépression, l'Adriatiqueetlaplainesarmate,secomposede socles etpaliers bosselés de cliaînes : leVelebit qui se cintre au-dessus du canal des Morlaques; Tare de la Dinara, frontière entre la Dalmatie ella Bosnie; le Biokovo, tronçon transversal que continue un archipel d'îles trapues, Brazza, Lésina, Sabbioncello.

Toute cette région, vestibule, si 1 on peut dire, de la péninsule balkanique, appartient à la formation disgraciée du karst : les halliers presque vierges qui s'y étalent n'adoucissent pas l'horreur du paysage ; ni même les bassins qui s'y creusent, lespolje, oii un terreau de désagrégation supporte les cultures etprovoque le peuplement.

La vie s'est portée sur la côte, où le karst lui-même, sous les chaudes caresses du soleil méditerranéen, semble s'amollir et s'enjoliver : il s'arrondit en ondulations douces, dont des oliviers, des figuiers, des pins piquent les versants, tandis que les- pentes les mieux exposées sont enguirlandées de vignes; les maisonnettes blanches sont ombragées de cyprès. Là jaillissent les sources et les rivières, que les causses ont englouties. Les cantons les plus riants sont ceux qu'a épargnés la pellagre calcaire : Traù, Spalato, la banlieue de Raguse verdoient comme des oasiSj grâce à leur terroir de marnes et de grès\

1. Norbert Krebs, Die physisch-geographischen Verhdltnisse Dalmatiens {Dalmatien und das ôsterreichische Kusienland. Vortrâge, herausgegeben von Ed. Brûckner, Vienne et Leipzig, 1911, p. 4-3).

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